La France et le cuirassé (4)

Les Dunkerque : le renouveau de la ligne française et la relance de la course aux armements

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Le croiseur de bataille Dunkerque au mouillage. Une élégance rare mais aurait-il été aussi efficace au combat, personne ne le saura jamais. 

Le 6 février 1922 est signé à Washington le premier traité de limitation des armements navals à l’issu d’une conférence de trois mois réunissant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, la France et l’Italie.

C’est à l’initiative de Londres que cette conférence s’est réunie. Il s’agissait de mettre fin à la course aux armements navals lancée entre le Japon et les Etats-Unis. Indirectement, cette conférence actait du déclassement de Londres, incapable de suivre son allié extrême-oriental et son ancienne colonie.

Cette conférence attribue un tonnage global pour les cuirassés des pays signataires, imposant le désarmement d’unités anciennes ou l’arrêt de la construction d’unités sur cale. La construction d’unités neuves est ainsi interdite jusqu’en 1931, la France et l’Italie recevant une dérogation pour pouvoir remplacer des unités perdues (France pour le premier, Leonardo da Vinci pour nos voisins transalpins).

La France n’exerce pas immédiatement cette option. Outre un contexte peu propice à l’investissement dans le cuirassé, la Royale hésite sur le type de cuirassé à produire, hésitation balayée quand apparaît le cuirassé de poche Deutschland, un navire révolutionnaire, propulsé par des diesels et armé de deux tourelles triples de 280mm.

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Le cuirassé de poche Deutschland

Ce nouveau navire incapable de battre un cuirassé orthodoxe peut surclasser un croiseur lourd type Washington. En riposte, les français dégainent un cuirassé de 23500 tonnes, rapide armé de huit canons de 330mm en deux tourelles quadruples concentrées sur la plage avant ce qui va constituer un signe particulièrement distinctif pour les nouveaux cuirassés français.

La construction du Dunkerque et de son sister-ship Strasbourg va ainsi déclencher par ricochet une course au cuirassé rapide. Même si j’aurais aimé le croire, je ne pense pas que sans la construction du Dunkerque, la situation aurait été différente. En effet, la battleship holiday (la vacance du cuirassé) allait bientôt s’achever et il était évident que les nouveaux cuirassés n’allaient pas être de simples copies de leurs devanciers du premier conflit mondial.

En réponse à la construction des Dunkerque, les italiens décident de construirent deux cuirassés rapides de 35000 tonnes armés de neuf canons de 381mm en trois tourelles triples, les Littorio et Vittorio Veneto.

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Le Littorio. En terme d’élégance, les cuirassés italiens n’étaient pas mal non plus

La France riposte en décidant de construire deux «35000 tonnes», les futurs Richelieu et Jean Bart. Toutes les grandes marines vont alors entreprendre la construction de cuirassés rapides (30 nœuds), bien armés (de dix canons de 356mm à neuf canons de 406mm voir 460mm pour les Yamato) et bien protégés, la synthèse entre le cuirassé lent du premier conflit mondial et le croiseur de bataille.

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Le Dunkerque est mis en chantier à l’Arsenal de Brest le 24 décembre 1932. Lancé le 2 octobre 1935, il est admis au service actif le 1er septembre 1938. Affecté dans l’Atlantique, il appartient à l’Escadre puis à la Flotte de l’Atlantique jusqu’au 3 septembre 1939 quand avec son sister-ship Strasbourg, il intègre la Force de Raid.

Après avoir (vainement) traqué les raiders allemands, assuré un transport d’or vers le Canada, le Dunkerque rallie la Méditerranée et Mers-El-Kebir. Le 3 juillet 1940, il est sérieusement endommagé par la force H lors de l’opération Catapult. Trois jours plus tard, le 6 juillet 1940, des Fairey Swordfish viennent achever le boulot. Une torpille frappe le patrouilleur Terre-Neuve chargé de grenades ASM qui coule, l’explosion de 14 projectiles (équivalent de huit torpilles !) aggravant les dégâts.

