Some Principles of French Fleet of 1940

Provence-3

La littérature est très abondante sur la marine française pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939 – 1945), ainsi que de sa montée en puissance durant l’entre-deux-guerres (1919 – 1939) sous la férule du ministre Georges Leygues et des amiraux Durand-Viel et Darlan dans le contexte du désarmement naval1. Il est souvent rapporté c’était l’une des plus belle flottes que nous ayons jamais eu. Elle souffrait de quelques défauts, inévitables, certes. L’anarchie des calibres, par exemple, n’était pas explicable, tout comme l’absence de mesures conservatoires pour transformer une infériorité quantitative en supériorité qualitative.

Avant l’avènement des « armes aéronautiques » (aéronefs, engins), la « chapelle du canon » règne. Lesflottes se battent à coup de salves d’obus. Le calibre dimensionne les rapports de force : une marine n’envoie pas un navire portant par exemple du 305mm contre un autre portant du 340mm. La raison n’est pas seulement la différence de puissance, mais surtout la différence de portée : un calibre supérieur induit presque toujours une portée supérieure, ce qui veut dire que le navire ayant le calibre inférieur sera la cible de tirs avant de pouvoir lui même engager le combat.

L’anarchie des calibres

Hors, en 1939-40 c’est presque le règle de l’anarchie dans la marine française en ce qui concerne les calibres ! Il suffit de comparer les calibres des navires de ligne : il y en a presque autant qu’il y a de classe de navires. La chose devrait choquer, la Marine française n’a jamais roulé sur une chose de toute son histoire : l’or ! Comment se fait-il alors que les marins collectionnent autant de calibres ? 330, 340 et 380mm pour… 8 cuirassés réparti en 4 classes !

Le problème est terrible et complexe. Le calibre de 340mm est hérité, notamment, des classes Courbet (avec le Paris) et Bretagne (avec le Provence et le Lorraine). Il faut bien comprendre que ce calibre était déjà insuffisant dès les années 20, au moins, face aux marines étrangères dont les navires de ligne portaient déjà du 380mm.

Il y a bien une chose que je n’ai jamais compris, c’est pourquoi la Marine française a demandé du 330mm pour les croiseurs de bataille Dunkerque et Strasbourg. Il y a certainement une explication très logique, prenant en compte les impératifs industriels, financiers, économiques et opérationnelles… Certes. Est-ce que cette explication, à venir, pourrait résister à cette question : pourquoi pas du 340mm ? Les tourelles exisent ainsi que les munitions, la logistique en serait simplifiée !

La France est en retard avec des pièces de 340mm sur les classes Courbet et Bretagne. La refonte de ces navires a pourtant eu lieu. Le projet d’acquisition de deux nouveaux cuirassés est très vieux : les deux croiseurs de bataille sont construit dans les années 30, la Royale les réclame depuis le milieu des années 20 !

Le salvateur 380mm ?

Ma question est bien sûr : pourquoi ne pas avoir rationaliser toutes les pièces des cuirassés autour du 380mm ? Le choix aurait pu entraîner :

  • des suppressions de tourelles sur les classes Courbet et Bretagne afin de s’adapter à un calibre supérieur (sous réserve que la structure du navire supporte la refonte),
  • la perte de tubes sur la classe Strasbourg.

Cela n’aurait pas été un désavantage stratégique pour autant : le propre du cuirassé est de porter une artillerie. L’avantage n’est plus à celui qui porte le plus grand nombre de tubes, c’est faux depuis la construction du HMS Dreadnought, mais à celui qui dispose de la portée la plus lointaine car il obtient un gain tactique immense : il peut attaquer son rival sans que celui-ci puisse riposter sérieusement.

The french « two secondary power standard »

La refonte des cuirassés français et le programme de construction de nouveaux navires n’a semble-t-il pas tenu compte de cet éventuel gain stratégique (en plus des gains financiers et industriels) de passer la flotte de ligne au « tout 380mm ».

La géopolitique navale de la France l’explique en partie : les deux menaces de la Marine nationale sont alors l’Allemagne et l’Italie. Les conférences de désarment et la montée des totalitarismes dans ces pays les désigne comme ennemies potentiels. La Marine souhaite donc avoir un tonnage supérieur à ces deux marines réunies afin d’avoir un avantage stratégique (et de tenir compte des nécessités navales pour protéger l’Empire).

L’Allemagne, jusqu’à la faute anglaise de 19353, est tenu par le traité de Versailles de ne pas dépasser un calibre de 280mm. L’ingénieuse riposte allemande sera les cuirassés de poche : des vaisseaux de la taille d’un croiseur lourd portant une artillerie de cuirassé ! Il n’était pas nécessaire de porter un calibre bien plus lourd pour les Strasbourg et Dunkerque qui était « deux fois » plus gros que leurs homologues allemands avec une artillerie nettement supérieure.

