FREMM DAMB ?

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© Naval group. FREMM-ER.

Selon Defense News, M. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, inclurait dans les négociations navales franco-italiennes la modernisation en gestation du système PAAMS. Les FREMM 7 et 8 françaises et les FREMM 9 et 10 italiennes bénéficieraient alors, dans le cadre de cette hypothèse, d’un changement de substance quant à leurs capacités opérationnelles et ne seraient plus des FREMM ASM aux capacités de défense aérienne renforcées. Une refonte à plus longue échéance serait à planifier quant aux quatre frégates Horizon.

Au début de l’année 2004, des deux premières frégates du programme Horizon devant remplacer les Suffren (1967 – 2001) et Duquesne (1970 – 2007) est évalué à 2,6 milliards d’euros (2004)… avec les frais d’études des flotteurs et ceux du programme PAAMS. Le coût d’usinage de la troisième frégate sans le PAAMS (ni radars, ni missiles Aster) et les frais d’études était donné à 600 millions d’euros. « La fabrication de deux systèmes PAAMS, de deux radars longue portée et de 120 Aster 30 [représente] un coût global de 650,3 millions d’euros courants. » (2003) La moitié de cette somme ajoutée au coût d’une frégate « nue » est égal à 925 millions d’euros.

Ces frégates paraissent bien trop coûteuses par rapport aux FMM devenues FREMM. Les devis initiaux de 280 millions d’euros hors taxes pour une FREMM nue d’un équipage de 94 hommes sans le DETAVIA (contre 193 sur une Horizon) reposent sur des conditions financières et économiques précisent (cible de 17 frégates, cadence de production élevée : un navire tous les sept mois). C’est pourquoi les Horizon 3 et 4 sont abandonnées en novembre 2005, avant même la rédaction du nouveau livre blanc (2007 – 2008). Il leur est préféré un allongement du nombre de FMM/FREMM à 19 unités par adjonction de deux « FREDA » (FREMM de DA).

L’heureuse opération financière projetée en 2005 devient profondément malheureuse en 2016. En 2013, le coût des études pour la FREDA est évaluée à 160 millions d’euros par Patrick Boissier, PDG de DCNS. En 2016, l’enveloppe des crédits d’engagement alloués à la « FREMM-FREDA » se chiffre à 2017,77 millions d’euros (annexe Défense au Projet de Loi de Finances (PLF) 2017, p. 430). Sur les années 2016 à 2019, la dépense moyenne en crédits de paiement s’élève à 300 millions d’euros (1148,63 millions d’euros) dont 869,14 pour les années postérieures à 2019.

Entre temps, le ministre de la Défense de François Hollande, M. Jean-Yves Le Drian, annonçait en 2015 que la cible du programme FREMM était, une fois encore, réduite à seulement 8 unités (19 unités en 2005, 11 en 2008) pour un volume financier inchangé (7 à 8 milliards d’euros). Les FREDA sont sauvegardées mais leur substance est remaniée. En effet, le ministre évoquait alors une « FREMM aux capacités de Défense Aérienne renforcées ». Ce qui n’est rigoureusement pas la même chose qu’une FREMM de DA pleinement orientée vers cette mission de lutte dans un milieu par ses qualités nautiques et opérationnelles. En fin de compte, il s’agit de comprendre qu’en lieu et place des FREDA, ces FREMM de DA ne seront pas moins qu’une FREMM ASM mais pas non plus une FREMM de DA. Elles feront mieux que les premières grâce à un radar Herakles à la puissance augmentée. 

 

Entre parenthèses, le hasard faisant bien les choses, l’Italie notifie ses FREMM 9 et 10 en 2015 et annonce en 2016 qu’elles verront leurs capacités de défense aérienne renforcées. Pures spéculations, il s’ébauchait peut être déjà des discussions entre Italiens et Français sur ce qu’il était possible de faire à partir des FREMM pour en obtenir une véritable frégate de défense aérienne et si ses missions pouvaient être élargies à la DAMB de théâtre (ATBM).

 

La Marine nationale s’attache alors de souligner, à chaque fois que le sujet des FREMM 7 et 8 est évoqué, qu’il s’agit de « FREMM de DA ». L’une des acceptations de ce choix sémantique devenu totem est que l’ÉMM entend faire passer le message suivant : nous exprimions le besoin en 1997 d’un format à quatre frégates de défense aérienne, format pleinement éprouvé par une expérience encore plus ancienne. Cette demande est partiellement réalisée avec les deux frégates du programme Horizon. Mais le format ne sera pas atteint avec les deux FREMM de DA. Précaution prise pour l’avenir, l’option stratégique retenue est le chantier mené autour de la problématique de l’anti-missile balistique. 

