Pour en finir avec huit idées fausses sur la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805)

L’histoire est connue. Suite à la rupture de la paix d’Amiens, le 12 mai 1803, Napoléon Bonaparte, encore Premier Consul mais bientôt Empereur des Français, décide de rassembler au camp de Boulogne une armée destinée à envahir le sud de l’Angleterre. Pour permettre le débarquement des troupes sur les cotes anglaises, il est toutefois nécessaire d’éloigner la Royal Navy – bien plus forte que la flotte française – de la Manche. L’entrée en guerre de l’Espagne au coté de la France va permettre la mise en place d’un plan imaginé sous l’Ancien Régime : réunir toutes les escadres françaises et espagnoles afin d’obtenir, du moins en théorie, la supériorité quantitative des alliés sur les Anglais dans la Manche.

A la tête de l’escadre de Toulon, l’amiral Villeneuve est donc chargé de débloquer l’escadre espagnole, commandée par Gravina, à Cadix, puis d’attirer les Anglais aux Antilles, ce qu’il fait, puis de foncer sur la Manche provisoirement vide. Le mauvais état des vaisseaux, le manque d’entrainement des équipages et les mauvaises conditions climatiques font que le voyage est long. Nelson – qui pensait à tort que l’objectif final des Français était une nouvelle fois l’Égypte et s’attarda par conséquent en Méditerranée – rattrape rapidement son retard. Dés l’annonce de la présence de Nelson aux Antilles, Villeneuve veut (conformément au plan envisagé par Napoléon) rejoindre la France. Au large du cap Finisterre, il rencontre l’escadre de Calder et livre le combat dit des Quinze-Vingt, le 22 juillet 1805. A la suite de quoi, n’osant pas se diriger vers Brest afin de débloquer et rallier l’escadre de Ganteaume, il rallie Vigo puis Cadix, où il est bloqué par les vaisseaux anglais dés le 21 août. Deux mois plus tard, l’escadre franco-espagnole quitte Cadix et se fait quasiment anéantir par l’escadre de Nelson, qui est tué pendant le combat…

La bataille de Trafalgar, célébrée chaque 21 octobre par les Britanniques, est probablement la bataille navale la plus connue de l’Histoire. Pour les Espagnols, elle marqua la fin de leur puissance navale vieille de plusieurs siècles. Pour les Français, elle eut une influence psychologique considérable. Naturellement, elle fut largement commentée et analysée, et bien des idées fausses sont, encore aujourd’hui, rapportées à son sujet…

1/ L’amiral Villeneuve a livré bataille sans ordre.

On lit parfois que l’amiral Villeneuve a levé l’ancre et livré bataille sans ordre de Napoléon, qui s’apprêtait d’ailleurs à le remplacer par l’amiral Rosily, sur le point d’arriver à Cadix (il y arrivera trois jours après la bataille). C’est faux, il suffit d’ailleurs de lire les lettres reçues par l’amiral français pour s’en convaincre.

Decrès, ministre de la Marine, écrit notamment à Villeneuve, le 1er septembre : « Sa Majesté veut éteindre cette circonspection qu’elle reproche à sa marine. Ce système de défensive qui tue l’audace et qui double celle de l’ennemi. Cette audace, elle la veut dans tous ses amiraux, ses capitaines, officiers et marins, et, quelle que soit l’issue, elle promet sa considération et ses grâce à ceux qui sauront la porter à l’excès, ne pas hésiter à attaquer des forces supérieures ou égales même, et avoir avec elle des combats d’extermination, voilà ce que veut Sa Majesté, elle compte pour rien la perte de ses vaisseaux, si elle les perd avec gloire ; elle ne veut plus que ses escadres soient bloquées par un ennemi inférieur, et s’il se présente de cette manière devant Cadix, elle vous recommande et vous ordonne de ne pas hésiter à l’attaquer. »

