Une plus grande Royal Navy

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© Inconnu. Exercice Corsican Lion 2015 de la Combined Joint Expeditionary Force.

Reprenons, encore et toujours, cette analyse sur le tonnage. Face aux géants que sont l’US Navy (3 millions de tonnes), la MAPL (1,2 millions de tonnes) et la Voyenno-Morskoy Flot Rossii (1,15 millions de tonnes), la Royal Navy (407 000 tonnes) est passée de la première place jusqu’à la première moitié du XXe siècle à une respectable quatrième place dans le typologie des flottes par le tonnage. Et demeure la première marine européenne. Emmanuel Todd propose une analyse sur comment l’Allemagne tiendrait le continent européen par une domination politique découlant d’une agrégation d’économies européennes. Et Berlin pèserait autant que les États-Unis en matière économique grâce à une Europe permettant une plus grande Allemagne. Sans se prononcer sur la pertinence de l’analyse, son modèle permet de souligner comment la Royal Navy dominerait l’Europe naval et pratiquement doubler son tonnage par les alliances nouées.

La Royal Navy double pratiquement son tonnage par trois grandes alliances multilatérale (l’OTAN), minilatéral (UK Joint Expeditionary Force (JEF) et bilatéral (Combined Joint Expeditionary Force (CJEF).

À la suite de l’encaissement des dividendes de la paix, outre le recul généralisé des dépenses militaires mondiales, les risques et menaces sous-marines ne disparaissaient. Si la chute de leur intensité était brutale et durable à la suite de la dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie, la menace sous-marine se diffusait à l’ensemble de globe. La Royal Navy, comme nombre d’autres marines occidentales, se détourne alors des lutte aéronavale et aéro-sous-marine afin de se concentrer sur l’emploi de la Flotte en temps de paix : c’est-à-dire la diplomatie navale exigeant plutôt un outil aéroamphibie.

Entre 1988 et 2016, la Royal Navy change de tonnage et de modèle de Flotte. Venant de 590 000 tonnes (1988), et alors troisième marine mondiale, la Flotte de Sa Gracieuse Majesté déplace encore 407 000 tonnes en 2016, au quatrième rang donc. Le différentiel entre les deux états était majoritairement  constitués par les capacités dédiées à la guerre aéro-sous-marine afin d’assurer la continuation du lien transatlantique dans le Nord de l’Océan Atlantique, protégeant les arrières des CSG (Carrier Strike Group) américains partant à l’assaut des bastions soviétiques dans le cadre de la Maritime Strategy.

Les réductions de capacités, en particulier dans les luttes anti-sous-marine et anti-surface se traduisent par un rapprochement des sous-marins russes des eaux britanniques et plus particulièrement lors des entrées et sorties des SSBN de Faslane. Sorte de reproduction, en temps de paix, des « insultes » qu’il était possible, autrefois, de faire aux côtes d’un État.

C’est là que Londres fait jouer intelligemment son appartenance à l’OTAN. Chaque allié se doit de remplir ses obligations, le Royaume-Uni, dans l’absolu, a bien accompagné les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001 de l’Afghanistan jusqu’à l’Irak. Sans compter que le budget militaire britannique tangente bien, si ce n’est qu’il dépasse, l’objectif des 2% que les États membres de l’OTAN se sont librement assignés.

C’est pourquoi Londres bénéficiait d’un certain poids politique pour soutenir, demander et animer la solidarité des alliés vis-à-vis de ses lacunes en matière de guerre aéro-sous-marine (avions de patrouille maritime principalement mais très probablement aussi en matière de sous-marins). La réactivation des efforts ASM dans le Nord de l’Europe lui profite tout particulièrement. N’oublions pas le grand intérêt représenté par les SNMG de l’OTAN, en particulier quand ils font régulièrement travailler de concert les capacités de guerre des mines des marines des mers du Nord et Baltique.

Une autre alliance, celle-ci minilatérale (J.G. Ruggie, Multilateralism : The Anatomy of an Institution), démultiplie la force du groupe aéroamphibie britannique dont la capacité à entrer en premier sur un théâtre a été considérablement réduite depuis le retrait des Harrier et des plateformes aéronavales pouvant les porter après la Strategic Defence and Security Review de 2010.

La décision de créer la Joint Expeditionnary Force est actée en 2012 et la force déclarée opérationnelle en 2014. Elle rassemble les composantes amphibies, mêlant troupes et navires, des marines britannique, danoise (54 000 tonnes), baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), des Pays-Bas (110 000 tonnes) et de la Norvège (40 000 tonnes). En tenant pour négligeable l’appoint constitué par les trois marines baltes, cela revient à dire que dans le cadre de la JEF la Royal Navy peut compter sur 204 000 tonnes. Il va sans dire qu’il est difficilement concevable quelques hypothèses d’engagement de ces structures opérationnelles à dominante amphibie sans l’adjonction d’escorteurs contre les dangers aériens et sous-marins et la guerre des mines.

Le cas de la CJEF est encore plus symbolique. Cette force opérationnelle dont la création est actée en 2010 est déclarée opérationnelle après de nombreux exercices communs entre les Marine nationale et Royal Navy, parfois avec une participation américaine. L’enjeu de cette force est l’entrée en premier sur un théâtre jusque dans un engagement de haute intensité. Il est à noter que cette composante bilatérale permet à la Royal Navy de disposer à nouveau de l’appoint d’un groupe aéronaval et pas de n’importe lequel : le seul groupe aéronaval au monde capable de remplacer un Carrier Strike Group de l’US Navy.

Par ailleurs, la CJEF raffermit, s’il y en avait encore besoin, les liens entre Londres et Paris vis-à-vis de la concentration méditerranéenne de la Flotte française. Londres doit compter avec cette concentration depuis la renaissance de l’escadre d’évolutions (1820 – 1840) et par l’Entente cordiale (4 avril 1904), elle l’arrime à son système naval. La CJEF ne déroge pas à cette situation tandis que la France, si elle a moins besoin de la Royal Navy que l’inverse, contrairement à Suez (1956), doit composer avec la VIe fleet basée à Naples.

C’est pourquoi ces trois alliances fondent une plus grande Royal Navy qui ne se limitent plus à ses 407 000 tonnes (2016) mais étend ses capacités dans les luttes aéro-sous-marine, aéronaval et aéroamphibie par l’addition de 485 000 tonnes (JEF et CJEF) plus une part variable apportée ponctuellement par l’OTAN qui est loin d’être négligeable pour combler quelques lacunes criantes.

Si bien que la Royal Navy s’appuie, en réalité, sur 892 000 tonnes de navires de combat, matérialisant son influence sur la stratégie des moyens des flottes qui sont dans son orbite. Le jeu des alliances permettra à la flotte britannique de se projeter ponctuellement dans le Pacific au sein de la future et nouvelle British Pacific Fleet (1944 – 1945) grâce à cet ensemble de sûretés prises en Europe, sorte de Home Fleet virtuelle, inversant la situation engendrée par le navalisme allemand de la fin du XIXe siècle.

Londres est à la charnière de la géostratégie navale européenne grâce à trois alliances.

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