Refondre les Kiev et Minsk ?

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© Inconnu. Croiseurs porte-aéronefs Minsk et Kiev de la classe Kiev, date inconnue.

La concurrence aéronavale sino-indienne voit Pékin disposer de quelques moyens de distancer New Delhi. L’un d’eux pourrait consister dans la remise en service de deux anciens ponts plats soviétiques. La question mérite d’être posée car les prémices des porte-aéronefs et porte-avions chinois débutent par l’acquisition de vieilles coques (fameux exemple du Varyag) à déconstruire ou à transformer en musée à flot.

L’Union soviétique, sous la férule de l’Amiral Gorshkov (en fonction de 1956 à 1985), en venait à la construction de croiseurs porte-aéronefs dans l’optique de développer des porte-avions avec catapultes et brins d’arrêt (CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But (ou Barrier) Arrested Recovery). La classe Kiev voyait la construction de quatre unités et dont la durée effective dans la Flotte rouge puis la marine de la Russie était relativement courte, à savoir les Kiev (1975 – 1989), Minsk (1978 – 1993), Novorossiisk (1982 – 1993) et Bakou (1987 – 2004).

Le dernier de ces bateaux est devenu, après refonte (chantier étalé entre les années 2004 et 2012), l’INS Vikramaditya et est en service depuis 2012 dans la marine indienne. Il sera très bientôt rejoint par l’INS Vikrant, un porte-aéronefs STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery) de conception nationale avec participations italienne et russe. Puis, un premier porte-avions CATOBAR à propulsion atomique de conception nationale, avec probablement une assistance étrangère (et les candidats sont limités dans ce domaine), devrait entrer en service entre 2030 et 2035. Il pourrait être la tête de série d’une classe mais cela n’est pas encore défini et l’échéance est encore bien lointaine pour envisager la mise sur cale rien que d’une deuxième unité. L’Inde semble conserver l’ambition d’entretenir quatre à cinq porte-avions afin de mettre en œuvre deux groupes aéronavals.

La Marine de l’Armée Populaire de Libération (MAPL) achetait, via une personne privée, le sistership du Kuznetsov à savoir le Varyag. L’Ukraine en devenait propriétaire à la dislocation de l’URSS pour finalement le revendre en 1998 et voir la coque partir en 2000. Contrairement au projet initial (entretien à quai comme casino), la refonte du bateau aurait été lancée entre les années 2005 et 2011. Le bateau entre en service à cette date. Une deuxième unité, conçue sur la base d’une rétroingénérie, manifestement, est actuellement sur cale et semble comporter quelques modifications. Un premier porte-avions CATOBAR à propulsion atomique, voire avec catapultes électromagnétiques, pourrait être mis sur cale dans les toutes prochaines années.

La symétrie de la montée en puissance de l’aéronavale embarquée des marines indienne et chinoise est relativement frappante. À moins de l’accélération du plan naval de l’une ou l’autre des deux nations, l’équilibre demeurera globale sans donner l’avantage. Il s’agit de ne pas éluder que la programmation navale chinoise est plus vigoureuse et fournit l’ensemble des escorteurs et sous-marins nécessaires, sans oublier un très fort train logistique ou des groupes amphibies.

Reste alors les Kiev (1975 – 1989), Minsk (1978 – 1993) vendus à la Chine en 1996 et 2006. Depuis, ils servent de parc d’attractions flottant dans l’Empire du Milieu. Les quelques documents iconographiques disponibles sur Internet affichent des unités désarmés à la propreté impeccable, bien qu’il ne soit pas possible de vérifier si cet état visible s’étend à l’ensemble des compartiments.

La Chine ne devait pas mettre en service le Varyag et celui-ci ne devait pas franchir les détroits turcs avec une propulsion installée à bord. Il semblerait que c’était pourtant le cas et il est en service sous le baptême de Liaoning dans la MAPL. C’est pourquoi il y a tout lieu de s’interroger sur une remise en service des deux croiseurs porte-aéronefs Kiev et Minsk qui n’ont eu, finalement, qu’un temps de servie relativement court à hauteur de quinze années. Ils pourraient donner au moins autant, si ce n’est plus après de lourds travaux.

Le Bakou était, finalement, exactement dans la même situation avant d’être refondu comme porte-aéronefs STOBAR pour l’Indian Navy pour une somme voisine de 2,9 milliards de dollars. Il y a tout lieu de s’interroger sur la répétition d’une telle opération car les deux sisterships du Bakou auraient, en Chine, un rôle particulièrement adapté en Mer de Chine du Sud afin de protéger la sorte de « bastion » en cours de constitution au Sud de l’île de Haïnan.

Dans cette perspective, ils libéreraient le Liaoning et le deuxième porte-aéronefs STOBAR chinois afin qu’ils constituent un groupe aéronaval d’ « évolution » libre de croiser dans les zones d’intérêt stratégiques pour la Chine.

En fonction de l’importance de la refonte, en plus des hélicoptères ASM et de soutien logistique, la défense aérienne pourrait être constituée soit à partir d’une douzaine J-15 (le Vikramaditya peut embarquer une trentaine d’aéronefs), soit via un hypothétique aéronef à voilure fixe ADAV (Aéronef à Décollage et Atterrissage Verticaux) /STOVL (Short Take-Off and Vertical Landing aircraft) tel le FC-26. Ce dernier appareil ne manquerait pas d’intéresser la MAPL, aussi, pour ses grandes unités amphibies car elle reprend l’ensemble des structures et systèmes de forces observées dans l’US Navy.

La Chine est à portée de constituer d’ici à 2022 deux groupes aéronavals dont l’un dédié aux grandes croisières dans la droite lignée de la mythologie des expéditions de l’Amiral Zheng He. Un troisième groupe aéronaval suivrait d’ici à 2030. L’Inde stagnerait à un seul groupe sur la même période. Les États-Unis auraient à effectuer des décisions franches afin de contenir l’influence chinoise au détriment d’autres zones ou bien à augmenter à nouveau le nombre de porte-avions.

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Une réflexion sur “Refondre les Kiev et Minsk ?

  1. Le ralentissement économique que subit actuellement la Chine ne semble pas compatible avec la refonte coûteuse de navires datant des années 70 et 80. Ils ont plutôt servi à une première phase d’étude visant à s’approprier la technologie nécessaire à l’exploitation de porte aéronefs. La mise en service de l’ex Varyag constitue la seconde phase et la construction de la seconde unité la troisième phase avant l’arrivée d’un bâtiment plus important de conception entièrement nationale.

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