La Marine nationale face à la menace « sea-skimming »

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© Marine nationale. Le 24 juin 2014, les frégates de surveillance Floréal et Nivôse, basées à la Réunion, ont réalisé un tir simultané de leurs missiles anti-navires «Mer-mer 38». Le tir a été réalisé tandis que la frégate de surveillance Floréal, revenait de deux mois de mission Atalante de lutte contre la piraterie maritime au large de la Somalie et d’une patrouille de surveillance des zones économiques exclusives des îles Australes françaises dans le canal du Mozambique.

La nouvelle escarmouche Houthie (30 janvier 2017) face à l’Arabie Saoudite interroge sur les capacités de défense terminale à très courte portée dans la Marine nationale. Si la noblesse de la guerre sur mer lorgne depuis un demi-siècle sur le graal que pourrait être le missile anti-navire supersonique, voire hypersonique, c’est encore et toujours le missile subsonique qui produit le plus d’effets avec l’embarcation-suicide, succédanée de la vedette lance-torpilles.

Le 3 janvier 2000 l’USS The Sullivans (DDG-68 de la classe Arleigh Burke) est visé par navire-suicide dans le port d’Aden mais celui-ci coule avant d’atteindre sa cible. Plus tard la même année, le 12 octobre, l’USS Cole (DDG-67 de la classe Arleigh Burke) est atteint par une embarcation-suicide au niveau de sa ligne de flottaison alors qu’il est à quai à Aden. 17 marins y perdent la vie et 50 autres sont blessés. Le 6 octobre 2002 le pétrolier français Limburg est touché par une autre embarcation kamikaze dans le golfe d’Aden. Un marin y perd la vie. Une frégate américaine était une nouvelle fois visée.

La rébellion Houthie a fait usage à trois reprises de missiles subsoniques « rase-mer » ou « sea-skimming » (C-801 et C-802 a priori) contre des navires de la coalition arabe menée par l’Arabie Saoudite ou contre une division navale américaine. Le HSV-2 Swift a été atteint de plein fouet tout comme l’une des frégates de la classe Al Madinah. Seule la division américaine a pu repousser les munitions par un emploi combiné de ses moyens de guerre électroniques et de ses missiles anti-aériens.

Tout ces épisodes se sont déroulés au large des côtes yéménites, soit dit en passant.

La lutte contre les embarcations légères est extrêmement difficile dans la mesure où le danger survient très généralement dans la bande littorale, voire à proximité immédiate des côtes, ou dans un contexte portuaire. C’est-à-dire que la défense terminale à courte portée se doit de pouvoir être fonctionnelle jour et nuit et employable dans un milieu où aucune déconfliction n’est possible.

Dans cette perspective, les deux pièces de 40 mm de la frégate de classe Al Madinah ne furent d’aucun secours. Aussi, il est à croire que le Phalanx n’a pas plus aidé les USS The Sullivans et Cole. Si bien que est-ce que une telle pièce automatisée est d’une quelconque utilité dans un milieu portuaire sans qu’un être humain demeure dans la boucle ? Ces pièces d’artillerie sont réputées pour leur sensibilité au moindre mobile. Pourtant, la seule protection contre une embarcation-suicide semble rester sa destruction.

Du côté de l’emploi de missiles subsoniques « rase-mer », il y a de quoi vérifier la transposition de la célèbre formule du général Gallois par Hervé Coutau-Bégarie au missile anti-navire « égalisateur de puissance sur mer » (Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Economica, 1990, p. 71). Les groupes armés non-étatiques parviennent même à se procurer ce type de munitions bien que la portée pratique soit limitée à l’horizon d’un radar côtier ou sur un navire, c’est-à-dire de l’ordre des 30 à 40 km.

Une portée en rapport avec les capacités du missile exigerait le recours à un senseur aérien. Et à ce sujet, il est à relever que les agissements du groupe dit « État Islamique » démontrent une maîtrise croissante et significative de l’emploi de la troisième dimension au service des opérations aéroterrestres. La transposition de l’acquisition de ces compétences et de leur emploi en mer n’est peut-être pas une question d’années mais de mois, voire de semaines eu égard à l’extrême ingéniosité de la rébellion Houthie.

La marine du royaume saoudien démontre, par son retrait et son échec, son incapacité à tenir une station avec une bulle anti-aérienne adéquate malgré l’intégration de Crotale EDIR sur ses frégates Al Madinah (programme frégates F2000) et des Aster 15 sur les Al Riyadh (programme frégates F3000). Par contre, pour se défendre, l’USS Mason emploie au combat pour la première fois des « SM-2s » (RIM-66, 62 à 185 km de portée selon la version) et ESSM (RIM-162, jusqu’à 50 km de portée). Une contre-salve de deux SM-2 semblent avoir atteint une des deux munitions adverses. La deuxième aurait été neutralisée par l’ESSM. En plus de ces moyens cinétiques, le navire employait ses moyens de guerre électronique, dont le système Nulka destiné à contrer les missiles anti-navires.

Du côté de la Marine nationale, l’artillerie légère est depuis l’après-guerre la grande orpheline des priorités budgétaires. Les défenses à très courte portée et courte portée privilégie l’emploi de missiles. Le Crotale EDIR, équipant encore les frégates des classes La Fayette et Georges Leygues n’est pas réputé pour son aptitude à contre les missiles « rase-mer ». Sa dernière évolution, le Crotale CN2 avec missiles VT1, aurait quelques arguments en la matière mais les avis ne sont pas tranchés. Ce qui expliquerait le débarquement des Crotale sur les FLF modernisés au profit de SADRAL.

Il n’est pas dit que l’intégration des quelques Narwhal sur les Aquitaine et les BPC suffisent à prémunir les navires de la Marine nationale. Des exercices soulignent combien une embarcation basse sur l’eau, tel un semi-rigide, dans une mer avec des creux, disparaît régulièrement entre deux vagues. Et les dernières expérimentations opérationnelles témoignent de la grande menace constituée par des essaims de drones dont la principale protection serait le « relief » maritime.

Très généralement, un système de défense terminale combine une pièce d’artillerie légère à grande cadence de tir (Phalanx, Goalkeeper, etc) avec, en sus, des missiles à très courte portée et pouvant être lancée en salves (SADRAL, C-RAM, etc). BAE System développerait même un prototype de laser opérationnel pour ses missions mais couplé avec des missiles anti-aérien à courte portée. Le nombre de pièces d’artillerie demeure déterminant à cet égard afin de couvrir tous les secteurs et de pouvoir croiser les tirs.

C’est pourquoi seules les unités de défense aérienne comprenant un système anti-aérien couvrant l’ensemble des couches – de la très courte portée à la longue portée – maniées par des équipages rompus aux exercices et à une discipline sans faille demeurent les précieux sésames pour franchir les détroits de Bab el-Mandeb et d’Hormuz.

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