USS Kearsarge : la puissance incapable

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Depuis le début de la crise libyenne, les États-Unis mobilisent une  Expeditionary Strike Force (ESF) composée d’un Carrier Strike Group (CSG) centré sur l’USS Entreprise ainsi que d’une Expeditionary Strike Group (ESG) centrée quant à elle sur le LHD Kearsarge. L’ESF (CSG + ESG) basculaient depuis le théâtre de l’océan Indien jusqu’au bassin occidental de la Méditerranée. La première mesure coercitive qui pourrait être prise contre les forces loyalistes de Libye serait une zone d’exclusion aérienne. Ce n’est pas anodin puisque l’arme aérienne reste la seule arme du régime pour pouvoir toucher l’ensemble de son propre pays.

Une zone d’exclusion aérienne  est une opération assez lourde à mettre en œuvre. Afin d’assurer un contrôle effectif de l’espace aérien interdit des aéronefs de contrôle aérien (E-2C Hawkeye, E-3 AWACS par exemple) sont indispensables. La police du ciel se doit être assurer dans un cadre de projection extérieure et partant de bases relativement éloignées avec des appareils de supériorité aérienne afin d’engager d’éventuels contrevenants. Dans une perspective d’opérations d’imposition de la paix avec une intensité assez élevée, des opérations SEAD peuvent aussi être à prévoir tant pour l’entrée en premier sur le théâtre que pour éviter l’installation de telles capacités pendant le mandat reçu.

Cela demande, toutefois, des avions-ravitailleurs. L’US Air Force et l’Armée de l’Air les possèdent. Les aéronefs des forces aériennes basées à terre ne peuvent être mis en œuvre de façon permanente au-dessus de la Libye sans ravitailleurs. Au demeurant, et bien que partant d’une base mobile pouvant être portée aux limites du théâtre d’opérations visée, les aéronefs de l’aviation embarquée peuvent difficilement se passer des avions-ravitailleurs, sauf à démultiplier le nombre de sorties ou tronquer une partie du potentiel en missions de ravitaillement.

L’Expeditionary Strike Force (CSG + ESG) possède en grande partie ces outils, même si elle pourrait épuiser ses moyens aériens dans la réalisation de cette seule mission. Dans cette structuration des forces navales, le porte-aéronefs a un rôle d’appui-feu servant directement les troupes débarquées tandis que la projection de puissance relève directement du Carrier Air Wing (CAW) du porte-avions.

Cela revient à dire que le Kearsarge est « incapable » s’il n’est inséré que dans le seul ESG. Navire de la classe Wasp (huit unités), il jauge 40 500 tonnes à pleine charge pour 257 mètres de longueur par 32 au maître bau. Deux fois plus gros qu’un BPC et tout aussi imposant que le Charles de Gaulle (42 000 tonnes). Il est relativement paradoxal qu’une unité aussi imposante ne puisse mieux faire que la plupart des porte-aéronefs STOVL/STOBAR. Et, justement, le groupe aérien embarqué est limité autant par l’absence de catapultes que de brins d’arrêt.

L’étroitesse de la diplomatie du porte-aéronefs est proportionnée à l’incapacité du porte-hélicoptère d’assaut à frapper au-delà de l’horizon visible. La diplomatie navale de puissance ne s’exerce véritablement qu’avec un porte-avions, et ce, même dans la perspective d’une opération d’apparence simple comme l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne qui n’est à la portée ni de tous les États, ni de toutes les marines.

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