En ce qui concerne l’Italie, l’affaire est tout aussi modérer. Les cuirassés italiens sont aussi anciens que les cuirassés français des classes Courbet et Bretagne et leurs artilleries ne dépassent pas le 320mm. Donc, dans une période de reconstruction de la Marine française (où, comme toujours, chaque crédit compte), il était plus intéressant de refondre a minima les anciens cuirassés afin qu’ils tiennent têtes à des vaisseaux italiens en infériorité qualitative persistante. Financièrement, et vis-à-vis d’une vision d’ensemble des besoins de la marine qui ne se limitaient alors pas aux cuirassés, il n’était pas nécessaire de faire beaucoup plus.

Les allemands avaient construit des cuirassés de poche rapide, la réponse des deux croiseurs de bataille rapides était suffisante. Les italiens avaient de vieux cuirassés lents à l’artillerie inférieur, il n’était pas nécessaire de faire plus que de garder la distance.

L’absence persistante de l’homogénéisation des calibres

Il reste tout de même ces fameux canons de 330mm, toujours cette question : pourquoi pas du 340 pour « rentabiliser » l’utilisation des 340 vieillissant. ? D’un autre côté, c’était bien un calibre vieillisant.

Le 406mm n’était pas retenu par la Royale, ce qui est bien surprenant. J’ai déjà eu l’occasion de rappeler le principe dégagé par l’amiral Darrieus dans la Guerre sur Mer (même s’il est d’essence simple) : depuis que l’homme est homme et qu’il conçoit des armes, il cherche à fabriquer celle qui aura la portée la plus lointaine afin de frapper l’adversaire avant que celui-ci puisse en faire autant. Ce principe explique autant la course aux gros calibres qu’aux missiles aux portées très lointaines. Au passage, ce principe explique tout aussi bien l’avènement du porte-avions. Autre raison de choisir le 406mm, au moins pour les unités modernes (et là, cela aurait été intéressant d’avoir un calibre différent de la « norme ») : les cuirassés français des Dunkerque au Jean Bart sont très inspirés des Nelson britanniques qui… portent du 406mm ! Il est bien dommage que l’industrie française ne pouvait pas suivre.

Donc le choix aurait pu se porter sur du 380mm pour les deux croiseurs de bataille.

Une nouvelle donnée aurait pu pousser à refondre encore une fois les 5 cuirassés vieillisant : les allemands signent avec les anglais un accord naval en 1935 qui permet au régime nazi (il faut le souligner) le droit (en contradiction avec le traité de Versailles) de posséder une flotte égale à 45% de la Royal Navy. Cette dernière est la seconde  marine mondiale avec environ 1,2 millions de tonnes… la flotte allemande peut donc bondir des 144 000 tonnes de Versailles à environ 400 000 tonnes ! L’Allemagne n’atteindra pas le maximum autorisé mais sa marine augmente, c’est le premier problème de taille pour la France.

L’autre est que depuis le premier accord de désarmement naval de Washingtown Rome voit bien que la stratégie française est de posséder une flotte two second power standard, c’est-à-dire égale à ses deux concurrentes italienne et allemande avec une marge de sécurité. Le régime fascite, par souci de prestige, et par projet géopolitique méditerannéen4 réclame la parité. La marine italienne va tout faire pour l’atteindre et les conférences de désarmement ne la gêneront pas outre-mesure : la course aux navires de lignes et aux croiseurs lourds est prohibée par le droit international ? Il reste les submersibles, les torpilleurs, contre-torpilleurs et croiseurs légers pour se concurrencer.

Deterrent of heavy caliber guns’ recast

La France est donc face à une rupture stratégique : son modèle naval est gravement remis en cause par deux pays qui sont plus prochent de l’alliance qu’autre chose. Il est de plus en plus illusoire d’espérer de faire de Rome un pays allié au fur et à mesure que les années passent. La France doit donc trouver la parade face à deux rivales qui gagnent en volume, alors que faire : gagner aussi en volume ? La construction de navire de ligne est réglementer par le traité de Washingtown : un tonnage maximum de cuirassés est réparti par pays. La servitude stratégique sera dénoncée au début des années 30 par Tokyo et Paris. Ce n’est pas suffisant, les arsenaux ne peuvent pas suivre une éventuelle course.

Il reste donc l’option de la supériorité qualitative. Nous revenons donc à notre débat sur les calibres : les cuirassés modernes Richelieu, Bismark et Veneto n’entreront pas en service avant le début des années 40. Il existe donc un vide d’une petite décennie et l’option d’une possibilité d’action : une refonte généralisée des cuirassés français vers du 380mm.

Il y a une différence fondamentale entre :

– aligner 5 cuirassés portant du 340 et 2 portant du 330 au début des années 30,

– aligner 7 cuirassés portant du 380 au milieu des années 30.

