Make US Navy Great Again ?

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© Christopher P. Cavas. À partir de la coque d’un LPD-17, Huntington Ingalls Industries propose à l’US Navy un croiseur de défense aérienne apte à lutte contre les missiles balistiques et portant 288 missiles ensilotés.

Ce 9 novembre 2016 les électeurs américains élisent Donald J. Trump (1946 – …) en tant que 45e président des États-Unis d’Amérique. Le nouveau Commandant en Chef détient les prérogatives nécessaires pour décider du format et de l’emploi des forces armées américaines. Il y a tout lieu de s’intéresser à ses propositions au sujet de la marine américaine. L’effort naval de Ronald Reagan est cité comme point de référence. Make US Navy Great Again ?

S’appuyant un large effort militaire qui reste à financer, ses propositions quant à la national security préservent des capacités d’intervention. Elles n’affichent pas le renforcement de la projection de puissance au détriment de la projection de forces, encore moins d’une administration en défaveur des autres. Le format général serait relevé avec le passage de 470 à 540 000 hommes pour l’US Army et de 182 000 (24 bataillons) à 240 000 hommes (36) pour l’US Marines Corps. L’US Air Force remonterait de 1100 à 1200 chasseurs. L’US Navy remonterait de 276 à 340 bateaux. Sans analyses financières poussées, il en ressort, à cette lecture, que l’effort militaire annoncé ne semble pas renverser les logiques actuelles.

Make US Navy Great Again ? N’exagérons rien car même diminué de moitié depuis l’ère Reagan (pointe à 590 navires pour un objectif déclaré de 600 coques), la marine des États-Unis demeure, avec 276 navires de combat cette année (plus bas chiffre depuis 1915), tant qualitativement que quantitativement, la première force navale mondiale. Et l’US Navy est même la deuxième force aérienne du monde.

Un profond changement s’opère car Reagan devait se mesurer à la Flotte Rouge de l’Union soviétique tandis que les autres marines importantes étaient alliées à Washington. Aujourd’hui, la situation navale mondiale est bien plus contrastée et dilue la puissance navale américaine. La MAPL (Marine de l’Armée Populaire de Libération) est la deuxième marine du monde en volume et s’affirme, programme après programme, missions après missions, comme une force à la crédibilité militaire sans cesse renforcée. L’Inde tend à atteindre la troisième place, stimulée par la rivalité avec Pékin. Le Japon et la Corée du Sud concurrencent les marines européennes et les dépassent dans bien des domaines, principalement la flotte de surface. La situation se lit mieux en matière de groupes aéronavals car l’objectif des 15 porte-avions est abaissé à 11 « seulement » alors que l’Inde et la Chine ambitionnent d’en entretenir 4 chacune d’ici à 2030, l’Angleterre 2, la France 1.

L’actuel programmation retient un objectif de 308 bateaux d’ici à la décennie 2020. Le plan naval proposé par Trump porte l’objectif à 340 navires. Le seuil des 300 navires de guerre serait franchi avant 2020. Ce ne sont pas les 600 navires de Reagan. L’utilisation de la surface est privilégiée dans les propositions afin de contrer la menace balistique.

Comment Donald J. Trump parviendra-t-il à soutenir l’objectif pendant son premier mandat présidentiel ?

À titre indicatif, la maquette de 308 navires à réaliser au cours de la décennie 2020 comprenait dans un rapport du Congrès :

  • 12 SSBN(X) ou classe Columbia ;
  • 48 SSN (classes Los Angeles et Virginia confondues) ;
  • 11 porte-avions ;
  • 88 croiseurs et destroyers (classes Zumwalt, Ticonderoga et Arleigh Burke) ;
  • 52 frégates (LCS et ses potentielles évolutions) ;
  • 34 unités amphibies ;
  • 29 unités logistiques ;
  • 34 navires de soutien.

L’inertie administrative et industrielle consommera temps et énergie. La difficulté se renforce par l’incapacité de NAVSEA à traduire des besoins navals dans des programmes réussis pour la flotte de surface, voire la flotte sous-marine (la différence financière entre un Seawolf et un Virginia n’est pas particulièrement éclatante). Les déboires des DD(X) (classe Zumwalt) et LCS (Littoral Combat Ship des classes Freedom et Independence) limitent les possibilités de remontée en puissance.

Le nombre de SNA Virginia produit chaque année ne pourrait qu’être relevé, là aussi en avance de phase, avec deux unités commandées chaque année avant l’échéance initiale de 2021. la décision économiserait potentiellement la prolongation des Los Angeles Flight I et II, voire des 688I. Et pourquoi pas trois unités commandées chaque année ? Les effets d’échelle induits avec la reconstruction d’une sous-marinade autour d’une classe de sous-marin d’attaque dans le contexte d’un effort naval invite à envisager cette hypothèse en attendant le SSN(X) des années 2030.

L’accélération du programme des porte-avions avec la commande d’une unité chaque année, voire deux virtuellement en avance de phase (cela s’était déjà produit dans les années 1980), optimiserait la chaîne industrielle. Sauf que Trump ne s’est pas (encore ?) engagé en faveur d’un retour à l’objectif de 15 porte-avions. Et la visibilité d’un tel investissement ne toucherait qu’un éventuel deuxième mandat de Trump. D’autant plus que cela impliquerait des Carrier Air Wing (CVW) supplémentaires (dix en activité aujourd’hui) alors que la constitution des actuels CVW consomment déjà des crédits budgétaires amputant d’autant la construction d’autres bateaux.

Est-ce possible de lancer encore plus d’Arleigh Burke ? Trump s’est engagé à en accroître le nombre en tous les cas. Il s’agirait là d’augmenter autant le nombre d’escorteurs que de pourvoir au remplacement des unités les plus anciennes. Du côté des « frégates », la cible du programme LCS est arrêtée à 40 unités à la suite d’un ensemble de décisions plutôt confuses. Faute d’alternatives, le programme pourrait être poursuivi sereinement au prix de grandes décisions structurantes comme, par exemple, une spécialisation définitive des unités en raison de l’échec des modules de mission et, surtout, l’arrêt d’un choix en faveur de l’une des deux coques.

La modernisation des croiseurs Ticonderoga (22 unités), autre engagement du nouveau président américain, concurrencera ou s’ajoutera à la proposition de Huntington Ingalls de construire de nouveaux croiseurs. Le modèle proposé est développé à partir de la coque des San Antonio (LPD-17). Avec 25 000 tonnes, ils deviendraient alors les plus grands croiseurs américains depuis la classe Des Moines (environ 19 000 tonnes) et ne trouveraient plus que les cuirassés comme élément de comparaison.

L’objectif semble atteignable au prix de décisions énergiques et équilibrées. Il est à relever que le nombre (avec ou sans les robots ?) est considéré comme l’un des facteurs de la supériorité militaire plutôt que la seule qualité des matériels et systèmes de force.

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