Une date importante : le 1er novembre 1830

L'Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, visite le Borda (ex-Valmy), le 26 juillet 1867. Par Auguste Mayer.

L’Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, vient visiter le Borda (ex-Valmy), le 26 juillet 1867. Par Auguste Mayer.

Il y a deux jours, l’École navale, officiellement créée le 1er novembre 1830, fêtait son anniversaire. L’occasion d’écrire quelques mots sur l’histoire de cette institution, chargée comme vous le savez probablement d’assurer la formation initiale des futurs officiers de la Marine nationale.

Au 19ème siècle, deux systèmes différents ont été pratiqués en France concernant la formation des futurs officiers de la marine française : celui de la séparation totale des études théoriques et des études pratiques, et celui au contraire de la fusion complète de ces études. Le premier fut symbolisé par le Collège de marine d’Angoulême, créé en 1816 sous la Restauration. Bien que le collège eut quelques partisans, il fut grandement et durablement critiqué, avant d’être définitivement supprimé, au début de la Monarchie de Juillet, au profit du second système, représenté par l’École navale, créée nous l’avons dit le 1er novembre 1830. Cette dernière avait la particularité d’être une école flottante, à l’image des Écoles spéciales créées sous le Premier Empire en 1810.

L’origine du vaisseau-école en France remonte en effet, à l’origine, au décret du 27 septembre 1810, lorsque Napoléon, souhaitant réorganiser la formation des officiers de marine, avait créé deux Écoles spéciales de marine : l’une à Brest sur le Tourville (ancien vaisseau de 74 canons espagnol, le San Genaro, cédé à la France en 1800), et l’autre à Toulon sur le Duquesne (ancien vaisseau russe, le Moskva, cédé à la France en 1809). Les deux navires avaient été disposés pour permettre des études suivies, avec des salles de cours dans la batterie haute et des bureaux et hamacs pour les élèves dans la batterie basse. Les écoles flottantes n’étant aucunement navigantes, plusieurs corvettes furent annexées aux deux vaisseaux pour apprendre aux jeunes élèves l’art de l’appareillage et de la navigation. Notons, notamment, que l’amiral Armand Joseph Bruat, qui se distingua lors de la guerre de Crimée (1855), fit partie à l’âge de 15 ans de la première promotion (1811) embarquée sur le vaisseau-école le Tourville à Brest.

La Restauration, souhaitant détruire tout ce que l’Empire avait fait, réforma rapidement la Marine. Elle supprima les écoles flottantes, leur reprochant une tendance trop forte à faire prévaloir l’exercice sur l’enseignement, et créa par une ordonnance du 31 janvier 1816 un Collège royal de marine à Angoulême, bien loin de la mer. L’instruction théorique devait y être donné dans un premier temps, l’éducation pratique étant effectuée dans un second temps, à bord de corvettes d’instruction armées spécialement à cet effet dans les ports de Brest, Rochefort et Toulon. Trop facile, trop « douillette », il parut rapidement évident que le collège d’Angoulême n’était pas adapté.

La Monarchie de Juillet allait rectifier cette erreur en fermant le Collège et en instituant en École navale l’école flottante établie pour essai depuis 1827 à bord du vaisseau l’Orion, ancien vaisseau de 74 canons mis en chantier en 1810 et lancé trois ans plus tard à Brest. L’ordonnance du 1er novembre 1830 précisait en préambule : « L’expérience ayant justifié les espérances qu’on avait conçues du système actuellement suivi pour compléter l’instruction théorique et pratique des jeunes gens qui se destinent à la marine, nous avons jugé à propos de pourvoir définitivement à la régularisation de ce système. En conséquence, et sur le rapport de notre ministre, secrétaire d’État de la marine et des colonies, nous avons ordonné et ordonnons : Art. 1er L’école établie à Brest sur le vaisseau l’Orion, par décision du 7 mai 1827, portera le nom d’École navale. […] »

