La frégate de deuxième rang dans le renouvellement de la flotte de surface

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© Oscar Parkes for Daily Telegraph. They are included two of the Lion class battleships that never completed. Also notice two of the five King George V class battleships with the old names (Jellicoe, later Anson and Beatty, later Howe). Ships that he construction started after 1939 are not included such as the battleship HMS Vanguard.

La « thèse de la flotte équilibrée » permet d’apprécier la répartition des bateaux entre les capacités d’éclairage et celles du corps de bataille. Répartition qui évolue en fonction du dogme dominant en matière de stratégie navale : passage du mahanisme (maîtrise des mers après la bataille décisive) au corbettisme (sea control ou sea denial pour l’usage de la Mer), par exemple. Le renouvellement de la flotte de surface française évolue autour de choix structurants et de priorités constants depuis les années 1960. L’axe dominant reste et demeure la capacité de la Flotte à se projeter depuis sa concentration méditerranéenne, comme elle l’avait fait dans le Pacifique (force Alpha (1965 – 1968), par exemple. Les frégates de premier rang étant en cours de renouvellement, où pourrait se situer le curseur pour les autres frégates ?

L’Amiral Pierre Barjot (Vers la marine de l’âge atomique, Paris, Amiot-Dumont, 1955, 302 pages) saisit de cette thèse de la flotte équilibrée afin de soulignait la profonde transformation des flottes depuis les conflits utilisés comme matériaux par l’Amiral Alfred Thayer Mahan (27 septembre 1840 – 1er décembre 1914) dans The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783. Cette thèse permet de souligner l’importance du rôle pris par le porte-avions et l’intérêt constant de disposer de frégates pour l’éclairage et le contrôle de la mer.

« Au temps de Neslon, la flotte équilibrée comprenait 92 pour cent de vaisseaux de ligne et 8 pour cent de frégates, qui étaient les navires d’éclairage de l’époque. » (p. 240) L’amiral français relève deux défauts de cet équilibre : l’amiral Nelson ne cessa de réclamer des frégates afin de renforcer ses capacités d’éclairage au bénéficie de son corps de batailles. Et l’incapacité à intercepter l’Orient, et son passager Napoléon Bonaparte croisant vers l’Égypte, dénotait d’une maîtrise insuffisante de la mer.

La flotte français des années 1890-1900 connaissait seulement 12% seulement de forces dédiés à l’éclairage (torpilleurs et croiseurs) malgré la virulence de la Jeune École. Et en 1914, les croiseurs Goeben et Breslau n’étaient pas interceptés en Méditerranée malgré les efforts combinés de la Marine nationale et de la Royal Navy. La proportion devrait monter à 27% en faveur des forces d’éclairage (contre 63% de navires de lignes et 10 de porte-avions) pour la Home Fleet (760 000 tonnes) en 1938 dans le propos de l’écrivain maritime (Russel Grenfell). Dans les opérations de la Deuxième Guerre mondiale, la proportion grimpe à nouveau à 50% en 1943 dans la flotte américaine du Pacifique contre 36% de porte-avions et 14% de cuirassés seulement. En 1955, « les proportions admises en 1955 pour la flotte britannique sont 22 pour cent de porte-avions et 10 pour cent de cuirassés. Cela, dix-sept ans après les 63 pour cent de Russel Grenfell. » (p. 240)

Le porte-avions peut s’assimiler à un nouveau cuirassé tellement ses caractéristiques peuvent s’analyser selon la même grille de lecture que pour le navire de ligne : volume de la salve, portée de celle-ci et cadence de tir. « De ce point de vue, l’évolution de l’US Navy est, au XXe siècle, d’une remarquable continuité : l’instrument principal de combat a changé, mais la doctrine est fondamentalement restée la même. » ( (Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Economica, 1990, p. 22) Remarque qui ne concerne pas la seule marine américaine ajoute le professeur… !

