Renforcer la puissance navale française ? L’Arsenal Gear, le futur des forces sous-marines nucléaires

Arsenal_Gear

Le propos est bien particulier dans ce billet puisqu’il s’agit de montrer qu’un jeu vidéo a fait de la prospective stratégique. Il s’agit de la célèbre saga Metal Gear Solid (Wikipédia en relate bien l’histoire). L’intérêt de ce jeu, en ce qui nous concerne, est double puisqu’il est à la fois :

  • réaliste (sous quelques réserves) : dans Metal Gear Solid vous incarnez un commando d’élite (un seul, c’est une fiction et un jeux en « solo ») chargé d’infiltrer une usine de retraitement des têtes nucléaires américaines en Alaska prise en otage par des mercenaires (une SMP (Société Militaire Privée) qui a mal-tourné ?). Vous êtes infiltrés dans l’île via un sous-marin nucléaire qui lance une torpille humaine. Ce n’est pas la Marine nationale et le programme Suffren qui démentira la pertinence du procédé.
  • Et futuriste : les capacités du soldat sont augmentés à l’aide des nanotechnologies, pour la communication notamment. Le camouflage optique devient une réalité (voir les réalisations japonaise et anglaise (BAE System) en la matière). Ainsi que les drones et la robotique.

Je ne vous dévoile pas tout le décor du jeux, mais sachez que vous évoluez entre menaces non-étatiques, SMP et forces armées dans une fiction qui n’a strictement rien à envier à Tom Clancy (pour l’avoir lu).


Dans le volet Sons of Liberty de la série, le héros, Solid Snake, infiltre un sous-marin géant qui est le lieu d’action finale de cet acte de la série. Le navire mesurerait dans les 600 mètres. Point de réalisme, mais il faut bien donner l’impression au joueur d’affronter un titan. Non, ce qui est véritablement intéressant, c’est la source du pouvoir du titan. Dans les autres opus de la saga, hormis le quatrième (Guns of Patriots), il est toujours question de détruire un robot susceptible de destabiliser l’ordre international : le Metal Gear, char bipède amphibie capable de lancer une arme nucléaire tactique grâce à un canon (ce qui enduit une mobilité exceptionnelle et des tirs furtifs non-détectables par système ABM !). L’arme tombe souvent aux mains de mouvements terroristes (le problème de la prolifération est omniprésent dans la série : de la sécurité collective ?). Tandis que, pour en revenir à notre sous-marin, l’Arsenal Gear n’a aucune capacité de tir nucléaire. Son pouvoir, c’est l’information. Le navire capte les flux d’informations, les retraite à la convenance du mouvement qui a en possession le navire.


Revenons à la réalité. Avons-nous un outils comparable ? Dans la finalité dantesque (modeler l’information) je répondrais que non, et heureusement. Cependant, nous approchons de la mise en service de navires de la même essence. Le Jimmy Carter est un SNA de la classe Seawolf qui est entré en flotte à la place d’un précédent navire (je perds le nom) dont le rôle était le même : les missions spéciales sous-marines (écoutent des câbles sous-marins, etc…). Le navire sous-marin se fait espion, et plus encore, il entre dans les réseaux ennemis. Mais ce n’est pas tout puisque le Vice-Amiral Richardson, commandant des forces sous-marins américaines évoquent une avancée stratégique supplémentaire :

 

« Dans le même temps, de plus en plus de pays, et de groupes, auront accès à des armes à longue portée, parce que la technologie devient moins chère, a expliqué l’amiral Richardson, et ils utiliseront de plus en plus Internet pour essayer de s’attaquer aux intérêts américains.

[…] Et l’amiral Richardson a indiqué que la force sous-marine commençait à se préparer au combat sur Internet.

Plus de 300 sous-mariniers ont changé de travail pour devenir spécialistes des systèmes d’information, une nouvelle fonction à bord des sous-marins pour des experts des réseaux et de la sureté informatique.

Les sous-marins seront nécessaires pour la lutte dans le cyber-espace, et pour s’assurer que l’armée peut atteindre les endroits où l’ennemi cherche à interdire aux bâtiments de surface et aux avions d’aller, a expliqué l’amiral Richardson« .


Le cyberespace s’impose. Non pas à cause de la Guerre en Libye, mais plutôt à la suite du rôle des Etats-Unis pendant la crise égyptienne où il semblerait que l’US Air Force ait pu rétablir de force le réseau internet pour que les réseaux sociaux puissent continuer à fonctionner.

 

De la prospective d’un auteur de jeu vidéo passionné (Hideo Kojima, très francophile -et inconnu de notre Etat, c’est cela aussi la francophonie) à la réalité, il n’y a parfois qu’un pas. Dans le jeu comme dans la réalité, il est question que le sous-marin soit véritablement une base qui agisse sur le cours des choses depuis les profondeurs de la mer. La Guerre en Libye nous a encore offert la démonstration de l’intérêt du SNA pour surveiller la terre grâce à ses senseurs. Mais à l’avenir, il n’est plus seulement question de surveiller la « surface » de l’environnement terrestre, mais il est bien question de s’infiltrer en son sein grâce au réseau. Ce qui nécessite d’en forcer l’entrée, d’une quelconque manière.

