La nouvelle torpille automobile de surface ?

Defense News graphic

© Defense News graphic.

L’attaque de l’une des frégates saoudiennes de la classe Al Medinah laissait perplexe quant au moyen employé puisqu’il y avait matière à s’attendre à une nouvelle utilisation d’un missile anti-navire C-801/802. Les deux vidéos publiées et par la rébellion houthie et par l’Arabie Saoudite n’attestaient pas d’un tel scénario. Le Vice-amiral Kevin Donegan affirme qu’il s’agissait d’un engin téléguidé ou dronisé.

La publication d’une nouvelle vidéo, le 30 janvier 2017, attestait, pour la rébellion Houthie, de la réalité d’une attaque contre un navire de guerre saoudien. Seule l’explosion à l’arrière tribord de la frégate était discernable.

L’Arabie Saoudite reconnaissait officiellement et immédiatement cette attaque tout en qualifiant le moyen employé d’embarcation suicide. La vidéo prise par ce qui semble être la caméra de la plage hélicoptère de la frégate saoudienne ne montrait qu’un sillage sans que le mobile ne soit visible.

Qu’est-ce donc qui frappe cette galère : missile anti-navire, anti-char ? embarcation suicide ? jet-ski ?

Christopher P. Cavas nous rapporte les propos très affirmatifs du Vice-amiral Kevin Donegan, commandant de la Ve Flotte basée à Bahreïn et commandant des forces navales du Central command : « Our assessment is that it was an unmanned, remote-controlled boat of some kind ». Le VA Donegan en tire deux conséquences : cet engin n’est pas à la portée des Houthis pour être développé en totale autonomie et il permet de ne plus avoir recours à un kamikaze pour guider l’engin jusqu’à sa cible.

« The attack on the frigate Al Madinah appears to be the first confirmed use of the weapon which, Donegan said, represents a wider threat than that posed by suicide boats and shows foreign interests are aiding the Houthis. »

Vice Adm. Kevin Donegan, commander of the Bahrain-based US Fifth Fleet and head of US Naval Forces Central Command

Le VA Donegan ajoute que ce serait la première utilisation au combat d’un engin téléguidé/dronisé par un groupe armé non-étatique. Les Sea Tirgers (1976 – 2009) coulaient 26 bateaux de la marine sri-lankaise, recourant parfois à des attaques suicides. Nous serions dans le premier cas où le kamikaze est remplacé par un moyen de contrôle à distance, voire une intelligence artificielle.

La technoguérilla maritime banaliserait une nouvelle fois sa capacité à user de technologies autrefois l’apanage des seuls États. Et ce serait donc la première fois qu’un groupe armé-non étatique parviendrait à concevoir (avec ou sans assistance étrangère) une munition pour tenter de frapper à distance de sécurité.

Cet engin aurait alors, pour sa première utilisation opérationnelle, réussie à obliger une frégate ennemie à quitter la zone de combat, aurait endommagé son hélicoptère et tuer deux marins. S’il ne s’agissait que d’un prototype alors c’est assez convainquant.

Beaucoup de questions demeurent en suspend entre la nature de la charge employée et les senseurs employés pour discriminer la cible visée. Eu égard au sillage camouflant presque intégralement le mobile, il y a tout lieu de s’interroger si ce dernier est capable de discerner la cible et comment (voie optique ? magnétique ? thermique) ou s’il est grossièrement guidé par voie optique et à une distance qui ne met pas le contrôleur en sécurité.

Et il y aurait matière à beaucoup craindre de futurs perfectionnements. L’emploi de matériaux composites permettrait de soustraire un tel mobile aux radars. L’imitation du comportement d’une torpille – phase d’approche relativement lente puis accélération à une vitesse égale ou supérieure à la vitesse maximale de la cible visée – permettrait de confondre presque l’engin avec son milieu s’il s’agissait bien de quelque chose de très bas sur l’eau. Les moyens de guidage, s’ils permettaient de soustraire le contrôleur à la portée des armes défensives du navire visé, permettrait une multiplication plus aisée des attaques.

Après cette nécessaire phase de maturation, il y aurait deux perfectionnements extrêmement problématiques. Un engin aussi bas sur l’eau prétend avec beaucoup d’assurance à détonner au contact immédiat de la ligne de flottaison. Le résultat ne serait que plus efficace s’il était possible de « couler » l’engin pour qu’il détonne sous la ligne de flottaison.

Et dans cette optique, il est à craindre un phénomène de multiplication touchant, d’une part, à une capacité d’assimilation des techniques employées afin de reproduire par petites séries cet engin à partir de pièces plus ou moins accessibles sur le marché ou dans des filières clandestines, pas forcément appuyées par des États, et, d’autre part, à des attaques d’essaims de ces mêmes engins. Si l’un d’eux force ou « invite fortement » une frégate saoudienne à se retirer, que craindre de l’attaque d’une demi-douzaine de ces engins ?

Rien de pire que d’imaginer cette sorte de nouvelle « torpille automobile de surface » employée en champs de mines et capable de se jeter sur le premier navire approchant par détection magnétique.

Aussi, et sans avoir le moindre retour sur la conduite de l’équipage saoudien, l’absence de réactions de la frégate sur les deux vidéos interpelle, bien qu’il soit difficile de tirer quoi que ce soit comme informations à ce sujet à partir de deux bandes vidéos totalisant au plus deux minutes. Cependant, s’il s’agissait bien d’un engin très bas sur l’eau, à la manière du Frappeur de René Loire, et qu’il ne serait facilement détectable seulement lorsqu’il produirait un gros sillage. Est-ce possible d’assurer une veille permettant de détecter la menace à temps pour la détruire ?

Enfin, il y a matière à s’interroger sur la volonté iranienne de livrer, ou non, des missiles anti-navires à la rébellion houthie. S’il est avéré que le Yemen, avant la guerre civile actuelle, commandait et recevait des missiles anti-navires C-801 et C-802 de facture chinoise, les allégations de livraisons iraniennes de munitions supplémentaires et/ou de versions locales de ces mêmes munitions ne trouvent pas de vérifications.

Par contre, si l’Iran était bien associé, par quelque moyen que ce soit, à la conception d’une sorte de « torpille automobile de surface » téléguidée/dronisée ce serait, peut être, constater qu’une limitation navale (volontaire, négociée ou subie) amène à l’émergence d’une arme alternative.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s