Le bastion du plateau continental

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La politique déclaratoire du candidat Donald J. Trump laisse de nombreuses traces dans les perceptions européennes en attendant que le cadre diplomatique (entre réactions au nouveau style présidentiel et une impatience à peine dissimulée) soit arrêté. Une partie de l’Europe atlantique craint de perdre le bénéfice de la dissuasion (tant conventionnelle que nucléaire) américaine et réfléchit tout haut à la pertinence d’une dissuasion européenne. En attendant de revenir à un probable statut quo, il s’ouvre un espace de manœuvre pour affermir un pilier européen dans l’Alliance Atlantique grâce à une des mesures envisageables : la constitution d’un bastion du plateau continental.

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MAPL : deux ou trois ESF ?

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© Inconnu. Unofficial artist impression of what PLAN’s future Type 075 LHD may look like.

La montée en puissance de la Marine de l’Armée Populaire de Libération (MAPL ou PLAN en anglais) se poursuit à un rythme soutenu. Une nouvelle ainsi qu’une confirmation tendent à accréditer l’idée que Pékin imite les structures opérationnelles de l’US Navy et tout particulièrement les Expeditionary Strike Force (ESF).

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Budget de la Défense nationale à 2%

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© Le Figaro. Véronique Guillermard, « Dissuasion nucléaire : la France ne baisse pas la garde », 20 février 2015.

Le totem correspondant à 2% du PIB en matière de dépenses militaires inonde le débat public alors qu’il n’est que très rarement – si ce n’est jamais – bénéficiaire de la moindre tentative de définition. Pourtant, replacer cet objectif dans le cadre du « partage du fardeau au fossé transatlantique » (Olivier KEMPF, L’OTAN au XXIe siècle – La transformation d’un héritage, Paris, Éditions du Rocher, 2014 (2010), 614 pages ; voir le chapitre 12) est la condition sine qua non pour apprécier autant sa pertinence aux échelons de l’Alliance atlantique qu’au seul échelon national. C’est pourquoi – et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 en France – il est impératif de souligner combien la définition ambiante des 2% ne correspond pas du tout à l’ambition otanienne et masque les graves difficultés financières à venir face à la modernisation de la dissuasion nucléaire et la « bosse budgétaire » jamais absorbée. 

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La seule Marine nationale

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© Inconnu.

La conclusion logique de cette chronique sur la hiérarchie des marines de guerre européennes dans le concert mondial des flottes militaires était de souligner la première place manquée de la Marine nationale (2008 – 2016) en Europe et, presque surtout, l’absence d’alliances européennes qui auraient pu permettre une « plus grande Marine nationale ». Et ce, contrairement à la Royal Navy qui augmente ainsi son potentiel et, peut-être au principal, son influence navale sur la stratégie des moyens d’autres marines européennes. Chose d’autant plus surprenante que la France se retrouve sans porte-avions disponible ni groupe naval apte à fournir un erstaz de groupe aéronaval.

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Une plus grande Royal Navy

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© Inconnu. Exercice Corsican Lion 2015 de la Combined Joint Expeditionary Force.

Reprenons, encore et toujours, cette analyse sur le tonnage. Face aux géants que sont l’US Navy (3 millions de tonnes), la MAPL (1,2 millions de tonnes) et la Voyenno-Morskoy Flot Rossii (1,15 millions de tonnes), la Royal Navy (407 000 tonnes) est passée de la première place jusqu’à la première moitié du XXe siècle à une respectable quatrième place dans le typologie des flottes par le tonnage. Et demeure la première marine européenne. Emmanuel Todd propose une analyse sur comment l’Allemagne tiendrait le continent européen par une domination politique découlant d’une agrégation d’économies européennes. Et Berlin pèserait autant que les États-Unis en matière économique grâce à une Europe permettant une plus grande Allemagne. Sans se prononcer sur la pertinence de l’analyse, son modèle permet de souligner comment la Royal Navy dominerait l’Europe naval et pratiquement doubler son tonnage par les alliances nouées.

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Marine nationale, le Three-Powers Standard (1820 – 2016)

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© 2007- 艦艇写真のデジタル着彩 Atsushi Yamashita.

 

La géostratégie navale française s’étire depuis son pilier moderne, la « charte de Portal », jusqu’à nos jours en passant par l’exception que fut la crise de Fachoda. Le modèle continue à se construire depuis 1820 autour d’une concentration méditerranéenne de la Flotte, une certaine « théorie du risque » face à la première puissance navale et un Three-Powers Standard face aux trois marines suivantes dans le classement naval européen. Une position de choix et toujours d’actualité qui ne semble pas permettre un effet d’entraînement.

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Royal Navy, l’immuable Two-Powers Standard (1889 – 2016)

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© D-Mitch. Royal Navy and Royal Fleet Auxiliary – Today, past and future (a quick overview).

Poursuivons ces quelques réflexions, toujours sous le seul prisme du tonnage. La grille d’analyse est obsolète sans perdre totalement de sa pertinence. La Royal Navy demeure la première marine d’Europe (de l’Ouest) dans cette perspective (1,15 millions de tonnes pour la Marine russe en 2016). Et, chose surprenante qui n’apparait pas dans un classement naval plus « moderne », c’est-à-dire brassant plusieurs critères (capacités maîtrisées dans toutes les dimensions du combat naval, cohérences capacitaires, entraînement, etc) : le Two-Powers Standard est une persistante réalité !

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