L’Empereur écrit même en personne à Villeneuve, le 14 septembre, pour lui faire part de son nouveau plan suite au départ de la Grande Armée de Boulogne pour l’Europe centrale : « Monsieur le Vice-Amiral Villeneuve, ayant résolu d’opérer une diversion puissante en dirigeant dans la Méditerranée nos forces navales réunies au port de Cadix, combinées avec celles de Sa Majesté Catholique, nous vous faisons savoir que notre intention est que, aussitôt les présentes reçues, vous saisissiez la première occasion favorable pour faire appareiller l’armée combinée, et vous porter dans cette mer […] Vous vous porterez d’abord vers Carthagène pour y faire rallier l’escadre espagnole qui se trouve dans ce port. Vous vous dirigerez ensuite sur Naples, et vous débarquerez, sur un point quelconque de la côte, les troupes passagères qui sont à bord, pour rejoindre l’armée aux ordres du général Saint-Cyr […] Notre intention est que, partout où vous trouverez l’ennemi en forces inférieures, vous l’attaquiez sans hésiter et ayez avec lui une affaire décisive. Il ne vous échappera pas que le succès de ces opérations dépend essentiellement de la promptitude de votre départ de Cadix, et nous comptons que vous ne négligerez rien pour l’opérer sans délai ; et nous vous recommandons dans cette importante expédition l’audace et la plus grande activité. »

De toute évidence, Napoléon et Decrès poussent Villeneuve à l’action. Le 15 septembre cependant, l’Empereur écrit à son ministre : « Voilà le parti le plus utile que je puisse tirer de cette escadre dans ces circonstances-ci. J’estime donc qu’il faut faire deux choses : 1° envoyer un courrier extraordinaire à l’amiral Villeneuve, pour lui prescrire de faire cette manœuvre; 2° comme son excessive pusillanimité l’empêchera de l’entreprendre, vous enverrez, pour le remplacer, l’amiral Rosily, qui sera porteur de lettres qui enjoindront à l’amiral Villeneuve de se rendre en France pour rendre compte de sa conduite… » Ainsi, Napoléon fait l’insensé et étrange pari que Villeneuve n’exécutera pas ses ordres envoyés la veille, le 14 septembre ! Il se trompe lourdement…

Au mois d’octobre, Villeneuve apprend que Rosily est à Madrid et qu’il vient le remplacer. Le 18, on l’informe que l’escadre de Nelson compte 25 à 27 vaisseaux, soit moins que ses 33 navires. L’escadre alliée a la supériorité numérique. Villeneuve prend dés lors la décision, en concertation avec les capitaines français et espagnols (qui en majorité ne sont pas favorables à une sortie), de préparer l’appareillage et de livrer bataille.

Le Redoutable (centre) combat le Temeraire (à gauche) et le Victory (à droite). Par Louis-Philippe Crépin.

2/ La tactique utilisée par l’amiral Nelson est très novatrice et surprend totalement les Franco-Espagnols, qui ne savent pas comment réagir.

La tactique utilisée par Nelson à Trafalgar – division en plusieurs colonnes venant couper la ligne franco-espagnole – n’est nullement une surprise pour Villeneuve. Presque un an avant la bataille, avant même l’appareillage de Toulon, l’amiral français avait averti ses capitaines que Nelson agirait de la sorte en cas de rencontre. Le 21 décembre 1804, il écrit : « Je ne propose point d’aller chercher l’ennemi, je veux même l’éviter pour me rendre à ma destination, mais si nous le rencontrions, point de manœuvres honteuses, elles décourageraient nos équipages et entraineraient notre défaite […] L’ennemi ne se bornera pas à se former sur une ligne de bataille parallèle à la notre et venir nous livrer un combat d’artillerie dont le succès appartient souvent au plus habile, mais toujours au plus heureux. Il cherchera à entourer notre arrière garde, à nous traverser et à porter sur ceux de nos vaisseaux qu’il aura désunis des pelotons des siens pour les envelopper et les réduire. » Cette tactique n’est d’ailleurs pas vraiment nouvelle puisqu’elle est utilisée par plusieurs amiraux durant la Guerre d’Indépendance américaine, le Britannique Rodney et le Français Suffren notamment.

En 1797, l’Écossais Clerck of Eldin publie en outre un Essai méthodique et historique sur la tactique navale dans lequel il se prononce en faveur d’une action décisive destinée à détruire la force adverse et, s’appuyant sur l’exemple de la bataille des Saintes, préconise la concentration des forces assaillantes sur une partie de la flotte ennemie avec rupture de la ligne.