Après des travaux titanesques dans un port mal équipé, le croiseur de bataille rallie Toulon le 20 février 1942. Echoué dans un bassin Vauban, les travaux de remise en état sont brutalement stoppés le 27 novembre 1942 par le sabordage de la flotte, le Dunkerque coulant droit dans le bassin.

Devenue une épave, l’ex-fleuron de la Royale est partiellement démantelé par les italiens jusqu’à l’armistice de septembre 1943. Ce qui reste du Dunkerque est sorti par les allemands, mouillé au Lazaret où il est coulé le 18 août 1944 par des bombardiers américains. L’épave est relevée après guerre et vendue à la démolition le 15 septembre 1955.

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Le Strasbourg

-Le Strasbourg est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire-Penhoët le 25 novembre 1934 lancé le 12 décembre 1936 et admis au service actif le 24 avril 1939.

Déployé dans l’Atlantique, le sister-ship du Dunkerque intègre rapidement la Force de Raid, étant même détaché à Dakar au sein de la force X du 12 septembre au 21 novembre 1939. Redéployé en Méditerranée en avril 1940, il s’échappe le 3 juillet 1940 lors de l’opération de la force H contre Mers-El-Kebir. Il rentre à Toulon le lendemain 4 juillet 1940.

Devenu navire-amiral des Forces de Haute Mer (FHM), le Strasbourg n’effectue que de courtes sorties d’entrainement aux salins d’Hyères. Le 27 novembre 1942, il est sabordé, coulant droit aux appontements du Milhaud.

Renfloué le 17 avril 1943 par les italiens, il est rendu aux français mais sa remise en état n’à pas lieu. Remorqué au Lazaret, il est coulé par un bombardement américain le 18 août 1944. La coque est renflouée après guerre, servant au large de la presqu’ile de Gien pour des expérimentations sur les effets des explosions sous-marines. Condamné le 23 mars 1955, l’ex-Strasbourg est vendu à la démolition en mai.

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Caractéristiques Techniques des croiseurs de bataille classe Dunkerque

Déplacement : standard 26500 tonnes (D) 27300 tonnes (S) pleine charge 35500 tonnes (D) 36380 tonnes (S) Dimensions : longueur hors tout 215.14m (D) 215.50m (S) largeur 31.10m tirant d’eau pleine charge 9.71m (D) 9.89m (S)

Propulsion : Quatre groupes de turbines à engrenages Parson alimentées par six chaudières de type suralimentées Indret (construites sous licence Penhoët pour le Strasbourg) dévellopant une puissance totale de 107000ch et actionnant quatre hélices tripales.

Performances : vitesse maximale 29.5 nœuds distance franchissable 7850 miles nautiques à 15 nœuds 2450 miles nautiques à 28 nœuds

Protection : ceinture principale 225mm (283mm pour le Strasbourg) pont blindé supérieur 115 ou 125mm pont blindé intermédiaire 40mm (50mm pour le Strasbourg), Tourelles de 330mm : 330mm(D) 360mm (S) 250mm pour les côtés Toit 150mm (D) 160mm (S) Arrière 345 mm (tourelle I) et 335mm (tourelle II) pour le Dunkerque; 352mm et 342mm pour le Strasbourg

Tourelles de 130mm : face avant : 135mm côtés : 90mm toit : 90mm barbette : 120mm

Armement : 8 canons de 330mm modèle 1931 en deux tourelles quadruples concentrées à l’avant, 16 canons de 130mm modèle 1932 en trois tourelles quadruples et deux tourelles doubles, 8 canons de 37mm modèle 1933 en affûts doubles et 20 (32 pour le Strasbourg) mitrailleuses de 13.2mm Hotchkiss modèle 1929 en affûts quadruples.