Aussi bien l’Amiral Barjot que le professeur Hervé Coutau-Bégarie présentait l’apport du porte-avions, et plus largement, des moyens aéronavals et maintenant spatiaux aux capacités d’éclairage de la Flotte, ce qui relativise la pertinence des répartitions demandées jusque dans les années 1950. Un groupe aéronaval participe même directement à la protection lignes de communication par sa capacité par ses capacités d’interdiction et de contrôle des volumes sous-marins et aéromaritimes.

La flotte de surface française devrait atteindre 309 650 tonnes en 2030 (1 porte-avions, 3 BPC, 2 frégates Horizon, 8 FREMM, 5 FTI et 3 FLOTLOG) dont 83 250 de frégates de premier rang soit 26% seulement de l’ensemble (34,3% pour le corps de bataille et 38,7% pour la flotte logistique).

La Marine maintient un objectif d’environ 26 à 30 frégates tous rangs confondus. Son engagement actuel dans cinq missions navales permanentes, contre deux dans le contrat opérationnel défini dans le livre blanc de 2013, n’est pas pour là pour démentir le besoin constamment exprimé. Les précédents calculs ne sont plus de mises puisque le format de frégates de premier rang est abaissé à 18 puis 15 unités dans les deux livres blancs précédents sans que des décisions soient prises sur l’avenir du deuxième rang. Les frégates classe La Fayette intégraient le premier rang en 2008 pour être finalement remplacées par des frégates de premier rang : les FTI. Au deuxième rang ne subsiste plus que les frégates de surveillance de classe Floréal.

Premier rang 

L’EMM préférait des frégates lance-engins et océaniques afin de remplacer les escorteurs de la Flotte héritée de la IVe République. Les premières F60 ou FLE n’étaient que des navires de transition en attendant des croiseurs à propulsion atomique. Face à ce trop ambitieux projet, le renouvellement se poursuit néanmoins autour de grandes frégates. La flotte de surface de la Ve République parvient à l’échéance de sa première modernisation à partir des années 1990. Le CA Olivier Lajous (Michel Perchoc, Renaissance navale, Paris, Marines Éditions, 2007, p. 10) nous narre l’articulation entre les différents besoins :

  • quatre frégates F11 spécialisées dans la lutte anti-aérienne (premier rang);
  • huit frégates F12 spécialisées dans la lutte anti-sous-marine (premier rang) ;
  • quatorze frégates F2 spécialisées dans la gestion de crise (deuxième rang).

Les frégates de premier rang étaient au nombre de 16,5 entre 1960 et 1980, 13 entre 1980 et 2000 et nous termineront à 15 sur la période allant de 2000 à 2030. Elles correspondent à des frégates océaniques capables de se défendre et protéger un groupe naval dans chaque milieu mais ayant une capacité de lutte accrue dans l’un d’eux.

Le faible nombre de frégates de premier rang revient à des groupes navals disposant de deux escorteurs (GAn), voire un seul (groupe amphibie en mission Corymbe, mission Jeanne d’Arc) si bien que l’indisponibilité (perte, mis hors combat ou avarie(s) d’une seule unité revient à la perte d’une ou plusieurs fonctions (anti-sous-marine, défense aérienne, etc). C’est le rôle des frégates de deuxième rang de démultiplier les possibilités tactiques.

Deuxième rang

Les frégates de deuxième rang sont des frégates capables de se défendre dans chaque milieu et de participer à la constitution d’un groupe naval sans être capable de participer à sa protection directement. Ce sont plutôt des frégates de gestion de crises.

Les escorteurs rapides et d’escadre de la Flotte de la IVe République étaient remplacés par des aviso-escorteurs (9 unités de la classe Commandant Rivière) et avisos A69 (17 unités de la classe D’Estienne d’Orves). Cette composante n’était pas prioritaire par rapport à l’acquisition de frégates océaniques dans les années 1960 et 1990 puisque dans le cadre du programme FMM (Frégates Multi-Missions), devenu FREMM, les quatorze frégates F2 devenaient les 8 FREMM AVT car les économies d’échelles réalisés par un allongement de la cible avec cette version permettaient de soutenir une flotte de surface avec un grand format de frégates hauturières.

