« World Naval Review 2017 » de Conrad Waters (ed.)

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Seaforth publie l’édition 2017 de World Naval Review (192 pages) sous la direction de Conrad Waters. Ce dernier est juriste de formation, tout comme un certain Sir Julian Strafford Corbett. L’ouvrage bénéficie en outre de plusieurs contributeurs dont les plus connus – de l’auteur de ces lignes, tout du moins – sont Norman Friedman et David Hobbs. Ce dernier commettait British Aicraft Carriers – Design, Development and Service Histories présenté ici-même et dont la lecture est recommandée alors que les HMS Queen Elizabeth et Prince of Wales entreront en service dans les toutes prochaines années. Basculons dès à présent dans la découverte de cet ouvrage.

Hervé Coutau-Bégarie critiquait les annuaires navals qui ne présentent que l’inventaire – trompeur – des navires d’une marine de guerre, ce qui ne renseignait pas l’observateur quant à ses capacités opérationnelles. Et ils peuvent même faire l’impasse sur des navires mal-conçus ou victimes de graves avaries ne permettant pas de les comptabiliser comme des unités actives. Toutefois, Coutau-Bégarie disait aussi qu’une marine, c’est des navires. Et si le critère du tonnage ne peut plus être la valeur cardinale du classement des flottes, la typologie proposée par professeur Coutau-Bégarie permettant de classifier les marines selon leur rayonnement géographique suppose… des navires, et plutôt en nombre.

L’annuaire de Seaforth, après une introduction présentant les évolutions les plus significatives, les sections suivantes se composent entre une revue des flottes mondiales (section 2), des monographies sur les navires marquants entrant en service (section 3) et, enfin, des considérations quant aux armes et capacités de cohérence (section 4).

Le propos des différents contributeurs se décomposent par une approche continentale du monde, depuis les Amérique jusqu’à l’ensemble européen (comprenant la Russie) en passant par l’Océan Pacifique et l’Asie du Sud-Est et l’Océan Indien et l’Afrique en passant par l’Inde. Ce découpage arbitraire est toujours susceptible de critiques, certes. 

 Mais il est particulièrement intéressant que chaque zone soit introduite tant par un propos général présentant les équilibres régionaux que par un tableau mettant côte-à-côte les principales unités des marines de guerre de la zone, permettant d’embrasser d’un coup d’œil prétentions régionales et tonnage.  

Par contre, il est surprenant que dans les tableaux, aussi bien pour la situation des flottes régionales que les monographies des flottes nationales, il n’y ait pas le tonnage total pour chaque marine. Cela aurait été l’aboutissement logique.

Mais il est appréciable que les auteurs n’hésitent pas à aborder la question financière quand ils ont pu l’approcher. Ainsi, il est dit que les Pattugliatore Polivente d’Altura (PPA), c’est-à-dire les FTI italiennes, auront un coût unitaire compris entre 430 (version légère) et 530 millions d’euros. Et donc, la quasi-totalité des prix sont affichés en euros puis en dollars entre parenthèses. Amusant, isn’t it ?

Et la focale se concentre aussi sur les marines qui connaissent les mutations les plus importantes et/ou celles qui n’ont pas été traitées de manière approfondie dans les éditions précédentes. C’est pourquoi les marines du Danemark et de la Hollande sont à l’honneur. Leur évolution depuis la fin du conflit Est-Ouest (1947 – 1991) est retracée jusqu’aux projections annoncées par les gouvernements respectifs. 

Les documents iconographiques sont d’un intérêt certain dans la mesure où, et par exemple, la photographie du Klaat Béni Abbès nous indique que le fleuron de la marine algérienne était en exercices avec l’US Navy en mai 2016. Alger demeure si discret sur son outil opérationnel et son état opérationnel. 

Les monographies sont très instructives – près d’une quinzaine de pages (textes et photographies) et présentent des navires qui font l’actualité : les classes Akizuki, Dokdo et Zumwalt. La genèse des programmes est retracée depuis les origines jusqu’à l’ordre de mise en chantier. Les essais sont largement détaillés jusqu’à la mise en service. Par exemple, les pages consacrées Dokdo sont particulièrement intéressantes dans la mesure où il est dit que, selon certaines sources, le pont d’envol pourrait supporter le poids et la chaleur des tuyères d’un F-35B tandis que les ascenseurs permettent de les accueillir.

Enfin (section 4), les auteurs se penchent sur l’évolution de l’aviation embarquée, des engins des navires ainsi qu’un beau traitement sur les capacités de sauvetage de sous-marins. En particulier, le propos sur les missiles anti-navires est d’une grande pertinence quand il pourrait y avoir une certaine tendance à surestimer une partie de ces munitions qui ne sont pas tant conçues pour couler que pour mettre hors de combat. La recontextualisation historique des différentes approches opérationnelles permet de nuancer la perception de cette menace. 

Dans l’ensemble, il s’agit d’un outil bien pratique à l’équilibre savamment pesé entre le panorama mondial qui permet d’embrasser, presque d’un regard, l’ensemble des marines de guerre tout en mettant en avant quelques monographies particulières. C’est un compromis entre un ouvrage complet – et donc avec un prix proportionnel à l’effort fourni – et un travail personnel de veille stratégique.

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