Pour contrer l’attaque anglaise, l’amiral Villeneuve n’envisage rien d’autre pour son escadre que la tenue d’une ligne de bataille classique la plus serrée possible. Il considère que ses marins, français comme espagnols, sont trop peu entrainés pour pouvoir effectuer toute autre manœuvre plus complexe. Il place toutefois les plus fortes de ses unités à l’arrière-garde. Ayant parfaitement prévu, nous l’avons vu, la tactique de Nelson venant percer sa ligne au centre afin d’envelopper le Bucentaure, son navire amiral, Villeneuve espère ainsi que l’arrière-garde sera en mesure de remonter la ligne et de lui prêter assistance.

A Trafalgar, Villeneuve n’est nullement surpris par la tactique utilisée par Nelson.

3/ Nelson a été tué par un tireur d’élite français…

La seule satisfaction que les Français aient pu tirer de la bataille de Trafalgar est la mort de l’un de ses plus redoutables et convaincus ennemis, l’amiral anglais Horatio Nelson. C’est donc très naturellement que l’on a cherché – en France comme en Angleterre – à savoir qui était le marin ou soldat qui avait abattu le grand amiral.

En 1813, l’écrivain et poète Robert Southey, auteur d’une remarquable biographie de l’amiral anglais The Life of Horatio, Lord Nelson, véritable « best-seller » outre-Manche, assure que Nelson a été tué à Trafalgar par un tireur d’élite embusqué sur le Redoutable et armé d’une carabine de Versailles, arme particulièrement précise qui fut distribuée dans la Marine française aux meilleurs tireurs qui avaient pour mission de viser les officiers ennemis lors des combats. Cela laisse supposer que celui qui a abattu Nelson l’a fait consciemment, volontairement. Ce n’est probablement pas le cas et il est généralement admis aujourd’hui que Nelson a été tué « par hasard », par une balle qui ne lui était pas spécialement destinée.

En janvier 1978, un article écrit par Pierre Lorain et publié dans le n°56 de la Gazette des armes démontre, après étude de la balle extraite du corps de l’amiral par le chirurgien du Victory, William Beatty (et qui est depuis conservé comme « relique »), que l’arme qui a tué Nelson ne peut être une carabine de Versailles (à canon rayé) mais était plutôt un fusil réglementaire d’infanterie à canon lisse. Ce fait, ainsi que les circonstances dans lesquelles l’amiral a été abattu – balle tirée à mi-hauteur d’un mât qui oscillait en permanence, par forte houle, en plein combat « au corps à corps » entre deux grands vaisseaux de ligne portant à deux près de 200 canons de tout calibre (provoquant inévitablement une épaisse fumée de par leurs tirs réguliers) – laissent à penser que l’amiral anglais ne fut effectivement pas tuer par un « tireur d’élite », mais par une balle provenant d’une grêle de tirs provenant des hunes du Redoutable.

The Fall of Nelson. Par Dighton. The National Maritime Museum, Londres.

The Fall of Nelson. Par Dighton. The National Maritime Museum, Londres.

4/ … Il s’agirait d’un certain Robert Guillemard.

En 1826 sont publiés à Paris les Mémoires de Robert Guillemard, sergent à la retraite. Les deux tomes de l’ouvrage raconte les aventures d’un jeune conscrit de 1805, originaire de Six-Fours dans le Var. Le jour de la bataille de Trafalgar, le jeune homme se trouve sur la hune du mât d’artimon du vaisseau le Redoutable. Pendant la bataille, il reconnait Nelson grâce à son magnifique uniforme, et l’abat d’un coup de fusil. Fait prisonnier, il rencontre et se lie d’amitié avec l’amiral Villeneuve, il devient son secrétaire et assiste à son assassinat à Rennes, le 22 avril 1806, peu après avoir été libéré par les Anglais. Il se rend ensuite à Paris, où il rend compte à Napoléon des circonstances de ce drame. Sa carrière se poursuit ensuite en Allemagne puis en Russie en 1812. Elle se termine dans l’entourage de Murat, qu’il accompagne en 1815 lors de son évasion de Toulon et de sa dernière équipée napolitaine…

