Des ASDIC dans la Marine française en 1940?

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Vue de l’épave de l’Adroit montrant le dôme de l’ASDIC en position de repos (au centre de la quille, à gauche de la photo) – Collection Wilfried Langry

     Au cours de la première guerre mondiale, les travaux de Paul Langevin sur l’effet piézo-électrique du quartz ouvraient de très bonnes perspectives en matière de détection des sous-marins pour la Marine Nationale. La fin du conflit ne permit pas une réalisation concrète et le projet fut plus ou moins mis en sommeil durant l’entre-deux guerres.

     Au début du second conflit mondial, la flotte française se trouva donc sans moyen de détection sous-marine opérationnel, ce qui constituait une carence grave face à la prévisible montée en puissance des U-boote allemands. Il existait bien plusieurs prototypes français dénommés SS1 à 6 (« Sondeur Spécial », numérotés en fonction du type de navires qu’ils devaient équiper), mais ils étaient inefficaces et sujets à de nombreuses pannes.

        De sont côté, l’Angleterre avait développé son propre système fonctionnant également suivant l’effet piézo-électrique du quartz: l’ASDIC (Anti Submarine Detection Investigation Committee). En 1939, ce système était pleinement opérationnel. L’Etat-Major de la Marine Nationale en avait conscience et commanda dès mai 1939 seize appareils de type 123. Suite à la déclaration de guerre et devant l’urgence de la situation, l’Amiral Darlan décida de passer une nouvelle commande de cinquante ASDIC auprès des britanniques. Vingt cinq exemplaires seront de type 128 et les vingt cinq autres de type 123. En parallèle le Service Technique de la Marine continue le développement du système français et prévoit une mise en service très rapide de ce dernier. Nous verrons qu’il n’en sera rien.

       Ce nouveau moyen de détection étant ultra confidentiel, de nombreuses précautions sont prises lors de l’acheminement des exemplaires en France. C’est d’ailleurs la voie diplomatique qui est privilégiée pour éviter toute fuite. L’ASDIC est également renommé ALPHA le 2 octobre 1939.

        Le matériel commandé sera prioritairement affecté aux escorteurs et aux forces légères destinées à la protection sous-marine de la flotte. Il est donc prévu, en fonction des disponibilités et arrêts techniques d’équiper des avisos, des torpilleurs et contre-torpilleurs. Le type 123 est réservé aux avisos et torpilleurs tandis que le type 128 est affecté aux contre-torpilleurs. L’installation des appareils est aisée et rapide puisqu’il était prévu dès la construction des navires une installation de détection acoustique: une cabine d’écoute et un puits pour le projecteur à ultrasons (les matériels étant d’encombrement similaire).

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Ce soldat allemand en promenade ne se doute pas que le dôme situé derrière lui renferme l’une des avancées technologiques qui permettront aux alliés de vaincre les Loups Gris allemands. (Collection Wilfried Langry) 

        L’équipement de la flotte française se poursuit avec une nouvelle commande en octobre 1940. Il est également prévu de pourvoir les premiers torpilleurs qui avaient reçu le SS1 français.

      Lorsque l’Armistice de juin 1940 est signé, un certain nombre de navires de guerre français sont équipés de l’ALPHA mais un certain nombre le serons après. Bien souvent, l’équipement provient de bâtiments désarmés en vertu de la convention d’Armistice. Néanmoins, malgré les contrôles draconiens de la commission d’armistice, une fabrication d’appareils ALPHA 2 inspirés de l’ASDIC 128 est lancée en zone libre. Les quatre contre-torpilleurs de type Le Fantasque en seront dotés, démontés dans des caisses à leur bord, dans un premier temps. Ils seront définitivement installés lors de leur modernisation aux Etats-Unis en 1943. L’Indomptable ne verra jamais ce matériel monté puisqu’il disparaîtra lors du sabordage de novembre 1942, les caisses toujours à bord. L’installation était également prévue en 1943.

      L’appareil ALPHA donnera de bons résultats de détection comparés aux performances très médiocres des appareils à ultrasons français. Les membres d’équipage chargés de manœuvrer l’ALPHA seront formés par les britanniques en 1940. Les méthodes de chasse aux sous-marins seront donc les mêmes de part et d’autre de la Manche. Les escorteurs opérant en groupe devront régler leur ALPHA sur des fréquences différentes pour éviter de gêner leur détection.

       Malheureusement, la courte campagne de France ne permettra pas aux équipages de se rôder au maniement de l’ALPHA. Les attaques menées ne déboucherons pas sur des destructions par manque d’entraînement et de grenades trop peu puissantes. Néanmoins, l’ASDIC continuera à être amélioré par les britanniques et contribuera à la victoire alliée lors de la Bataille de l’Atlantique

                                                                                                                                             Wilfried Langry

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2 réflexions sur “Des ASDIC dans la Marine française en 1940?

  1. Excellent article très clair et très didactique. Comment peut-on expliquer que les travaux prometteurs ne se soient pas poursuivis ? Manque de temps et de moyens ? budget insuffisant ? A moins que l’absence du concept de RETEX dans la pensée militaire occidentale à l’époque ne soit à l’origine de cette perte de compétences.

  2. Je pencherais plutôt pour une priorisation différente par rapport aux autres marines. La flotte était usée jusqu’à la corde au début des années vingt et il fallait absolument remplacer nos vieux navires (le programme naval de 1912 n’avait pas été mené à terme). Tout naturellement, les crédits ont été affectés aux constructions neuves. La guerre sous-marine avait provoqué d’effroyables pertes et son interdiction ne faisait aucun doute… (NB: Paradoxalement, c’est la France, dans son entêtement à conserver une flotte sous-marine, qui va éviter cette interdiction)

    On comprend, dans ces conditions, que le développement de la détection sous-marine n’était pas une priorité. Même, lorsque l’entrée en service de nos nouveaux navires fut massive, c’est la doctrine adoptée qui ne laissa que peu de place à ce projet. En effet, la flotte était principalement tournée vers la défense de nos colonies et de nos voies de communications maritimes avec une maîtrise locale et temporaire des mers environnantes. Cela laissait plutôt présager des combats de surface entre nos forces légères à vitesse élevée et la Marina Militare italienne qui était alors l’adversaire le plus probable. Il y avait donc peu de place pour d’obscures escortes de convois en plein Atlantique!

    Les événements à venir montreront que l’analyse de l’Etat Major de la Marine française était erroné car trop centré sur la défense de nos côtes.

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