Marine nationale, une première place manquée (2008 -2016)

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© BAE Systems.

Une parenthèse se referme définitivement en ce début de XXIe siècle, ce moment, « assez » rare, où la France aurait pu prétendre à devancer la Royal Navy comme première marine européenne. Occasion manquée qui influencera considérablement les prétentions diplomatiques françaises en Europe tant du point de vue de l’Europe de la Défense que la défense de l’Europe. Cette faiblesse relative, seulement présentée sous la seule expression du tonnage, s’accompagne d’un pouvoir d’attraction des autres marines tout aussi faible.

Le rapport s’établissait comme suit en 2008 : la Royal Navy (476 000 tonnes) culminait comme première marine (ouest-)européenne – puisque la Russie détenait toujours un tonnage de près de 1,15 millions de tonnes – devant la Marine nationale (304 000 tonnes). Les deux marines suivantes n’étaient autres que l’Italie (142 000 tonnes) et l’Allemagne (120 000 tonnes). L’US Navy détenait le sceptre maritime d’un règne sans partage avec 3 millions de tonnes.

Les rivalités navales européennes connaissent presque exactement les mêmes acteurs depuis l’extrême fin du XIXe siècle. Une nouvelle fois à la croisée des chemins, les Royale et Royal Navy prendront des décisions radicalement différentes tandis que la marine russe doit tout simplement relever le défi de mettre suffisamment sur cale de navires pour stabiliser son tonnage ou bien le voir réduire drastiquement.

Dès l’année 2008, la France réduit la voilure de ses dépenses militaires, faisant le pari d’une contraction rapide de ses dépenses tant sur le soutien, et donc les infrastructures, que sur le personnel au bénéfice des investissements dans les équipements permettant eux-même de produire une deuxième fois les résultats obtenus avec les décisions précédentes afin d’entretenir un cercle vertueux. Ce qui n’empêche pas un changement de maquette avec des cibles moindres pour chaque programme. Ainsi, le livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale de 2008 avalise :

Le PA2 ou deuxième porte-avions n’était plus commandé alors qu’il se devait d’intégrer la programmation depuis le tout début des années 1990. Ses 70 000 tonnes manqueront de beaucoup lors de l’ATM n°2 (février 2016 – deuxième semestre 2018) du porte-avions Charles de Gaulle.  Le groupe aéronaval est incomplet et c’est bien le seul outil militaire majeur, en particulier pour l’entrée en première sur un théâtre – l’une des conditions sine qua non de l’indépendance militaire française.

Une réduction de cible des programmes Horizon et FREMM de 4 et 17 frégates (19 après l’abandon des Horizon 3 et 4) à seulement 2 et 11 unités. Ces 11 FREMM manquantes représentaient 66 000 tonnes de navires de combat. Le Parlement se faisait fort de relever que le nombre de frégates fixé à 18 puis 15 frégates de « premier » rang convenait, certes, au contrat opérationnel, tel que défini dans les deux derniers livres blancs, mais ne correspondait en rien aux ambitions diplomatiques françaises. Quand le livre blanc de 2013 contractualise la tenue de deux missions navales permanentes, la Marine nationale soutenait cinq de ces missions dans la pratique courante.

Tout comme le programme BATSIMAR devant délivrer 18 patrouilleurs de haute mer était, lui aussi, reporté aux calendes grecques. Eu égard aux derniers commentaires, tel le fait que l’Adroit semble être un bon maître-étalon de ce que pourrait demander la fiche programme, ce sont bien 27 000 tonnes de plus qui manque à l’appel. L’ensemble des déconvenues, si ce ne sont les échecs enregistrés, en matière de sauvegarde maritime rappellent, sans cesse, combien notre dispositif aéromaritime connaît des ruptures de capacité plus ou moins temporaires, plus ou moins permanentes.

Et par rapport à quelques préjugés injustes sur les questions navales, n’oublions pas que si la commande d’un deuxième porte-avions aurait été, cela est certain, une dépense supplémentaire proportionnel au gain stratégique, notre pays démontrait avec son panache habituel que pour le prix de 17 ou 19 frégates il était possible de n’en avoir que 8. Et les yeux se détournent bien de notre dispositif aéromaritime qui se réduit tout en demeurant chaque année plus coûteux.

C’est pourquoi la Flotte n’aurait pas déplacé 281 000 mais 444 000 tonnes en 2016 grâce à l’appoint de 163 000 tonnes de constructions neuves. Cet effort représentait de très raisonnables tranches navales de 20 000 tonnes par rapport aux objectifs des redressement (plan naval de 1952) puis restauration navale (plan naval de 1972) de tranches annuelles de plus de 30 000 tonnes.

La Royal Navy, sur la même période ne régressait « que » de 70 000 tonnes en venant de 476 à 407 000 tonnes. Sous la pression des financiers, elle ne réduisait pas de manière homogène la voilure mais procédait à des abandons de capacité ciblée sur l’aviation de patrouille maritime, le combat naval et l’aviation embarquée sur porte-aéronefs. Nous y reviendrons.

 

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