Aviation : une catapulte avec deux à quatre hydravions.

Equipage :Dunkerque : 81 officiers et 1300 officiers mariniers et matelots soit 1381 hommes Strasbourg : 32 officiers et 1270 officiers mariniers et matelots soit 1302 hommes

Comme nous l’avons vu plus haut, la construction du Dunkerque entraine une riposte italienne car même si le croiseur de bataille était conçu en riposte au Deutschland, la Royale à été reconstruite depuis 1920 en vue d’un conflit contre l’Italie pour le contrôle de la Méditerranée.

A l’annonce de la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes (baptisés Littorio et Vittorio Veneto), la France se doit de riposter. Plusieurs projets sont étudiés mais au final les premiers et seuls «35000 tonnes» français seront une évolution du Dunkerque avec une augmentation du calibre de l’artillerie principale (380 au lieu de 330mm) et de l’artillerie secondaire (152 au lieu de 130mm).

A l’annonce de la construction des Richelieu, l’Italie riposte en passant commande de deux nouveaux cuirassés de type Littorio, des cuirassés baptisés Roma et Impero, commande à laquelle répond la commande française pour deux cuirassés rapides baptisés Clemenceau et Gascogne, le premier étant un Richelieu alors que le quatrième est un cuirassé unique avec une tourelle quadruple à l’avant et une tourelle quadruple à l’arrière, cuirassés dont nous reparlerons plus tard.

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Le Richelieu dans l’Océan Indien en 1944

-Le Richelieu est mis en chantier à l’Arsenal de Brest le 22 octobre 1935. Il est mis à flot le 17 janvier 1939 (après avoir été construit dans deux bassins différents) et entame alors sa phase d’armement jusqu’au printemps 1940 quand il entame ses essais. Sans l’invasion allemande et la débacle, sa mise en service était prévue pour juillet 1940.

Le 18 juin 1940 alors que Brest est menacée par l’avancée de l’armée allemande, le cuirassé quitte son chantier constructeur direction Dakar où il arrive le 23 juin 1940. Deux jours plus tard, c’est l’Armistice de Rethondes.

Le 3 juillet 1940, l’opération Catapult est déclenchée par les britanniques pour neutraliser la flotte française. Initialement, la Force H devait rallier Dakar le 4 pour une opération semblable à celle de Mers-El-Kebir mais comme le Dunkerque était encore jugée comme une menace cette opération n’aura pas lieu.

Le 6 juillet 1940, des Fairey Swordfish de l’Hermès attaquent le cuirassé qui est touché à l’arrière tribord, embarquant 2400 t d’eau. Des réparations sommaires sont réalisées avec les moyens du bord.

Deux mois plus tard à lieu l’opération Menace, une tentative d’invasion anglo-gaulliste de Dakar (23-25 septembre 1940) au cours de laquelle le cuirassé joue un rôle clé. Il est légèrement endommagé par l’artillerie britannique.

Suite à l’opération Torch puis au basculement de l’Afrique du Nord aux côtés des alliés, le Richelieu rallie les Etats-Unis en février 1943 pour une profonde refonte (24 février au 25 septembre 1943). Il opère un temps en Méditerranée puis au sein de la Home Fleet avant de rallier l’Océan Indien au printemps 1944 où il n’à guère l’occasion de s’illustrer contre les japonais.

Après une période d’entretien à Casablanca de septembre 1944 à janvier 1945, le cuirassé retourne dans l’Océan Indien où il opère jusqu’à la capitulation japonaise le 2 septembre 1945. Il participe aux opérations de réoccupation de l’Indochine mais son déploiement fort coûteux entraine son rappel, le cuirassé rentrant en métropole le 11 février 1946.

Sa carrière est pour ainsi dire terminer, ses mouvements sont limités. Devenu navire-école en mai 1952, il rallie Brest en février 1956 où il est mis en réserve, servant alors de navire-école à quai jusqu’au 30 septembre 1967 quand il est condamné sous le nom de Q-432. Il est vendu à la démolition et démantelè à La Spezia en 1968/69.