 

Le Sénat par la voix de MM. Jacques GAUTIER, Xavier PINTAT et Daniel REINER (« La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? », Rapport d’information n° 733 (2010-2011), fait au nom de la commission des affaires étrangères et de la défense, déposé le 6 juillet 2011) débroussaillait l’ensemble des possibles afin que la France puisse répondre à l’ABM américain puissamment mis à l’agenda de l’OTAN par les présidences Bush (2000 – 2008) et Obama (2008 – 2016). Au moment du renouvellement de l’offre stratégique américaine dans le cadre de l’EPAA avec une attention focalisée sur la menace iranienne, les rapporteurs présentent tout ce qu’il est possible de faire pour la France depuis l’alerte avancée jusqu’à un bouclier multi-couches (du bas endo-atmosphérique jusqu’à l’extra-atmosphérique) et sa jonction avec le programme ALTBMD de l’OTAN et ses annexes.

Cette possibilité stratégique d’atteindre le format de quatre frégates de DA par le truchement de la DAMB est très mince. Les sénateurs proposaient quatre options tout en justifiant que ne rien faire vis-à-vis de l’ABM américain n’était pas sérieusement envisageable eu égard à la crédibilité de la dissuasion française. Le premier niveau d’ambition proposé vise à développer l’alerte avancée tricolore tout en centralisant l’expertise autour de l’équivalent du Missile Defense Centre britannique. Au premier niveau, le deuxième proposait de lancer un PEA quant à un intercepteur extra-atmosphérique (l’Exoguard d’EADS Astrium). Enfin, le troisième niveau d’ambition invitait à développer les moyens d’interception dans les couches haut endo-atmosphérique (Aster Block II de MBDA) et extra-atmosphérique (Exoguard) avec les radars associés (GS1000 pour l’Aster B2, radar bande X pour l’Exoguard). Ce n’est que cette dernière option, la plus ambitieuse, qui nécessitait alors deux nouvelles frégates intégrant l’un ou l’autre, voire ensemble, des Aster Block 2 et Exoguard. Les sénateurs avançaient alors 2 milliards d’euros pour chacun de ces trois ensembles (Aster B2, Exoguard et deux frégates DAMB). 

Toutefois, les recommandations des rapporteurs s’attachaient autour d’un mélange des trois niveaux d’ambition puisque l’alerte avancée et la coordination nationale devaient être sérieusement renforcées par des moyens nouveaux et un programme C2 ad hoc. S’il était recommandé de développer l’Aster B2, c’était bien dans l’optique de l’intégrer aux systèmes SAMP/T Mamba et aux frégates Horizon et FREDA (2011, FREMM de DA seulement en 2015). Dans la perspective retenue, la modernisation du système PAAMS pour 200 millions d’euros vers une capacité DAMB est a minima puisqu’il s’agissait de copier les décisions hollandaises vers une capacité d’alerte avancée via le développement des capacités de surveillance spatiales des radars à longue portée S1850 (SMART-L) des frégates LCF. Ce devis ne semble pas suffisamment important ni pour comprendre l’intégration des Aster Block 1 NT et encore moins des Aster Block 2.

Il en ressort que si l’Aster Block 2 n’est pas intégré à la programmation, l’Aster Block 1 NT l’est quant à lui afin d’augmenter le spectre de menaces traité depuis les SRBM jusqu’aux premiers MRBM. L’Italie rejoint la modernisation des missiles Aster en juin 2015. Les futures munitions devraient arriver dans l’Armée de l’Air à l’orée de l’année 2023 et sur les frégates du programme Horizon par la suite.  Mais reste la question des travaux de modernisation à mener sur les radars de ces dernières, celui du C2…

L’information proposée par Defense news doit se contextualiser entre les réflexions quant au volet naval de la DAMB autour de l’Aster Block 1 NT qui devrait rassembler en mer Britanniques, Italiens et Français. D’autre part, il est loin d’être anodin que les « FREMM ASM aux capacités de défense aérienne renforcées » françaises bénéficient de 2017,77 millions d’euros (annexe Défense au Projet de Loi de Finances (PLF) 2017, p. 430). Chose encore moins anodine que nous sommes alors à la deuxième tentative de Fincantieri pour acquérir les Chantiers de l’Atlantique (2014) tandis que s’ouvraient des négociations secrètes d’avec DCNS pour des « coopérations renforcées » entre les deux entreprises (2015).

