BPC-NG

bip-1

© DCN. Bâtiment d’Intervention Polyvalent présenté au salon Euronaval 1994. D’une longueur de 198 mètres pour 50 de large au niveau du pont d’envol, 19 000 tonnes de déplacement.

Les annexes au Projet de Loi de Finances (PLF) 2017 portant sa partie Défense contient en deux lignes (l’expression utilisée est exactement : « BPC NG : Bât.de projection et cdmt nouv.génération ») : serait-ce l’annonce d’un nouveau navire ?

Le précédent livre blanc de 2008 maintenait l’ambition de quatre grandes unités amphibies soit les deux TCD Foudre (1986 – 2011) et Sirocco (1995 – 2015) avec en sus les BPC Misral (2005 – …) et Tonnerre (2007 – …). Le plan de relance de 2009 voyait un troisième BPC de commandé, le Dixmude (2012 – …). Afin de respecter le format, la Foudre était vendue au Chili (2011). Le livre blanc de 2013 réduisait le format du groupe amphibie à trois BPC et pour s’adapter au nouveau contrat opérationnel de 2013, le Sirocco est vendu au Brésil (2015).

Le contexte ne connaît pas de nouveau livre blanc, encore moins de préparation à un tel exercice, ni même un nouveau concept d’opérations amphibies. Que signifie alors ces deux lignes situées dans la sous-action n°8-43 « Projeter les forces – autres opérations » de l’annexe au PLF 2017 (p. 403) ?

Premièrement, il est difficilement concevable que la Marine puisse revenir les décisions présidentielles matérialisaient par le contrat opérationnel du livre blanc de 2013. Et, surtout, sans mettre en avant sur la place publique qu’il y aurait eu des carences constatées eu égard aux opérations passées (depuis l’opération Baliste (2006) ou aux menaces actuelles en matière de composante amphibie. L’option de la relance du BPC 4 en vue de la prochaine LPM ne semble pas probante.

Deuxièmement, BPC-NG pourrait signifier le début des études pour un vaste plan de modernisation des trois BPC en service dans la Marine nationale. Le calendrier collerait assez bien dans la mesure où les deux premières unités dépasseront les dix années de service en 2017 et atteindront les quinze années à hauteur de l’exercice de la prochaine LPM (2020-2025). Sauf que le « -NG » désigne habituellement un matériel neuf, à l’instar des SNLE-NG (qui n’étaient pas une modernisation des Redoutable) et de quantités d’autres. L’option de la modernisation n’est pas plus probante.

Troisièmement, ce serait le nom donné par l’EMM au programme visant à renouveler les BPC à hauteur des années 2035. Les premières réflexions seraient lancées grâce à cette ligne budgétaire de seulement 2,06 millions d’euros (p. 403). Par élimination, ce serait l’option la plus crédible eu égard aux désignations habituelles.

La Marine ouvrirait alors le débat sur les futures capacités amphibies à envisager pour les années 2030 dans un contexte stratégique profondément renouvelé. Bien des paramètres seront à réétudier dont « la diffusion de la puissance maritime » (titre d’un des articles publiés dans le recueil Diplomacy at Sea de James Cable, citée dans Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Économica, 1990, p. 69). Les évènements touchant le Yemen montre que la diffusion du missile anti-navire poursuit sa faculté à égaliser la puissance navale, et les assertions, non-vérifiées, sur l’utilisation de roquettes, relèvent le risque que ces dernières soient « missilisées », en particulier les roquettes de gros calibre. Les débats sur l’A2/AD (Anti-Access/Area Denial), qu’il faille ou nom utiliser cet acronyme, remettent en avant la question du débarquement de vives forces face à des capacités de haute intensité. La réponse de l’US Navy est d’éloigner le dispositif amphibie des côtes et d’augmenter la cadence des opérations de débarquement.

À l’orée des années 2030 où les nombres de sous-marins, de plateformes aéronavales seront toujours plus grands, où ces outils seront encore et toujours mieux diffusés de par le monde, est-ce que le concept de BPC aura vécu ? La construction de ces bateaux, pour partie, aux normes marine marchande est fortement décriée, bien que cela semble abaisser le coût d’acquisition de moitié. L’évolution des menaces et leur appréciation pourrait amener à reconsidérer une construction en totalité ou presque aux normes militaires pour revenir à des navires capables d’encaisser et de rendre les coûts donnés par l’ennemi.

Dans une autre perspective, le porte-aéronefs avec radier, le LHD (Landing Helicopter Dock), capable de percer par l’air et la mer localement le dispositif ennemi peut être, également, à critiquer car, il ne l’a pas vraiment été depuis les années 1960.

D’autre part, les LHD et toutes leurs répliques tendent à devenir des porte-aéronefs qui recherchent la profondeur maritime pour se protéger là où le navire amphibie doit venir plager lui-même ou soutenir ses chalands au plus près du débarquement. L’évolution des voilures tournantes vers les engins hybrides et autres gyrodynes soutiennent cette allongement de l’influence opérationnel des groupes aéromobiles. Il y a peut-être une dissociation fonctionnelle à réévaluer.

Les expériences passées seront également à revisiter ou redécouvrir. Notamment celles des porte-avions de classe Clemenceau dont l’armement en « PA2 » voyait alternativement l’une ou l’autre des unités s’armer comme porte-hélicoptères. L’expérimentation la plus poussée fut le transport du 5e RHC de France jusqu’en Arabie Saoudite par le porte-avions Clemenceau (12 – 28 août 1990). Le concept de commando carrier connaîtra une nouvelle jeunesse dans la Royal Navy car, alternativement, les HMS Queen Elizabeth et Prince of Wales seront gréés de cette manière. La crédibilité d’un coup de force amphibie reposera, notamment, sur la crédibilité de la plateforme dans un engagement de haute intensité.

In fine, le remplacement des TCD Ouragan et Orage par les NTCD n’aboutissaient pas à de nouveaux TCD mais bien à une nouvelle catégorie de navires alors encore jamais acquis en France, des LHD/BPC.

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