FMAN/FMC : lancement vertical ?

MBDA Perseus 2011.jpg

© MBDA. Image extraite de la vidéo de présentation du Perseus (2011). « A visionary naval and land attack weapon system »

Le programme FMAN/FMC est sur les rails entre Londres et Paris. Par contre, quelques interrogations au sujet du probable ensilotage de la future munition conduisent à craindre qu’elle ne devienne, avec le MdCN, non pas un facteur de fluidité mais bien de rigidité contre les phases de concentration et de division de la Flotte.

Le mardi 28 mars Harriet Baldwin (ministre britannique des acquisitions de Défense) et Laurent Collet-Billon (Délégué Général pour l’Armement) signaient un accord de coopération franco-britannique portant sur le lancement d’une phase d’études pour retenir les solutions techniques et technologiques du FMAN/FMC (Futur Missile Anti-Navire/Futur Missile de Croisière) ou FC/ASW (Future Cruise/AntiShip Weapon).

Pendant trois années et pour 100 millions d’euros financés à parts égales, des arbitrages seront proposés afin de définir le futur missile anti-navire et de croisière pour les marines et armées de l’air des deux États. Cela porte l’horizon à 2020 pour décider du lancement ou non d’un démonstrateur technologique puis de la fin de la décennie 2020 pour disposer des premières munitions dans les forces.

Le nouveau missile remplacera, ensemble, les Exocet, Harpoon et SCALP (Système de Croisière conventionnel Autonome à Longue Portée)/Storm Shadow. Par là, il s’agirait de comprendre que les SCALP-Naval ou MdCN (Missile de Croisière Naval) ne sont pas concernés. Ce n’est pas anodin dans la mesure où d’autres familles de missiles (Kalibr, BrahMos, Tomahawk) fournissent autant de versions qu’il y a de milieux physiques et de plateformes de lancement.

Cette distinction peut aussi se comprendre dans la mesure où Londres n’a pas encore arrêté ses arbitrages politico-militaires tant pour ses Type 45 que Type 26. La problématique demeure quant aux capacités anti-navires défaillantes de la Royal Navy entre 2018 et 2030.

Mais aussi, cela questionne vis-à-vis des versions du futur missile. Les capacités de guidage et ne navigation intrinsèques à la munition ne seront peut-être pas les mêmes. Si bien que la question de savoir si un FMAN/FMC embarqué sur un navire sera, aussi, un missile de croisière ?

Une autre problématique, à l’incidence structurelle bien plus importante, se fait jour. L’ensemble des missiles cités ainsi que le concept CVS401 Perseus (cf. vidéo) proposé sont, depuis une plateforme navale, tirés depuis un lanceur vertical. Les Exocet et Harpoon n’étaient lancés que depuis des lanceurs disposés sur un plan horizontal, légèrement incliné. Rien ne permet d’attester que la phase de concept ne retiendra que le lancement vertical du FMAN/FMC pour une plateforme navale. Rien n’indique non plus que ce futur missile pourrait aller à contre-courant des choix techniques réalisés autour des cinq océans.

C’est pourquoi la Marine nationale aurait alors des choix cornéliens à faire sur ses futures frégates et en particulier les FTI (Frégate de Taille Intermédiaire). Les FREMM (classes Aquitaine (et classe Alsace ?) sont percées à 32 lanceurs tandis que les Horizon (classe Forbin) le sont à 48 (avec une réserve afin de monter à 64). Par contre, les FTI ne sont percées qu’à 16 missiles avec une réserve pour 16 missiles de plus si et seulement si une pièce de 127mm n’est pas retenue pour l’artillerie navale de ces unités.

La diffusion continue des missiles anti-navire aux États exerce un rôle de « diffusion de la puissance maritime » ou The Diffusion of Maritime Power (titre d’un des articles publiés dans le recueil Diplomacy at Sea de James Cable, citée dans Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Économica, 1990, p. 69) depuis les années 1960 car il n’y a plus de lien de proportionnalité entre le feu porté, le tonnage du navire de guerre et le feu nécessaire pour couleur un navire. Cette diffusion s’est étendue aux groupes armés non-étatiques.

Il est bien périlleux de descendre sous une dotation minimale de missiles anti-aériens, en particulier quand la doctrine commande le tir de deux de ces engins contre une munition assaillante. Du côté des missiles anti-navires, la dotation théorique et moyenne en Europe s’échelonne pour huit missiles anti-navires par bateau contre 12 à 16 en Asie du Sud-Est. Et ces engins sont, très généralement, plutôt conçus pour mettre hors de combat plutôt que pour couler effectivement un navire adverse.

Par une autre perspective, l’invention même du missile de croisière participe de l’extension de l’influence de la Mer sur la Terre autant en réaction que dans la continuité de l’appropriation par l’Homme de l’Air. Et ces munitions sont, une fois encore, tirées verticalement pour les générations actuelles.

C’est pourquoi le cumul des trois types de munition lancés verticalement nous conduit à un déficit structurel en silos de lancement, en particulier pour les bateaux percés à 16 qui ne pourront certainement pas porter les trois capacités (défense aérienne, anti-navire et action vers la terre). L’arbitrage n’est pas impossible mais réduit, paradoxalement, la capacité de la structure navale à diffuser l’emploi de missiles différenciés sur chaque plateforme prévu pour.

Dans la pratique, une FTI en mission Corymbe n’aurait pas besoin ni de capacités anti-navire, ni d’une défense aérienne très élaborée. Le retour pratique et l’analyse des risques et menaces ne semblent pas conduire à voir une situation opérationnelle analogue aux détroits de Bab el-Mandeb et d’Hormuz. Par contre, ne pas intégrer de missiles de croisière sur les FTI conduit à se priver d’une capacité de frappe dans la profondeur (800 à 1000 km) qui aurait été bien utile dans le cadre des engagements militaires français dans la zone sahélo-saharienne. Dans cette perspective, et les exemples risquent de se multiplier, les frégates françaises ne seront pas polyvalentes mais, au mieux, « bi-valentes » et peu capables de basculer d’un théâtre à l’autre sans changer la dotation en missiles, ce qui ne peut se faire que le long d’un quai.

Cela conduira, inévitablement, à spécialiser les frégates selon les théâtres et les missions. La polyvalence exige, encore et toujours, un nombre supérieur, par exemple, et ici, de munitions, supérieur à celui d’une plateforme spécialisée. Frégates qui ne pourront plus basculer aussi facilement d’un théâtre d’opérations à l’autre. In fine, cela nous conduit à quelques problèmes nouveaux pour la concentration ponctuelle de la Flotte ou d’une fraction de celle-ci. Une frégate percée à moins de 48 silos est un facteur de rigidité de l’organisation des forces navales.

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