L’auteur et l’éditeur de l’ouvrage, qui a immédiatement un grand succès en France et en Angleterre (l’ouvrage est à l’époque traduit en anglais et en allemand), assurent que cette histoire est véridique. Très rapidement cependant, beaucoup doutent de l’authenticité de ce récit et notent plusieurs incohérences. En 1830, finalement, le véritable auteur de cet ouvrage, Alexandre Lardier, dépassé semble-t-il par le succès de son livre et l’ampleur de son mensonge (l’ouvrage faisait beaucoup parler en ce qu’il confirmait la thèse de l’assassinat de Villeneuve, officiellement sucidé), avoue dans une lettre publiée dans les Annales maritimes et coloniales (année 1830, tome II, p. 184) que « Guillemard n’est qu’un personnage d’imagination, et ses prétendus Mémoires un roman historique ».

L’histoire de Robert Guillemard continue cependant d’être rapportée depuis. A Six-Fours, une avenue et un centre de la jeunesse portent son nom. A Toulon, la longue rue longeant l’ancienne corderie de l’arsenal, où se trouve notamment le Service Historique de la Défense, porte également le nom de Robert Guillemard.

The death of Admiral Lord Nelson, 1805. Par Arthur Devis (1807). The National Maritime Museum, Londres.

5/ La bataille sauve l’Angleterre d’un débarquement et d’une invasion de la Grande Armée française.

Le 21 octobre 1805, jour de la bataille de Trafalgar, le projet d’invasion de l’Angleterre est reporté depuis longtemps. La Grande Armée a quitté Boulogne le 26 août 1805 et se trouve déjà en Allemagne, où elle remporte d’ailleurs le 20 octobre – la veille donc – une victoire importante à Ulm, en Allemagne, face à l’armée autrichienne commandée par le général Mack. Le 21, Napoléon réside à l’abbaye d’Elchingen. Il n’apprend la défaite que le 28 novembre, quelques jours avant son immense victoire à Austerlitz (2 décembre 1805), par une dépêche de son ministre de la marine, l’amiral Decrès, qui ne lui décrit que sommairement le désastre.

Napoléon à Boulogne. Par Maurice Orange.

6/ Depuis cette défaite, les marins français portent en permanence, aujourd’hui encore, une cravate noire en signe de deuil.

Le port de la cravate noire par les marins français n’est aucunement une conséquence de la bataille de Trafalgar. En fait, la cravate noire apparait officiellement dans l’arrêté du 15 floréal an XII (5 mai 1804, antérieur à la bataille donc) qui réglemente les uniformes de la marine.

En outre, la légende selon laquelle, après la défaite de Trafalgar, Napoléon, qui tenait pour responsables les officiers de la marine, décida pour les punir qu’on ne leur dirait plus « Mon » devant leur appellation de grade, est également fausse. L’origine de cette particularité reste assez obscure. L’explication suivante me semble toutefois tout à fait plausible : sous l’Ancien Régime, les vaisseaux appartenaient au Roi et on ne disait par conséquent jamais « mon » à un officier de marine, qui n’était en effet pas propriétaire de sa charge comme pouvait l’être, par exemple, un colonel dans l’armée de terre.

7. Après la bataille, Napoléon se désintéresse totalement de la marine.

Une idée très répandue encore aujourd’hui : Napoléon, totalement dégouté par sa marine après Trafalgar, l’aurait abandonné au profit de l’armée de terre et des campagnes continentales. On cite très souvent, pour appuyer cette thèse, Napoléon lui-même, alors à Saint-Hélène : « Moi-même, j’ai jeté le manche après la cognée après le désastre de Trafalgar. Je ne pouvais être partout. J’avais trop à faire avec les armées du continent. »

En vérité, dés 1806-1807, l’Empereur entreprend de reconstruire et réorganiser la marine. Il achève sa refonte administrative et la dote d’excellentes institutions : Conseil de marine (créé le 22 juillet 1806), conseil des constructions navales (29 mars 1811), auxquels s’ajoutent le conseil des travaux maritimes, déjà créé sous le Consulat (7 février 1800) et les Préfecture maritimes (27 avril 1800). Dissoutes en 1814, toutes ces institutions qui s’inspiraient peu ou prou de leurs devancières d’Ancien régime furent bientôt rétablies.