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Le Jean Bart au Havre en 1955

-Le Jean Bart est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) de Saint-Nazaire dans la forme Caquot le 12 décembre 1936 mis à flot le 6 mars 1940 avec une admission au service actif prévue pour fin 1941.

L’invasion allemande et la débacle bouscule le programme. La construction devient hautement prioritaire et jusqu’à 3500 ouvriers des deux chantiers nazairiens (ACL + Penhoët) vont être mobilisés.

Jusqu’au 11 juin 1940, il était prévu que le cuirassé rallie l’estuaire de la Clyde en Ecosse mais à partir de cette date, le capitaine de vaisseau Ronar’ch, neveu du héros de Dixmude reçoit l’ordre de rallier Casablanca.

Le 19 juin 1940 alors que les allemands approchent de l’estuaire de la Loire, le cuirassé incomplétement achevé appareille dans un chenal juste à ses dimensions ce qui ne l’empêche pas de s’échouer brièvement. Le cuirassé arrive au Maroc le 22 juin où les travaux vont se poursuivre cahin caha avec les moyens du bord.

Le 8 novembre 1942, les alliés déclenchent l’opération Torch, le débarquement en Afrique du Nord (Maroc et Algérie). A Casablanca, le cuirassé Jean Bart résiste mais ne peut servir que de batterie flottante non sans une certaine efficacité. Il est endommagé par des bombes et des obus de 16 pouces du cuirassé Massachusetts occasionnant des dégâts non négligeables.

Une fois l’Afrique du Nord officiellement dans le cas allié se pose la question de savoir que faire du cuirassé inachevé. Plusieurs projets sont étudiés qu’il s’agisse d’une transformation en porte-avions, d’un achèvement sur des plans simplifiés voir le remplacement des canons de 380mm récupérés pour le Richelieu par des canons de 340mm du Lorraine. Aucun de ces projets ne voit le jour et l’achèvement est repoussé à la fin de la guerre.

Le 22 février 1945, décision est prise de l’achever en cuirassé selon des plans modifiés qui prennent en compte les leçons du second conflit mondial en terme de DCA et de détection électromagnétique.

Le gros des travaux à lieu à l’Arsenal de Brest du 11 mars 1946 au 26 novembre 1947 puis du 20 mars au 9 octobre 1948. Il est mis en service le 1er mai 1955 presque vingt ans après sa mise en chantier !

Sa carrière va être brève. Navire-école du Groupe Ecole Sud stationné à Toulon, il participe à l’expédition de Suez (novembre 1956), servant de transport de troupes et de navire d’appui-feu même si il ne tire que quatre malheureux obus de 380mm.

Mis en réserve A le 1er août 1957, il devient bâtiment-école à flot à l’Angle Robert en compagnie des anciens croiseurs Suffren et Montcalm. En Réserve B le 1er janvier 1961, le dernier cuirassé français achevé est condamné le 10 février 1970 (Q-466) avant d’être démoli au Bregaillon à partir du mois de juin.

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Caractéristiques Techniques des cuirassés Richelieu et Jean Bart

Déplacement : standard réel 37250 tonnes (R) 42806 tonnes (JB) pleine charge 42806 tonnes (R) 48950 tonnes (JB) Dimensions : longueur hors tout 247.85m (242 entre perpendiculaires) largeur 33.08m tirant d’eau 9.90m

Propulsion : quatre groupes de turbines à engrenages Parson alimentées en vapeur par six chaudières Sural dévellopant 155000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 32 nœuds (31 nœuds pour le Jean Bart) distance franchissable : 9500 miles nautiques à 15 nœuds et 3450 miles nautiques à 30 nœuds (R) 8832 miles nautiques à 16 nœuds 3181 miles nautiques à 30 nœuds (JB).

