La dernière torpille

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La mécanique vertueuse du programme FREMM (FREgate Multi-Missions) – ou classe Aquitaine – s’achèvera très prochaine quand la Lorraine sera mise sur cale à Lorient (2017) et qu’il n’y plus que de très minces possibilités que de telles frégates soient construites pour une marine étrangère. Le prochain Président de la République et son prochain gouvernement auront alors une ultime tentative à lancer.

A son lancement, il était assigné au programme FREMM une cible de 17 frégates soit huit en version AVT (Action Vers la Terre) et neuf en version ASM (Anti-Sous-Marine). La version de DA (Défense Aérienne) se rajoutait à l’ensemble après l’abandon des Horizon 3 et 4. De 2007 jusqu’à 2013, cette cible s’abaissait à 11 unités (abandon de la version AVT (2008) tout en insérant les deux FREDA. Puis, en 2013, la cible tombe à 8 frégates (6 ASM et 2 FREMM de DA).

L’ancien PDG de DCNS, Patrick Boissier, détaillait le coût de ces décisions devant la commission Défense et forces armées de la représentation nationale :

  • « À titre d’information, le coût du programme [FREMM] a déjà augmenté d’une frégate lorsqu’on est passé de 17 à 11 frégates » (18 septembre 2013) ;
  • « et d’une deuxième frégate lorsque l’on est passé d’une frégate tous les 7 mois à une frégate tous les 10 mois »  (18 septembre 2013) ;
  • « Notre première préoccupation est le rythme de production de nos frégates, qui passera, pour une livraison de frégate avant 2019, de 10 à 14 mois. Le surcoût de cet étalement serait à peu près équivalent au coût d’une frégate. » (18 septembre 2013)

Ces différentes décisions sous deux gouvernements et deux livres blancs entraînent donc un renchérissement du coût global du programme à hauteur de trois frégates soit au moins 1500 millions d’euros. « Il faut bien avoir à l’esprit que ce n’est pas l’augmentation du coût des programmes qui conduit à étaler les commandes mais l’étalement ou la réduction du nombre qui conduit mécaniquement à augmenter le prix de chaque unité. » (18 septembre 2013)

Addition suivie d’une autre car la fameuse FREDA devenue FREMM de DA renchérit le coût du programme. « Ces évolutions contractuelles ont entraîné l’augmentation d’environ 200 millions d’euros du coût non récurrent d’étude, de développement et de logistique, dont 160 millions pour le seul développement de la version FREDA. » (13 mars 2013)

Dix unités de ce programme seront construites dont deux vendues au Maroc et à l’Égypte. Il y aurait environ 156 mois de construction soit 15,6 mois par frégates.

Pourrions-nous dès 2017, soit au moment où se perdra la mécanique initialement voulue pour le programme FREMM, lancer des négociations pour retrouver les économies d’échelle ? Refaire le chemin en sens inverse malgré l’achèvement du programme implique d’apporter des frégates à construire :

L’une des options envisageables est d’accepter de construire les FLOTLOG à l’étranger. Même en relevant la cible de 3 à 4 unités, une construction en Corée du Sud permettrait d’engager 500 à 550 millions et non pas les 1500 régulièrement évoqués pour une construction à St Nazaire pour trois unités.

L’abandon de la modernisation des FLF est une autre option si elle permet d’acquérir au moins deux frégates ASM de plus puisque c’est l’enjeu, justement, de la modernisation, même si cela revient à reléguer trois frégates à être de nouvelles frégates de surveillance. Mesure qui libère 765 marins (153 femmes et hommes d’équipage par FLF) alors qu’il n’en faut « que » 95 par FREMM (hors DETAVIA). La modernisation des cinq FLF exigerait environ 500 millions d’euros.

Ce volume financier trouvé correspond à la construction de deux Aquitaine, voire peut-être une troisième frégate en abandonnant la modernisation des FLF. Sans compter qu’avec plus de dix ans de service espérée pour chacune d’elle, il est vivement conseillé d’essayer de les proposer à la vente, ce qui renforcerait l’enveloppe dégagée par l’abandon de leur modernisation.

Si de telles décisions dégageraient des économies (hausse de la cadence de production entre 2017 et 2023 et/ou réhaussement de la cible du programme) équivalentes au coût d’une frégate sur l’ensemble du programme, pourquoi ne pas la commander ? La Marine recevrait une quatrième frégate pour cinq FLF non-modernisées et vendues à l’exportation tandis que le coût du programme FREMM serait à la baisse.

Les deux FREMM de DA et les trois nouvelles unités abandonneraient l’Herakles au profit du développement d’une mâture unique centré sur le Sea Fire 500 (dont un exemplaire est en cours de construction pour des essais à St Mandrier au début de l’année 2018). Cela rentabiliserait les 160 millions consacraient à la FREMM de DA. Et ferait sens car, paradoxalement, les FTI semblent promises à de bien meilleures capacités de défense aérienne (le SF500 aura une portée de près du double de celle de l’Herakles).

Il y aurait alors à distinguer les six FREMM Flight I des cinq à six FREMM Flight II. Les premières ayant vocation à se refondre sur le modèle des deuxième quand ces dernières intégreront les dernières avancées des FTI et d’autres bateaux à venir.

Les équipages libérés des FLF peuvent alors être reversés à la création de huit équipages de FREMM en plus des huit équipages budgétarisés. Sur 11 ou 12 frégates, 16 équipages seraient disponibles. Les équipages doublés entraîneraient alors la possibilité de nouveaux rythmes annualisés pour les marins accroissant d’un coup la fidélisation tout en diminuant les tensions sur le recrutement et la formation.

Un jeu de vases communiquant est envisageable entre un allongement de la série pour les besoins français alliés à des commandes étrangères (Canada (15), Égypte (1), Arabie Saoudite (6),  même si les récents appels d’offres exigent une construction locale (de toutes les unités ?). Le futur gouvernement et les industriels devraient bien pouvoir ajuster l’équilibre financier du programme grâce à ce plan de charge supplémentaire qui n’empêche pas le lancement des FTI mais allonge l’ensemble des séries dédiées à ce programme et le volume global des contrats de MCO.

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