Troisième rang 

C’est pourquoi nous identifions un troisième rang matérialisé par des frégates hauturières disposant d’armements conventionnels (sonar ou non, missiles anti-navires, pièce d’artillerie de gros calibre, suite anti-aérienne de défense à courte portée) et participant à la surveillance des zones d’intérêt et des zones économiques exclusives sans pouvoir intégrer un groupe de combat naval. Leur rôle est bien d’assurer la présence de la Flotte à un coût ajusté aux missions de sauvegarde maritime.

Les 9 avisos A69 demeurant en service sont qualifiés de PHM (Patrouilleur de Haute Mer), alors qu’ils peuvent prétendre, rien que par les normes employées dans leur construction, tandis que les six frégates de surveillance sont intégrés au deuxième rang alors qu’elles sont construites aux normes marine marchande. La capacité à encaisser des coûts n’est rigoureusement pas la même.

Deuxième et troisième rang : quels programmes ?

La succession des La Fayette devait être assurés par le programme NCF (Navire de Combat du Futur) avant que n’apparaisse les FTI. L’échantillonnage de patrouilleurs serait remplacé de manière homogène et cohérente par les BATSIMAR (BATiment de Surveillance et d’Intervention MARitime). La cible de ce programme évolue entre 12 et 18 unités depuis 2008. Aucune décision ne semble prise quant à celui des Floréal : doivent-elles être remplacées par des unités du deuxième ou troisième rang ?

Il avait été proposé de remplacer les frégates La Fayette par des FREMM puis les Floréal par des FTI aux capacités dégradées à de l’auto-défense. Une FTI aux équipements moindres demeurera une frégate onéreuse (sans les équipements (radars, sonars, artillerie : 300 à 350 millions sur 450 millions (FTI) : soit le coût d’une corvette comme la Gowind 2500 pour la Malaisie) par rapport à l’unité attendue pour BATSIMAR (environ 50 millions).

EOLES.jpg

© DCN. Le navire à effet de surface EOLES présenté dans la revue de l’ACORAM, Marine (n°126, janvier 1985, p. 44).

Réinventer la frégate de deuxième rang

Une autre option consisterait à réinventer la frégate de deuxième rang. Le bateau gagnerait à être spécialisé selon la mission (ASM, DA ou patrouille des ZEE). Quelques avancées technologiques (exemple du moteur à aimant supraconducteur au volume 50% moins grand que les solutions existantes) conduiraient à réduire son tonnage unitaire (exemple des effets sur les coûts de la propulsion : tonnage moindre égale puissance moindre à vitesse égale). Doubler les équipages est une autre source d’économies potentielles. L’automatisation accrue des plateformes se traduit par des gains de confort des postes de l’équipage. Finalement, les bateaux conservent le même volume dédié aux postes d’équipage donc le tonnage demeure stable. Un équipage tombant sous les 60 membres avec des postes plus proches des normes sous-marines que des FREMM participerait à un tonnage moindre. Resterait deux points à déterminer, pour lesquels les débats seront très complexes : l’autonomie attendue pour la frégate de deuxième rang et ses capacités aéronautiques : embarquer et soutenir un drone seul ou bien un hélicoptère ? Pouvoir opérer des opérations aériennes depuis une plateforme hélicoptère est un impératif maintes fois démontré.

L’avant-projet EOLES (950 tonnes), sans la partie NES (Navire à Effet de Surface) mais avec coque catamaran (donc une grande plateforme aéronautique et une plus grande stabilité) remis au goût du jour fournirait un modèle de compacité. Cette piste serait concluante si et seulement si aux conditions économiques de 2016 le coût de la frégate de deuxième rang descendait significativement sous les 200 millions d’euros, sans les équipements. 

A cette condition, la Flotte se rééquilibrerait en faveur d’une des conditions de la supériorité qui est la présence et le sea control local et temporaire des volumes sous-marin et aéromaritime.

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