PAN Charles de Gaulle : la maîtrise des coûts

cdg

Une brève du numéro 146 de la revue Marine (éditée par l’ACORAM) en date de janvier 1990 présentait les différents coûts du porte-avions, donnés dans cette revue, dans un tableau :

Coûts Charles de Gaulle (1990) Charles de Gaulle (2001)
Etudes et industrialisation
  • 3,2 milliards de Francs.
Logistique

(rechanges et

systèmes de maintenance)

  • 1 millards de Francs.
« Plate-forme » du navire
  • 4,9 milliards de Francs (35%),
  • dont 1,54 milliards de Francs pour la « coque » (11%).
Ensemble propulsif
  • 4,2 milliards de Francs pour l’ensemble propulsif (30%),
  • dont 2,52 milliards de Francs de chaudières nucléaires (18%),
  • dont 1,68 milliards de Francs d’appareils moteurs (12%).
Installations aéronautiques (catapultes,
freins, ascenseurs, aides à l’apontage, etc…)
  • 1,4 milliards de Francs (10%).
Système de combat
  • 3,5 milliards de Francs pour le système de combat (25%),
  • dont 1,54 milliards de Francs pour l’auto-défense et lutte anti-aérienne (11%),
  • dont 0,98 milliards de Francs pour l’intégration informatique (7%),
  • dont 0,91 milliards de Francs pour les transmissions internes et externes (6,5%).
Total du coût du programme
  • 14 milliards de Francs,
  • 2134 millions d’euros.
3000 millions d’euros (dont 700 millions d’euros d’études)

Les quelques conversions « franc-euro » que vous allez pouvoir lire (ci-haut et ci-bas) sont réalisées selon le taux de conversion du passage à l’euro (6,55957 francs pour un euro). Donc, vous allez lire des chiffres qui ne sont absolument pas fiables puisque le taux de 1999 est appliqué à 1990, ce qui n’est pas le calcul le plus honnête car ne tenant pas compte de la monnaie courante ou de la monnaie constante.

Je vous présente donc une note financière du coût du Charles de Gaulle en 1990 qui a le mérite d’être très précise ! Je ne peux pas (encore ?) présenter la note finale du programme. Toutefois, il est possible de « jouer » avec les chiffres :

  • le coût unitaire du navire, hors études et logistique, serait de 9,8 milliards de Francs, soit 1494 millions d’euros.
  • Il est régulièrement dit ici et là que le coût du programme Charles de Gaulles aurait atteint les 3000 millions d’euros.
  • Le PA2 devrait voir son coût compris entre 2,5 et 3 milliards d’euros alors que ce ne sera peut être pas un navire nucléaire. Economiquement et financièrement il y a beaucoup de choses qui se sont passées depuis 1990. Mais…
  • Le R92 Richelieu de 1990 aurait donc coûté 9,8 milliards de Francs ou 1,5 milliards d’euros de 1990 puisque les études sont nécessaires pour la classe, pas pour chaque navire. Il y aurait eu quelques frais annexes pour tenir compte des besoins logistiques supplémentaires, de l’équipage supplémentaire et des modficiations a apporté, compte tenu du retour d’expérience du premier de la série.  Il est très difficile de chiffrer un éventuel effet de série, mais il faudrait aussi en tenir compte.
  • Les chaudières nucléaires représentent 18% du coût du navire, ce n’est pas inintéressant de le découvrir. Les deux chaudières K15 sont dérivées de celles qui sont installées à bord des SNLE de la classe Le Triomphant. Le porte-avions pousse à 27 noeuds grâce à elles. Pour soutenir une vitesse supérieur ou avoir un navire à des dimenssions plus grandes, il faudrait une chaudière de plus soit 1,26 milliards de Francs, soit 192 millions d’euros.

Après avoir présenté une estimation sommaire du coût budgétaire du programme BPC, s’il était « bien conduit » (1793 millions d’euros pour 5 navires), je revisite le programme de remplacement des porte-avions Clemenceau et Foch. Dans les deux cas, je cherche à montrer comment le dernier du contribuable est gaspillé, et je tente de chiffrer la perte. Depuis un certain Colbert, des principes simples et logiques ont été édictés pour armer la Flotte. Depuis ce temps, il y a eu deux temps historiques vis-à-vis de ces règles :

  • soit on les respecte et on a une belle Flotte, j’oserais même dire, quelque soit le budget,
  • soit on les ignore superbement et on a une sorte de Flotte « d’échantillons » bien coûteuse, quelque soit le budget.

In fine, nous en arriverons toujours au même point : il faut un plan naval. Le processus d’interarmisation ne s’y oppose absolument pas, la seule chose qu’il exige c’est que la Flotte réponde aux besoins des deux autres armées, tout comme ces dernières doivent pouvoir travailler efficacement avec la Flotte. Le porte-avions est un bel exemple de ce besoin de « temps long » puisque les premières études sont lancées sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et la mise sur cale sous celle de François Mitterrand. Le Charles de Gaulle, rebaptisé ainsi par le président Mitterrand, aurait dû entrer en service à la fin de sa présidence et le Richelieu (premier nom du PA2 qui n’a pas été « débaptisé » à ma connaissance) aurait dû entrer en service au début de la présidence du président Chirac. Nous avons eu les décisions que l’on sait, et mon petit tableau en montre une partie des conséquences.

Il y a une chose qui n’est pas bien connue, c’est que la Royale a fait oeuvre de saine gestion en se serrant la ceinture dans les années 90 pour dégager des crédits pour les deux porte-avions (un numéro de la RDN en parle, j’espère le retrouver rapidement).

A la fin de mes « petites études », je montrerais qu’il n’est pas bien difficile de calculer le coût de la non-construction du R92 Richelieu. Non pas que je prétende à pouvoir sortir une étude financière digne de la Cour des comptes -absolument pas. Mais il y a des frais, ici et là, qui une fois rassemblés montreront l’ampleur des dégats. Par là, il faut comprendre que l’on peut savoir où sont passés les crédits budgétaires qui manquent actuellement à la loi de programmation actuelle et à celle à venir (un équipement qui n’est pas financé dans le cadre d’une loi de programmation est décalé à la suivante. Alors, soit c’est une « LPM creuse » et c’est possible, soit c’est une LPM aussi pleine que la précédente et il faudrait donc augmenter le budget de la Défense). La décennie 90 est porteuse de leçons sur ce qu’il ne faut pas faire en matière de Défense nationale. Elle aurait dû montrer que le meilleur moyen de combattre la bosse budgétaire… c’est de la financer !

Tenter de tirer des enseignements de l’Histoire, c’est bien. Les faire connaître, c’est mieux. Le problème du porte-avions français, c’est que les décideurs ou ceux qui aspirent à le devenir n’ont pas pu apprécier l’intérêt de l’outil porte-avions avec les Foch et Clemenceau. Dès l’époque de ces deux vaisseaux, il a été compliqué d’obtenir la commande d’une paire de navire à pont plat. Malheureusement, ce qui avait été évité dans les années 50 n’a pas pu l’être dans les années 90.

« Perdre bientôt la mémoire d’un bienfait est le vice des Français.  »

Cardinal de Richelieu

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