« That study for an anti-missile warship is running silently while Paris and Rome seek to defuse a dispute over STX. Working together on warships would be a key element in cooperation sought for the two nations’ naval and commercial shipbuilding industries.

The “fairly discreet” study would set out the warship’s architecture and be delivered by 2019 after three years of work, the source said. The anti-missile weapon would be the long-range Aster Block 1 NT missile, and Leonardo would also work on the system. « 

(Pierre Tran et Tom Kington, « Rome and Paris might design their own anti-missile frigate », Defense News, 14 septembre 2017)

Il s’agirait alors de comprendre que M. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, pose sur la table des négociations la modernisation du programme PAAMS dans le cadre des décisions déjà arrêtées en vue de définir un standard commun aux frégates Horizon (4 navires) et aux FREMM de DA (4 navires). Rénovation du PAAMS qui touche autant les radars que le C2 (« The idea is to have a European Aegis combat management system« ). La munition commune est l’Aster Block 1 NT. Le « concept-ship » se matérialiserait dans l’une des quatre dernières FREMM de DA devant être mise sur cale entre 2016 (Alsace) et 2018 (Emilio Bianchi) pour des mises en service entre 2020 et 2022. 

La rivalité entre Leonardo et Thales au sujet des senseurs nous renseignerait sur les futures qualités nautiques des FREMM de DA. Le radar de défense aérienne, placée dans les hauts, est une caractéristique extrêmement structurante de toute la plateforme car la « poutre navire » doit pouvoir demeurer stable dans toutes ses manœuvres avec un radar de plusieurs tonnes très haut au-dessus de l’eau. « The radar would be a key factor in ballistic missile defense as the shipborne system would detect, track and target the incoming missile in the ascent, cruise and descent stages, a naval specialist said. Extending the “radar fidelity” would call for more power, so a higher performing radar would need larger power generation and cooling systems, leading to a heavier warship.« 

Ce qui suggère très fortement, voire exclusivement, l’emploi d’un radar à faces planes car la menace doit pouvoir être suivie en permanence. Le SeaFire 500 est sous-dimensionné pour traité cette menace quand l’antenne-tournante du radar Herakles « boosté » ne serait plus viable. Leonardo et Thales s’affrontent autour de deux mâtures uniques différentes dans les candidatures respectives de Fincantieri et Naval group pour les appels d’offres au Canada et en Australie.

De plus, il ne faudrait pas oublier que les Exocet Block III seront remplacés par des FMAN/FMC (FC/ASW) lancés verticalement. Par voie de conséquence, les huit munitions habituellement embarquées derrière la passerelle devront être à l’avenir dans les silos de la plage avant. Ce qui ne plaide pas pour 32 silos mais bien de 48 à 64. La FREMM-ER présentée au Canada dispose de 48 silos après allongement de la coque de quelques mètres quand une Horizon dispose de 48 silos avec une réserve pour installer 16 lanceurs supplémentaires. Sans négliger l’avenir puisque cette orientation politique pour la DAMB invite à considérer la possibilité que l’Aster Block 2 soit lancé ou non.

Nous nous dirigerions vers une frégate de 7000 tonnes et plus à pleine charge – autant qu’une Horizon. Fincantieri et DCNS s’ouvrent un espace dans lequel les quatre dernières FREMM des classes Aquitaine et Carlo Bergamini pourraient bénéficier des mêmes spécifications. Une construction en série dans un seul chantier ou dans deux chantiers différents (une moitié de chaque navire usiné dans les deux pays, construction commune des blocs) est envisageable. Les FREMM italiennes déplacent jusqu’à 6700 tonnes à pleine charge, 700 de plus que les FREMM françaises. Reste la question de la puissance disponible : sera-t-elle suffisante avec la turbine LM 2500 G4+ pour satisfaire autant la propulsion que les armes ? À une échéance plus lointaine se posera la question de la refonte des quatre frégates Horizon selon le PAAMS rénové. Cela impliquerait de concevoir, en particulier, des superstructures transposables aux trois classes de bateaux.

 

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