L’idée de base est plus que pertinente puisqu’elle n’est pas nouvelle. De plus en plus, les sous-marins, et non plus les seuls SNA (bien que la propulsion nucléaire soit la seule à offrir, actuellement, l’endurance de feu la Marine à voiles), deviennent des bases mobiles de projection de puissance. Il faut véritablement parler de prolifération puisqu’il est désormais très rare qu’un Etat se dotant de sous-marins ou renouvelant sa sous-marinade n’exige pas la possibilité de mettre en oeuvre des commandos et des missiles de croisière (sachant que même les missiles navals se font « de croisière » dorénavant, à l’image de l’Exocet block III). Le paroxysme de ce concept de base mobile sous-marine est la refonte de quatre SNLE de classe Ohio de l’US Navy en SSGN. Refonte opportune mais impressionnante : 154 missiles de croisières et 66 commandos-marines. Un navire amplement suffisant pour déstabiliser un adversaire (la première vague de missiles de croisière contre la Libye aurait concerné le tir de 100 à 110 MdCN). A titre de comparaison un SNA de la classe Seawolf embarque 50 armes à son bord, dont des MdCN (contre 20 armes sur un Suffen).

Autre manière pour le sous-marin d’interargir avec son environnement stratégique : l’espace. Il est bien connu que les SNA russes ont procédé à la mise en orbite de satellites via des missiles balistiques déclassés. La pratique est « courante » en Russie. En France, il aurait été question de faire de même avec des missiles M-45, mais depuis le centre d’essai des Landes.


Sinon, dans la même veine d’interaction entre les unités navales et l’espace, le Rafale pourra bientôt mettre en orbitre des micro-satellites. Un réseau de micro-satellites pourrait remplacer à terme des drones ou des satellites pour une « grande opération » (comme la Libye). Ce qui revient à redonner de l’autonomie à nos forces. Quid du sous-marin ? Un SNA suffisamment imposant pourrait participer à l’interaction avec l’espace en lançant des micro-satellites. Le moyen le plus aisé serait d’intégrer la solution de lancement par missile balistique dans le navire : solution éprouvée sur le plan opérationnel. Il serait question de mettre en orbite des micro-satellites puisque, peut être un jour, fabriqués en série et bien moins coûteux à emporter (stocker à bord ou à embarquer via une de nos bases de notre archipel : un micro-satellite se déplace aisémment par avions) qu’un gros satellite. Il s’agirait de mettre en place des moyens d’observations spatiaux au besoin. Ce qui peut permettre de soutenir des opérations très diverses : du ciblage à la surveillance.

Le sous-marin s’insère donc dans plusieurs interfaces :

  • Mer/Mer,
  • Mer/sous la surface, 
  • Mer/Terre,
  • Mer/Espace,
  • Mer/Cyberespace.

Pour ainsi dire, le sous-marin (nucléaire) agira à l’avenir dans tout les milieux. Base mobile et discrète par excellente, il pourra projeter la puissance d’un (des rares) Etats (dotés de SNA mais le clubs s’élargit) à travers le monde. Il serait même le navire par excellence pour permettrer l’entrée sur un théâtre ou pour les opérations spéciales.


Ces quelques considérations expliqueraient pourquoi bien des SNA gagnent en tonnage : les Virginia, les Astute, les Suffren et les Iassen (mais ils remplacent les Oscar). Si le SNA doit pouvoir agir dans toutes ces interfaces, alors il ne pourra que ressembler de près ou de loin à un SSGN : un croiseur sous-marin. Lance-missiles, mais pas seulement. A plusieurs reprises, pour diminuer le coût des sous-marins nucléaires et prendre acte de la diminution du besoin de dissuasion « massive », il a été question de créer un mix entre le SNA et le SNLE. Voir de moduler la dissuasion au point de l’emporter autant sur MdCN que missiles balistiques. Finalement, l’évolution des missions des forces sous-marines justifierait à elle seule cette fusion des deux genres. L’embarquement de commandos a nécessité des aménagement et de la place dans les SNA. L’embarquement de moyens de lutte dans le cyberespace et dans l’espace nécessitera la même évolution.


La France doit-elle s’inspirer de ces évolutions pour le programme du Futur Moyen Océanique de Dissuasion (FMOD) ? La question est à poser puisque c’est notre seule chance de prendre le train en marche puisque le programme Suffren est dans sa phase de réalisation. Il est peut être possible d’agrandir les Suffren par une section de coque supplémentaire. Mais si l’on en juge avec quelle force le cyberespace s’est imposé à nous en si peu de temps, nous pourrions regretter amèrement de ne pas prévoir le volume nécessaire dans les vaisseaux noirs pour y participer.

 

« Cela va devenir de plus en plus complexe, » a déclaré la semaine dernière l’amiral Richardson. « Je ne vois pas à l’horizon une simplification de l’environnement de sécurité. »

 

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