2018 : mises sur cale des Alsace et Lorraine ?

© Naval group.

© Naval group.

Les Cassard (1985 – 2021) et Jean Bart (1988 – 2022) furent construites (1982-1991) avec des RIM-24 Tartar reçus des États-Unis en 1965 et débarqués des escorteurs d’escadre Bouvet et Kersaint. Remplacer le Tartar par le PAAMS était envisagé : les coûts et les faiblesses structurelles des frégates condamnaient cette refonte. Le retrait de service glissait de 2013 et 2015 (Horizon n°3 et 4) à 2018 (FREDA) pour, finalement, 2021 et 2022 (FACDAR). Le Cassard est « hors d’âge. Sa ligne d’arbres s’est cassée en pleine mer et il y a eu un incendie dans les machines du Jean Bart. Ces bâtiments sont à bout de souffle […] Il faut surveiller et réparer les fissures dans les coques et les chaises de lignes d’arbres. On a évalué ce coût à une centaine de millions d’euros dans le projet de loi de programmation militaire. » (Amiral Prazuck, audition, Commission Affaires étrangères, Défense et forces armées, Sénat, 25 octobre 2017) Mais il y a une autre solution : l’avancement de la construction des FREMM 7 et 8.

Les frégates du Type F67 bénéficient de travaux supplémentaires afin de renforcer la structure des coques. Les Tourville (1980), De Grasse (1981) et Duguay-Trouin (1982) reçoivent des renforts structurels sous la forme de bulges. Nouveau programme (C70), nouvelle coque : la « poutre-navire » des frégates du type F70 (sous-classes Georges Leygues (7) et Cassard (2) souffrent, pourtant, des mêmes tares : des micro-fissures de quelques centimètres apparaissent entre le premier pont et les superstructures au début de la décennie 1990. Les travaux menés consistaient dans l’adjonction de bulges de 60 mètres sur chaque bord. Afin de préserver autant que possible le centre de gravité originellement pensé, chaque frégate bénéficie de 330 tonnes de lestes dont 210 tonnes de béton dans les cales. La différence (120 tonnes) est constituée d’anciennes soutes à gazole noyées d’eau. Si bien que 20% de l’autonomie des bateaux a été perdue.

Ce sont donc des frégates à la coque fragile depuis les premières années de navigation. Si fragiles qu’il n’était pas envisageable ni les moderniser (PAAMS), ni même qu’elles atteignent ou dépassent les 30 années de service. Cela doit interpeller quant à la crédibilité militaire de frégates obsolètes et mal-conçues. Et, disons-le : des bateaux très moches. L’Amiral Prazuck avance « que nous ne sommes pas loin du jour où un missile antinavire sera tiré contre un bâtiment français ». Quel est la valeur de la solidité structurelle des Cassard et Jean Bart s’ils devaient subir 165 (AM39 Exocet) à 600 kg (FG29) d’explosifs ?

Le HMS Sheffield (1975 – 1982) avait sept ans et était considéré comme l’une des meilleures frégates anti-aériennes du monde quand « elle » a été frappée par un Exocet pendant la guerre des Malouines ( 2 avril 1982 – 14 juin 1982). La frégate Type 42 tiendra six jours à flots après l’impact , son équipage luttant contre les incendies, avant de rejoindre les abysses.

C’est pourquoi il n’est pas déraisonnable d’évoquer l’hypothèse de l’avancement de la construction des FREMM 7 (Alsace) et 8 (Lorraine).

D’une impérieuse nécessité peut naître un succès commercial au Canada. L’industriel allemand TKMS obtenait la commande de quatre sous-marins en Norvège car Berlin proposait à Oslo de commander pour la Deutsch Marine deux unités en sus, diminuant le coût unitaire des six sous-marins. Oslo accepta et annulait l’appel d’offres, au détriment de DCNS qui ne pouvait pas être aussi aussi ou moins disant. Une leçon partiellement exploitée en Belgique puisque le coup de force français s’accompagne d’engagements politiques quant à une participation belge dans les travaux du Rafale F4.

Le programme CSC (Canadian Surface Combatant) pour lequel Naval group candidate avec Fincantieri se présente relativement mal. L’offre italo-française s’est faite hors de l’appel d’offres officiel en raison de craintes quant au respect de la confidentialité des informations, voire à des fuites pures et simples. Une force préférence s’exprimerait officieusement en faveur de la Type 26 de BAE Systems allié à Lockeed Martin Canada.