Napoléon crée également les Bataillons de la marine impériale puis Équipages de haut-bord, organisation qui fut beaucoup critiquée à l’époque mais que l’on gardera bien après lui. Il imagine des écoles flottantes, destinées à former les futurs officiers, établies en 1810 à Brest et Toulon. Il multiplie les infrastructures portuaires et les arsenaux, à Cherbourg, à Gênes, à Trieste, à Venise et surtout à Anvers !

Le budget de la marine, le deuxième de l’État, reste stable et les constructions navales ne cessent d’augmenter. En 1814, la Marine française est quantitativement au niveau de celle de 1789, résultat véritablement exceptionnelle en temps de guerre ! Malheureusement, la qualité ne suit pas. Les bois utilisés pour la construction sont de « fraîche coupe », ils pourrissent plus facilement, et la construction navale souffre d’un retard technique certain dû aux vingt ans d’isolement de la France. En outre les équipages confirmés manquent toujours cruellement… Voltaire voyait juste quand il écrivait quelques décennies plus tôt : « La marine est un art et un grand art ; on a vu quelquefois de bonnes troupes de terre formées en deux ou trois années par des généraux habiles et appliqués ; mais il faut un long temps pour se procurer une marine redoutable. »

Lancement du vaisseau de 80 canons le Friedland dans l'arsenal d'Anvers, le 2 mai 1810, en présence de Napoléon. Par Mattheus Ignatius van Bree.

Lancement du vaisseau de 80 canons le Friedland dans l’arsenal d’Anvers, le 2 mai 1810, en présence de Napoléon. Par Mattheus Ignatius van Bree.

8. Après 1805, la flottille de Boulogne est définitivement désarmée.

L’idée d’une descente en Angleterre n’a jamais véritablement quitté l’esprit de Napoléon. Après le départ de la Grande Armée, le dispositif des camps installés sur la cote occidentale n’est pas démantelé, et le port de Boulogne continue d’abriter la flottille de débarquement.

Suite à chacune de ses grandes victoires terrestres mettant fin aux coalitions successives, Napoléon tourne à nouveau son regard sur son principal ennemi. En 1807, il ordonne la construction de nouvelles chaloupes canonnières, probablement influencé par l’efficacité de ces navires dans la Guerre des canonnières qui engage alors le Danemark, allié de la France, contre l’Angleterre. En 1811, le budget de la marine explose et il semble que Napoléon, alors à l’apogée de sa puissance, ait à nouveau envisagé, pendant un temps, une descente en Angleterre. Le 16 août 1811, il écrit par exemple à Decrès : « Mon intention est, si la guerre continue, de jeter 30 000 hommes en Angleterre pour ravager le port de Chatham et la côte d’Angleterre. » Durant cette période, il nomme au commandement de la flottille le contre-amiral Pierre Baste, qui propose le 12 février 1812 un nouveau projet de descente, non pas en Angleterre, mais en Irlande…

Les choses, toutefois, n’allèrent pas plus loin (et ne dépassèrent pas le stade du bluff) car quelques mois plus tard, la Grande Armée franchissait le Niémen pour envahir la Russie. L’historien Jacques Bainville écrit à ce propos : « Napoléon devait s’adonner à cette tâche impossible d’obliger l’Angleterre, maîtresse absolue des mers, à capituler. Tout ce qu’il ferait procéderait de cette impossibilité. Il irait même inutilement jusqu’à Moscou, faute d’avoir pu passer le Pas-de-Calais. » Philippe Masson remarque quant à lui : « Par une ironie de l’histoire, au lendemain de l’échec de la bataille d’Angleterre de l’été 1940, Hitler en arrivera exactement à la même conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, le sort de la lutte entre la puissance navale et la puissance terrestre se jouera dans les immenses étendues de l’Est sur un énorme coup de poker. » Naturellement, le parallèle entre les deux hommes s’arrêtent là…

Sources :
– Battesti, Michèle. Trafalgar : Les aléas de la stratégie navale de Napoléon
– Dupont, Maurice. L’amiral Decrès et Napoléon
Masson, Philippe. Napoléon et la descente en Angleterre in Revue du Souvenir Napoléonien n°444 (2003)
– Monaque, Rémi. Trafalgar

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