Nouveau vaisseau de 80

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La puissance théorique d’une marine se mesure, traditionnellement, à l’aune de son tonnage mais l’ère des engins puis missiles renouvelle l’intérêt porté aux caractéristiques des salves des unités navales composant une marine. Ces quelques lignes invitent à considérer l’importance de cette salve dans le positionnement stratégique d’une marine et sa valeur combattive affichée tout en soumettant un moyen à étudier pour la renforcer drastiquement.

Historiquement, les capacités tactiques des différentes marines de guerre peuvent se mesurer à l’aune des salves qu’elles sont capables d’envoyer lors d’un combat naval, hier en poids de boulets ou d’obus, aujourd’hui en nombre de missiles. À tonnage équivalent, les marines asiatiques et américaine bénéficient de salves bien plus importantes mais, certes, il est vrai que cela compense assez souvent l’absence d’un groupe aéronaval qui constitue un accroissement de la salve.

Par exemple, les Aquitaine (6000 tonnes) peuvent lancer au maximum 8 missiles anti-navires et 32 missiles anti-aérien ou de croisière contre, respectivement, 16 et 128 pour une unité de la classe Sejong le Grand (11 000 tonnes) de la marine sud-coréenne. Le tonnage est près du double, et amène le débat sur la place des grands destroyers, pour ne pas dire croiseur, certes, mais les capacités d’une Aquitaine sont contenues dans un navire de la classe Incheon de 3300 tonnes.

Il n’en demeure pas moins qu’en ce qui concerne, par exemple, l’Europe, et en France tout particulièrement, le combat naval s’envisage de manière très solitaire. Sur les plans historique et culturel, les récits sont très nombreux sur des faits d’armes en solitaire ou dont la geste tend à effacer qu’il ne constituait qu’un élément d’un plus vaste engagement entre formations navales.

Structurellement, et pas seulement depuis le XXe siècle, la division de la Flotte entre, dirions-nous hier, les « stations », aujourd’hui les missions navales permanentes et les croisières, se matérialise très rarement par des groupes navals. Hormis deux structures (les groupes aéronaval et amphibie), une mission navale permanente (Corymbe) et une autre ponctuelle (la mission Jeanne d’Arc), l’action des frégates de la Royale se mène généralement de la manière la plus solitaire qui soit, réduisant d’autant les possibilités tactiques que présence et résilience après un potentiel engagement, voire une avarie.

Les risques engendrées par la dispersion ne peuvent se résoudre par la seule concentration (aéro)navale opportunité. L’emploi de feux de saturation peut être une voie d’exploitation de salves aux volumes bien trop faibles. Par exemple, un groupe aéronaval comprenant le porte-avions et deux frégates (une FDA, une FREMM) représente 112 tubes. Moins qu’un Sejong le Grand sud-coréen (128 tubes). Dans le cadre d’une attaque saturante par missiles anti-navires, ou bien face à une succession de plusieurs attaques, en se fondant sur deux missiles tirés pour un missile abattu, la formation navale encaisserait théoriquement 56 missiles.

Même en pondérant ce chiffre par la considération de l’embarquement de quelques missiles de croisière sur l’une ou l’autre des deux frégates, si ce n’est les deux, une ou plusieurs salves de cette importance n’est pas à la portée d’un groupe infra-étatique ou d’une puissance moyenne – à moins que ne se démocratise des « leurres » imitant des munitions et forçant la défense à gâcher de précieux missiles. Cela nous limite aux engagements les plus intenses. Partant, la Marine nationale, comme beaucoup d’autres, se dimensionnent essentiellement au regard des actions de haute intensité.

Il est à considérer que l’un des très grands défauts des munitions ensilotées est qu’elles exigent de passer par un port afin que les silos puissent être rechargés. Le rechargement des tubes n’est toujours pas praticable en mer.

La capacité à durer dans un engagement de haute intensité et/ou au sein d’une campagne de longue durée où le retour au port serait dommageable au succès des opérations, la possibilité demeure de rechercher à embarquer plus de munitions. Ce qui, outre l’allongement de la salve, permet de diversifier les missiles potentiellement employables et donc, à unités constantes, de se ménager de nouvelles possibilités tactiques présentes ou futures sans amoindrir les qualités de la salve avec des panachages de munitions aux volumes si faibles qu’aucune action ne pourrait être entreprise sans une masse critique suffisante afin de la couronner de succès.

Le programme FREM s’arrête actuellement après huit unités dont six frégates en version ASM et deux autres, toujours ASM, mais aux capacités de défense aérienne renforcées. DCNS proposait à la Grèce une variante emportant une rangée de trois lanceurs Sylver A35 (3 x 8 missiles) à bâbord du hangar hélicoptère. Doubler cette rangée par l’intégration symétrique à tribord d’une autre rangée de trois lanceurs et harmoniser le tout, non pas sur l’A35, mais bien l’A50 (l’espace sous et au-dessus des A35 semble amplement suffisant pour supporter les 1,5 mètres supplémentaires de hauteur des A50) permettrait d’engager 48 missiles de plus.

Si, et seulement si, le hangar ainsi réduit permettrait encore et toujours d’entreposer un NH90 (d’une largeur de 12,5 mètres, le hangar perdrait au moins trois mètres de chaque côté pour une largeur de 3,2 mètres pour le Caïman Marine).

Les Aquitaine, percées à 80 silos renforceraient considérablement la salve de la Flotte qui serait non plus de 544 missiles (32 par Aquitaine, autant sur chaque FTI (hypothèse) et 32 pour le porte-avions) mais bien de 928 missiles. Les croiseurs légers ainsi dégagés, à tonnage égale, renforceraient la valeur dissuasive de la Marine nationale.

Autant de considérations qui souligne à l’envie l’intérêt tout particulier de se ménager des volumes et un accroissement de tonnage sur les plateformes navales au cours de la vie opérationnelle, autant dans la prévision de futures modernisations que dans l’éventualité d’un accroissement de la conflictualité maritime, afin de pouvoir ajuster le potentiel naval au juste besoin sans attendre une très longue remontée en puissance par le lancement de nouvelles unités.

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