L’enseignement y était donc aussi bien théorique que pratique. Il comportait des cours de navigation, hydrographie, géométrie descriptive, architecture navale, physique générale, grammaire, morale, histoire, anglais, dessin pittoresque et linéaire, manœuvre des vaisseaux et tactique navale, théorie et exercice du canon et du fusil. Une corvette fut armée et affectée à l’École navale pour les exercices de manœuvre. La scolarité, d’abord fixée à un an, fut dés 1833 portée à deux, durant lesquelles les élèves, âgés de 12 à 16 ans, devaient passés de nombreux examens destinés à constater leurs progrès. Ceux qui réussissaient l’examen final étaient embarqués en qualité d’élèves de la marine de deuxième classe sur les bâtiments de la flotte. Après vingt mois de navigation, ils étaient nommés élèves de première classe, puis enseignes de vaisseau après deux nouvelles années de navigation en cette qualité.

Les conditions de vie à bord de l’Orion se révélèrent vite particulièrement difficiles. Le prince de Joinville, qui visita le vaisseau en 1835 puis en 1838, n’hésita pas à qualifier l’école de « prison flottante » comparable selon lui aux tristement célèbres pontons anglais où étaient enfermés les prisonniers français pendant les guerres napoléoniennes.

Devenu trop petit pour accueillir les élèves de plus en plus nombreux, l’Orion fut remplacé en 1840 par le Commerce (ex-le Commerce de Paris lancé le 8 août 1806), que l’on renomma le Borda, fameux scientifique et navigateur qui joua un rôle important dans la construction navale française de la fin du 18ème siècle. Il s’agissait d’un ancien trois-points de 110 canons dont on avait rasé la batterie haute. L’installation sur ce vaisseau plus grand que l’Orion permit d’améliorer sensiblement les conditions de vie à bord et de doubler le nombre de professeurs (six de sciences, deux de littérature, deux d’anglais, deux de dessin) ainsi que d’augmenter l’état-major.

Le 1er octobre 1864, l’École navale fut une nouvelle fois transférée sur un navire encore plus grand : le Valmy, vaisseau de 120 canons – lancé à Brest en 1847 – qui s’illustra en Crimée (1854-1855) au sein de la première escadre évoluant en mer Noire, où il participa notamment au bombardement de Sébastopol le 17 octobre 1854. Bien que relativement récent, le Valmy fut rapidement considéré comme dépassé du fait de l’introduction de la vapeur et de la cuirasse dans la marine de guerre. On le choisit donc pour remplacer l’ex-Commerce de Paris comme vaisseau-école et on le renomma, lui aussi, Borda à l’occasion.

La remarquable grandeur du bâtiment et ses trois ponts permirent d’améliorer considérablement les installations de l’École navale, organisées dés lors de façon plus rationnelle, ce qui permit un accroissement important de l’hygiène et du confort à bord. Bien que toujours difficile, la vie sur le Borda ne fut dés lors plus aussi dure que sur l’Orion et le Commerce de Paris. A noter une anecdote amusante : la présence dans l’amphithéâtre des « fistots » (surnom donné aux premières années) d’un boulet russe reçu devant Sébastopol…

Un dernier vaisseau-école porta le nom devenu emblématique de Borda : l’ex-Intrépide, ancien vaisseau à hélice de 90 canons à bord duquel l’École navale s’installa en 1890. Il fut à son tour remplacé par le Duguay-Trouin en 1913, qui, étrangement, semble avoir conserver son nom en dépit de son affectation à l’École navale. Ce fut le dernier vaisseau-école car, la Grande Guerre venue, la marine mit en place une formation accélérée à terre.

A la fin du conflit, l’École resta à terre. En octobre 1935, elle s’installa sur le plateau des Quatre-Pompes, à Saint-Pierre Quilbignon. Elle n’y resta que cinq ans car en juin 1940, les élèves s’y trouvant embarquèrent sur le Richelieu, qui rallia Dakar. La paix revenue, l’École navale fut transférée sur la rive sud de la rade, à Lanvéoc, dans les locaux de la base aéronavale du Poulmic. Elle s’y trouve encore aujourd’hui.

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