Attaque et Défense dans l’Archipel France

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Un tir de missile Exocet MM38 depuis le patrouilleur La Combattante (1971).

Une précédente proposition de modélisation géographique considérait l’Archipel France comme un ensemble réparti entre deux océans français. La lecture des conceptions clausewitziennes de l’attaque et de la défense conduit à s’interroger sur la nature de la posture française sur Mer et aux sûretés à prendre.

L’Archipel France, en tant qu’ensemble de terres émergées, reposent sur la surface (Amiral Castex). Son unicité provient d’une des caractéristiques de l’élément salé : toutes les mers et tous les océans du globe sont en communication (hormis quelques exceptions). Cette surface est sécable en deux zones distinguées selon les goulots d’étranglement que sont les détroits et canaux.

La première partie, ou premier océan français, est délimitée par les détroits du Cap (Afrique du Sud), de Magellan (Argentine), les canaux de Panama et du Nicaragua (si ce dernier est bien construit), le Canal de Suez (Égypte) et de Béring (Russie – États-Unis). Il va sans dire que toutes les mers particulières ou intérieures sont autant d’annexes à cette même zone. Cette zone représente pour l’essentiel l’Océan Atlantique qui, lui-même, ne représente que la moitié de l’Océan Indien.

Le deuxième océan français est compris à l’extérieur des détroits et canaux précités. La surface n’est pas la même car la zone arbitrairement délimitée comprend les deux plus grands océans mondiaux que sont les océans Indien et Pacifique. Le premier océan français en représente, au mieux, le quart. La Nouvelle-Calédonie constitue la plus grande terre française. Les structures administratives ne sont pas non plus adaptées à penser globalement ces espaces. La majeure partie des 11 millions de km² de Zones Économiques Exclusives (ZEE) françaises sont dans ce deuxième océan français. Cela implique une structuration particulière des forces et des matériels puisque l’espace est le premier défi.

Dans la pensée du théoricien prussien Carl von Clausewitz transcrite dans De la Guerre. « Qu’est-ce que le concept de défense ? parer un choc. Quelle en est la caractéristique? L’attente de ce choc. A la guerre, c’est tout ce qui distingue la défense de l’attaque » (p. 261). L’attaquant bénéficie de la surprise dans son action tandis que le défenseur a l’avantage du terrain. Notons que dans l’une des caractéristiques fondamentales de la stratégique navale est la mutabilité des navires qui peuvent instantanément basculer d’une position d’attaque à une position défensive et inversement.

L’attaque et la défense supposent chacune, et respectivement, une part de défense et une part d’attaque. C’est-à-dire que pour préserver l’axe d’une attaque il s’agit de se préserver de contre-attaque sur ses flancs et donc de pouvoir basculer dans une position défensive au soutien de la direction offensive. La défense ne peut se soustraire à la nécessité de contre-attaquer puisque l’offensive s’épuise au fur et à mesure de son avance (voir à ce sujet le principe de l’élongation logistique maximale théorisée par X.-B. Le Prince) et présente, fatalement, le flanc.

L’étendue de la modélisation géographique proposée associée à la stratégie maritime de la France, soit un outil de projection au service, dans sa stratégie politique, de sa capacité autonome d’appréciation et de sa liberté d’action, implique des choix en matière de défense et d’attaque.

Le premier océan français comprend comme fait principal la mise en œuvre de la dissuasion océanique qui est dans une posture défensive du fait même de la stratégie nucléaire fondée sur la dissuasion : dénier à l’adversaire des buts positifs. Posture qui suppose des « contre-attaques » afin d’assurer l’invulnérabilité des SNLE en écartant les éventuels gêneurs au large de la façade Atlantique des territoires français d’Europe. Les marges de ce premier océan sont de plus en plus active avec la hausse soutenue de l’activité aéro-sous-marine (expression de l’Amiral Barjot) dans l’Atlantique Nord et l’Arctique, celles des risques de la faiblesse dans le Golfe de Guinée, voire dans les Antilles.

La situation de la Méditerranée est tout à fait particulière. La France réalise sa concentration navale dans cette mer depuis 1820 et la charte du baron Portal. Cette mer étroite et pouvant être fermée à ses deux extrémités est l’anti-chambre du deuxième océan où règne les enjeux de puissance. Entre le bassin oriental de la Méditerranée et le Nord de l’Océan Indien réside la posture offensive de la France dans son exploitation aéronavale (GAn) et aéroamphibie (Groupe aéromaritime) de la surface. La sûreté de cette position stratégique repose sur la maîtrise locale et temporaire de la Mer à l’approche des concentrations maritimes (détroits, canaux), dans les zones d’opérations ou à la sortie des ports.

Pour reprendre l’image d’un monde en trois cercles, la dissuasion représenterait le premier, l’exploitation de la surface le deuxième et, donc, rien n’a été dit sur le troisième. La majeure partie des terres émergées et des zones économiques exclusives de l’Archipel France n’est en rien concernée par les deux premiers cercles. Par ailleurs, l’ensemble géographique français est contenue majoritairement dans le deuxième océan (posture offensive) bien que son centre soit dans le premier. La concentration méditerranéenne dispose d’un tonnage de près de 200 000 tonnes quand le premier océan français rassemble 100 000 tonnes et le deuxième océan se contente d’environ 30 000 tonnes. Par rapport à ce qui a été proposé, la posture offensive sous-entend l’organisation de quelques sûretés.

La posture offensive française est faible car son accès à l’Océan, c’est-à-dire toute la surface, est conditionnée par sa capacité politico-militaire à voire ses forces navales s’extraire en toute liberté de la Méditerranée par Gibraltar ou Suez. À cette première faiblesse il s’agit de remarquer que ses plus grands espaces maritimes ne possèdent que des moyens très réduit d’assurer leur défense en toute autonomie.

D’où ce questionnement : comment disposer de forces maritimes capables de dénier à un adversaire les biens matériels ou les droits qu’ils rechercheraient dans le cadre d’une stratégie à buts positifs, donc offensive ? Les sûretés à prendre visent à se prémunir contre un coup de force dans l’hypothèse où les forces ne pourraient se projeter pour l’en empêcher. Et dans cette optique, la Jeune École offrait d’intéressantes propositions afin d’interdire à une puissance navale dominante l’accès à nos côtes. Une relecture des propositions de l’Amiral Aube alliée aux évolutions techniques connues depuis l’ère des missiles nous conduirait à concevoir un dispositif aéromaritime mutable d’une posture défensive (la sauvegarde maritime) à une posture offensive (A2/AD). Cela suppose la prise de mesures conservatoires afin qu’un ensemble disparate de forces légères et côtières (vedettes, patrouilleurs) puisse recevoir quelques armements (torpilles, missiles) et les lancer.

Cette sûreté au niveau stratégique accompagne le renforcement des sûretés portuaires. La relation dialectique entre les deux rejaillit inévitablement sur la stratégique des moyens maritimes.

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