Protection : ceinture blindée 330mm pont blindé supérieur 150mm pont blindé intermédiaire 40/50mm bloc passerelle 340mm (avant) tourelles de 380mm avant 430mm latéral 300mm toit 170/195mm tourelles de 152mm face avant 130mm

Armement : (Richelieu) 8 canons de 380mm en deux tourelles quadruples à l’avant, neuf canons de 152mm en trois tourelles triples, douze canons de 100mm en affûts doubles (qui remplacent deux tourelles triples de 152mm), six affûts ACAD modèle 1935 de 37mm remplacés par 8 canons de 37mm modèle 1933 en affûts doubles et trente-deux mitrailleuses de 13.2mm en huit affûts quadruples. La refonte aux USA remplace les canons de 37mm et les mitrailleuses de 13.2mm par des canons de 20mm et de 40mm

(Jean Bart 1955) 8 canons de 380mm en deux tourelles quadruples à l’avant, neuf canons de 152mm en trois tourelles triples, douze canons de 100mm modèle 1945 en six affûts doubles modèle 1946 et vingt-huit canons de 57mm Bofors en tourelles doubles

Aviation : deux catapultes à l’arrière et cinq hydravions Loire 130 pour le Richelieu qui aurait du embarquer des Loire 210 puis des Dewoitine HD-780 de chasse. Le Jean Bart n’à jamais embarqué ses installations d’hydraviation

Equipage : (Richelieu) 1569 officiers et marins (Jean Bart) 1149 officiers et marins (757 officiers et marins en navire-école)

Clemenceau, Gascogne et Alsace : tombés au champ d’honneur

Après la construction des deux premiers Richelieu la logique aurait voulu que le troisième cuirassé rapide français soit identique moins le retour d’expérience suite à la construction et aux essais même si le calendrier serré rendait le RETEX limité.

La France hésita pourtant et étudia d’autres options pour les deux unités prévues à la tranche 1938bis, unités répondant à la construction du Roma et de l’Impero. La variante A était une redite des Richelieu, la variante B voyait les tourelles quadruples réparties entre l’avant et l’arrière et la variante C était une conception neuve avec trois tourelles triples (deux avant et une arrière).

C’est la variante A qui est choisie pour le Richelieu n°3 alors que pour le «Richelieu n°4» c’est la variante B qui est sélectionnée, la variante C étant au final choisie pour les deux cuirassés autorisés le 1er avril 1940. Les deux navires sont respectivement baptisés Clemenceau et Gascogne.

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Le Clemenceau est mis sur cale dans la forme n°4 du Salou le 17 janvier 1939, jour où la coque du Richelieu à été mise à flot. Le calendrier prévisionnel prévoyait un lancement dès 1941 pour une mise en service en 1943.

Quand les allemands s’emparent de Brest le 18 juin 1940, le cuirassé n’est achevé qu’à 10% autant dire une misère. Les allemands envisagent de l’achever mais ils redeviennent réalistes et l’achèvement est abandonné.

Les seuls travaux menés sont destinés à fermer le tronçon de coque pour permettre son évacuation du bassin n°4 du Salou. Le ponton sorti du bassin en 1941 est d’abord mouillé à Landevennec puis ramené dans la rade-abri pour progéger la base sous-marine.

Coulé le 27 août 1944, le ponton est renfloué, echoué à Poullic Allor, se brise en deux en septembre 1948 avant que l’acier ne soit récupéré en 1951.

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Schéma simplifié du Gascogne

-Le Gascogne était un demi-frère des Richelieu puisque son armement principal était installé de manière différente avec une tourelle quadruple à l’avant et une tourelle quadruple à l’arrière. Il fallait probablement voir dans ce choix les premiers retours d’expérience des Dunkerque qui connaissaient une importante dispersion (quoique pas aussi importante que ne l’ont dit les perfides auteurs anglo-saxons) mais aussi la crainte de ne pouvoir combattre en ligne avec un armement concentré à l’avant.

