Victoire posthume des Horizon 3 et 4

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© Marine nationale.

L’annexe Défense au Projet de Loi de Finances (PLF) 2017 livre enfin le résultat du pari lancé depuis juin 2005 : quelle(s) économie(s) budgétaire(s) seront obtenue(s) avec l’abandon des frégates du programme Horizon n° 3 et 4 et leur remplacement par une version AA (puis de DA) des FMM (devenues FREMM) ? Aucune. Les 11 années nécessaires pour faire reconnaître ce désastre financier apaiseront peut-être ceux qui attendaient avec patience le verdict, sans que l’intérêt national soit sauf.

Le programme Horizon, initié en 1992, bipartite puis tripartite, devait livrer 20 bâtiments (12 pour la Royal Navy, 4 pour la Marine nationale et 4 pour la Marina militare). La cible est réduite à 8 avec le retrait du Royaume-Uni qui réduisait sa propre cible pour ses T45 de 12 à 6 unités.

Le programme combine la plateforme au système PAAMS (Principal Anti-Air Missile System) dont la conduite jusqu’à son terme est demeurée tripartite. Les deux premières frégates Horizon, les Forbin (2010 – …) et Chevalier Paul (2011 – …), assuraient avec retard, « sans tuilage », le remplacement des F60 Suffren (1967 – 2001) et Duquesne (1970 – 2007) ce qui laissait la Flotte avec une perte temporaire de capacités pendant trois années.

La question de la succession des F70 AA, soit les Cassard (1985 – 2021) et Jean Bart (1988 – 2022), demeurait pendante. Ces deux navires ne bénéficiaient pas d’un système d’arme anti-aérien moderne à leur construction. Ils recevaient les ensembles RIM-24 Tartar débarqués des escorteurs d’escadre Bouvet et Kersaint (systèmes reçus des États-Unis en 1965). Une modernisation de ces deux frégates avec le PAAMS est envisagée. Le coût et les efforts supplémentaires induit par un nouveau système d’arme sur les faiblesses structurelles des frégates condamnaient pour l’EMM cette refonte à mi-vie.

Les Forbin et Chevalier Paul étaient commandées dans la LPM 1997-2002. « La loi de programmation militaire 2003-2008 [prévoyait] d’anticiper la commande d’un troisième bâtiment en 2007, pour une livraison en 2012. » La quatrième frégate devait être commandée lors de la LPM suivante (2009-2014).  Ce qui étalait la construction sur près de 10 années pour 4 bateaux.

Le coût des deux premières frégates est évaluée à 2,6 milliards d’euros (2004)… avec les frais d’études des flotteurs et ceux du programme PAAMS. Le coût d’usinage de la troisième frégate sans le PAAMS (ni radars, ni missiles Aster) et les frais d’études était donné à 600 millions d’euros. « La fabrication de deux systèmes PAAMS, de deux radars longue portée et de 120 Aster 30 [représente] un coût global de 650,3 millions d’euros courants. » (2003) La moitié de cette somme ajoutée au coût d’une frégate « nue » est égal à 925 millions d’euros.

Ces frégates paraissent bien trop coûteuses par rapport aux FMM devenues FREMM dont les devis initiaux de 280 millions d’euros hors taxes pour une frégate nue d’un équipage de 94 hommes sans le DETAVIA (contre 193 sur une Horizon) reposent sur des conditions financières et économiques précisent (cible de 17 frégates, cadence de production élevée (un navire tous les sept mois). C’est pourquoi l’abandon des Horizon 3 et 4 se reportent, dès dès la confirmation officielle en novembre 2005, avant même la rédaction du nouveau livre blanc (2007 – 2008), sur un allongement du nombre de FMM à 19 unités.

L’heureuse opération financière projetée en 2005 devient profondément malheureuse en 2016. En 2013, le coût des études pour la FREDA est évaluée à 160 millions d’euros par Patrick Boissier, PDG de DCNS. En 2016, l’enveloppe des crédits d’engagement alloués à la « FREMM-FREDA » se chiffre à 2017,77 millions d’euros (p. 430). Sur les années 2016 à 2019, la dépense moyenne en crédits de paiement s’élève à 300 millions d’euros (1148,63 millions d’euros) dont 869,14 pour les années postérieures à 2019.

Le cheminement est différent mais, au final, une frégate de défense aérienne coûtera près de 1000 millions ou un milliard à produire. L’équipage est certes réduit… quand le débat sur les équipages doublés ou le renforcement d’équipage unique se poursuit pour les FREMM.

Quelle différence ? Une Forbin, par rapport à une Aquitaine, possède une plus grande autonomie (7000 nautiques à 18 nœuds contre 6000 à 15 nœuds), deux nœuds de plus (29 contre 27), une turbine à gaz de plus (quand les Aquitaine n’ont aucune marge de puissance disponible pour un alourdissement futur), une deuxième pièce de 76mm ou 12 lanceurs de plus avec une réserve pour 12 supplémentaires (percée à 48 (64) contre 32).

D’un côté, il y avait un croiseur, paré pour la DAMB, voire une intéressante capacité de surveillance de l’espace (jusqu’en LEO), de l’autre il y a une frégate anti-sous-marine très coûteusement « améliorée » pour la défense aérienne avec un radar Herakles à la puissance augmentée, mais bientôt abandonné au profit du Sea Fire 500 (500 km de portée contre 250 sur l’Herakles), sans missiles supplémentaires.

Le coût unitaire des Horizon ne pouvait que diminuer avec l’effet de série et la répartition des coûts d’études sur un plus grand nombre d’unités. Une version améliorée des plans initiaux aurait pu intégrer une automatisation accrue avec une mise à niveau des deux premières unités. Finalement, les 8 FREMM coûteront probablement autant que 8 Horizon avec des capacités inférieures.

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