Par ailleurs, il n’est pas à négliger la puissance actuelle du triptyque F-35/AEGIS/Patriot dans la modernisation ou le renforcement des défenses aériennes des membres de l’OTAN et des principaux partenaires des États-Unis d’Amérique. La défense aérienne canadienne est très intégrée à celle des États-Unis depuis le conflit Est-Ouest (1947-1991). Si Ottawa souhaite étendre géographiquement sa défense aérienne et/ou développer ses capacités contre les missiles balistiques alors la présence de la suite AEGIS peut-être un critère technique discriminant. L’absence de ce système d’armes sur les frégates françaises explique pour beaucoup la défaite de DCNS en Australie pour la vente de deux BPC et trois frégates de défense aérienne.

C’est pourquoi il serait très rationnel de proposer au Canada dans quelques semaines que deux frégates fondées partiellement sur les choix techniques canadiens soient construites en France. Globalement, ces frégates répondent à l’ensemble des caractéristiques attendues d’une frégate de défense aérienne. Mieux, elles auraient 48 silos contre 32 pour les FACDAR (FREMM ASM à Capacités de Défense Aérienne Renforcées) attendues en 2021 et 2022 dans la Marine nationale.

Sur le plan technique, la construction avancée supposerait d’accélérer la réalisation de la plateforme. Toutes les technologies, tous les systèmes et équipements sont déjà disponibles et en cours d’approvisionnement. Il s’agirait surtout de savoir quand Naval group peut monter rapidement en puissance pour lancer deux frégates en 14 à 18 mois. C’est plutôt la suite radar qui serait très difficilement au rendez-vous : elle n’est attendue, au plus tôt, qu’après 2020. Il est envisageable d’admettre au service actif les Alsace et Lorraine sans le SeaFire 500, dans un premier temps. Elles recevraient les radars SMART-S Mk 2 des Cassard et  Jean Bart. Le Cassard ne débutait-il pas sa vie à la mer avec un DRBV-15 en lieu et place du DRBJ-11 ?

Une FREMM dotée du PAAMS avec 48 missiles Aster 30 et un radar SMART-S Mk 2 serait-elle moins crédible sur le plan militaire qu’une frégate Cassard ou Jean Bart avec le même radar mais un système d’arme complètement obsolète et une coque fragile ?

Sur le plan financier, l’affaire n’est pas insurmontable. En 2013, le coût des études pour la FREDA est évaluée à 160 millions d’euros par Patrick Boissier, PDG de DCNS. En 2016, l’enveloppe des crédits d’engagement alloués à la « FREMM-FREDA » se chiffre à 2017,77 millions d’euros. Sur les années 2016 à 2019, la dépense moyenne en crédits de paiement s’élève à 300 millions d’euros (1148,63 millions d’euros) dont 869,14 pour les années postérieures à 2019. Moins 100 millions car il ne s’agirait plus de prolonger les deux F70 de DA. Reste 1617,77 millions d’euros à trouver. 

Sans le SeaFire 500, ce sont autant de millions d’euros qui sont automatiquement reportés (après 2023 ?). Une grande partie de la somme devait être versée en crédits de paiement sur les années 2019 et suivantes : rien ne change. En outre, un certain nombres de négociations sont possibles avec les industriels – les paiements peuvent être décalés -, en particulier si le gouvernement du Canada acceptait l’offre française. Certaines études seraient diluées sur 17 bateaux (2 françaises et 15 canadiennes) et non plus seulement deux. Et si jamais il n’y avait pas de contrat canadien alors il est toujours possible de décaler le programme FTI, en échange de quoi toutes les La Fayette seraient modernisées.

Le Canada doit passer commande pour quinze frégates en dépensant près de 60 milliards de dollars canadiens (39 milliards d’euros) pour la construction et plusieurs années de maintien en condition opérationnelle des futurs bateaux. Fincantieri et Naval group promettent moitié moins. Une commande française peut être le facteur décisif amenant la décision canadienne et donc l’abandon de l’appel d’offres. Les travaux lancés en France serviraient à former les premières équipes canadiennes pour la mise en chantier de la première frégate au Canada. L’Alsace serait mise sur cale en 2018 pour être lancée à la fin de la même année. La quille de la Lorraine serait posée fin 2018. Les deux frégates pourraient être achevées en 2019 et entrer en service en 2020, permettant de gagner une année pour l’Alsace et deux années pour la Lorraine.

 

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