Le reste de l’armement ne change pas avec l’armement secondaire mixte (canons de 152mm et de 100mm) et une DCA légère composée d’affûts de 37mm ACAD modèle 1935 et de mitrailleuses de 13.2mm (Il n’est pas farfelu de penser que si le Gascogne avait été achevé, il aurait remplacé tôt ou tard ses mitrailleuses de 13.2mm par des canons de 25mm).

Quand à l’aviation, elle à connu des changements, les installations d’hydraviation passant d’un hangar et deux catapultes au milieu du navire à une catapulte à la poupe avec un hangar sous le pont blindé. Au Loire 130, le Gascogne aurait préféré le Farman NC-420, un bimoteur qui comme le Dewoitine HD-780 ne connu jamais le service actif.

Les premières commandes de matériels furent passées en juin 1939 mais les travaux préparatoires furent suspendus comme ceux du Clemenceau le 28 septembre 1939. Les travaux du Gascogne (nommé ainsi pour rendre hommage au travail de Darlan originaire de cette région) ne reprirent que le 12 avril 1940.

Au 1er juin 1940, seulement 6% du matériel avait été rassemblé, la mise sur cale dans la forme Caquot était prévue à l’été 1940 pour un lancement au printemps 1942 et une admission au service actif en juin 1944. Cependant le 10 juin 1940, les travaux furent suspendus et ne furent jamais repris.

-Aux Richelieu/Gascogne auraient du succéder une nouvelle classe de cuirassés moins destiné à combattre les italiens que les allemands et notamment les redoutables (sur le papier au moins) cuirassés de type H armés de canons de 406mm.

Le 20 juillet 1939, l’amiral Darlan demande au Service Technique des Constructions Navales (STCN) des études pour de nouveaux cuirassés capable de damer le pion aux «H». Logiquement, une demande pour de nouveaux canons de 400,406 voir 420mm est adressée à la Direction des Armes Navales (DAN).

Plusieurs projets sont dessinés mais au final le calibre de 380mm va être conservé pour ne pas perdre de temps, la mise au point d’une pièce de gros calibre demandant plusieurs années et aurait encore aggravé la gestion des calibres puisque la flotte de ligne disposait de canons de 305mm, de 330mm, de 340mm et de 380mm.

Trois projets ont été étudiés et en tenant compte du problème de l’artillerie et de la taille des bassins, c’est le projet A qui à été retenu.

Ce projet dessinait un navire de 252m de long sur 35m de large, 40000 tonnes standard, une vitesse de 31 nœuds et un armement composé de neuf canons de 380mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), neuf canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrières), seize canons de 100mm en huit tourelles doubles installées latéralement et une DCA légère composée de canons de 25mm et de 37mm.

Deux cuirassés furent autorisés le 1er avril 1940, le premier aurait été mis sur cale après le lancement du Joffre en 1941 ce qui aurait du décaler la construction du Painlevé tandis que le second aurait du être mis en chantier à partir de 1942 dans la nouvelle forme 10 du Laninon mise en chantier en 1939 (310m de long sur 42m de large).

Les commandes de matériel auraient du commencer à la mi-1940. Une note de l’Etat-Major Général du 15 mai 1940 proposait les noms de Alsace, Normandie, Flandre et Bourgogne. La suite de l’histoire est connue : les Alsace ne furent jamais construits.

C’est donc avec le Jean Bart que s’achève l’histoire des cuirassés français. Dernier cuirassé mis en service dans le monde (et non dernier cuirassé construit, le HMS Vanguard étant plus jeune que notre dernier «bâtiment de ligne»), le Jean Bart démoli en 1970 marqua la fin de 114 années d’une histoire chaotique et mouvementée qui vérifia l’adage populaire «Nul n’est prophète en son pays».

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