Cette proposition se fait dans le contexte des années 30 : nous ne pouvions pas faire une course au navire de ligne, c’était industriellement impossible. Par contre, nous pouvions envoyer un signal fort avec une telle refonte généralisée : nous ne pouvons pas augmenter notre tonnage mais nous pouvons vous surclasser très largement. Si ce n’est pas suffisant, nous avons des cuirassés modernes en cours de construction, les Richelieu et Jean Bart, et d’autres suivront, en nombre plus grand que vos propres projets

Cette proposition, cet essai s’applique de facto à toute la flotte de surface française de 1939 où c’est aussi la foire aux calibres : le 138mm des torpilleurs et contre-torpilleurs existent en trois versions qui sont incompatibles entre elles ! Pire, il faudra expliquement longuement un jour pourquoi nous avions un calibre de 138mm, un autre de 152 (cuirassé classe Dunkerque et Richelieu), encore un autre de 155mm (croiseurs légers) et le dernier de 203mm. Il est navrant de constater une telle collection. Elle a bien sûr ses explications, pour partie par les conférences de désarmement.

Pour faire simple, je poserais la même question que pour les navires de ligne : si la course à la quantité n’est pas possible, pourquoi ne pas tenter de surclasser les rivaux par la qualité ? Un contre-torpilleur qui porte du 203mm, c’est de la dissuasion avant l’heure…

Image politique de la Flotte

L’image politique de la Flotte c’était le cuirassé qui, par définition, était le « meilleur des ambassadeurs » car navire de guerre. Il est l’image de la puissance navale d’une nation.

J’ai eu l’occasion d’exprimer dans l’article présentant le Swordship5 de DCNS sur l’image politique que renvoyait l’USS Zumwalt, par ses formes « modernes », à travers le monde. Les lignes du destroyer semlblent affirmer : ceci est la modernité de la puissance navale. Je me demandais donc si la France pourrait récupérer ce gain politique en lançant des frégates ayant l’apparence de la modernité sans chercher à en avoir les armes (qui peuvent être installées plus tard… lors d’une refonte !).

Dans le même ordre d’idée, je me demande si ma propostion d »utilme refonte des cuirassés Courbert et Bretagne n’aurait pas dû contenir une reconstruction du « château » afin de le faire ressembler aux Richelieu (avec le très fameux mat-cheminé). Dans l’esprit populaire nos navires auraient pris une toute autre importance avec cette nouvelles silouhette et une nouvelle artillerie principale centrée autour de canons de 380mm.

Il y a un gain politique supplémentaire qui est à évaluer et dont le coût doit aussi être évalué. Le militaire est fait de performances « réelles », le politique est là pour faire croire qu’il permet d’atteindre ces performances réelles. Un cuirassé classe Bretagne qui ressemble au Richelieu, ce n’est pas un Richelieu, c’est peut être même un investissement esthétique bien lourd et sans gain militaire, c’est certain. Mais, les citoyens italiens et allemands, qui ne veront plus deux Richelieux, mais sept, feront-ils la différence ?

L’astuce aurait pu être suffisante pour destabiliser le débat national dans ces deux pays. Même dans une société peu démocratique, il faut répondre aux craintes sécuritaires du peuple. Nous sommes bien placés en France pour comprendre comment la puissance navale peut être très destabilisée par un débat national de l’ampleur de la Jeune Ecole. Actuellement, nous pouvons observer la navy scare américaine vis-à-vis du J-20 chinois et de la possibilité d’un porte-avions.

Une Flotte porteuse d’enseignements

En guise de conclusion, la Flotte de 1940 était peut être une belle flotte, c’était aussi une belle collection de calibres. La Marine a subi les servitudes stratégiques des traités de désarmement et des difficultés sociales et industriels de la France des années 20 et 30. Le problème de la performance des arsenaux sera véritablement résolu que dans les années 60, c’est dire combien notre outil industriel actuel est précieux !

Pourtant, ces servitudes ne sont pas suffisantes pour expliquer l’échantillonnage de calibres. Nous aurions pu créer une incertitude stratégique chez nos adversaires avec cette course à la qualité en refondant nos navires afin d’augmenter autant que possible le calibre porté. L’occasion aurait été trop belle d’effectuer une rationalisation des armes dans le même temps.

La rationalisation du soutien de la Flotte est une chose très importante : l’amiral Laborde utilisa comme argument pour refuser d’envoyer la Flotte en Afrique du Nord qu’elle partirait sans son plein chargement de munitions et de carburants. Une telle diversification des munitions n’aident pas à armer les navires ou à le faire depuis l’autre côté de la Méditerranée.

Les allemands et italiens auraient pu alors en faire de même (augmenter les calibres portés par leurs flottes de surface), bien sûr. Mais nous aurions conservé notre avantage : notre choix aurait été fait, ce qui est un temps précieux de gagner. Les deux rivales auraient dû perdre un temps précieux pour déterminer si elles devaient suivre l’exemple français ou poursuivre un programme de construction neuve. La France était contrainte par son budget et son outil industriel, ce qui n’était pas un cas unique en 1939. L’Allemagne avait beau avoir réussi à faire sauter le diktat de Versailles, elle n’avait pas les moyens d’atteindre les plafonds de l’accord anglo-allemand de 1935 avant le milieu des années 40 ! Le plan Z d’armement de la Kriegsmarine aurait dû atteindre son objectif en 1946.

La Royale aurait pu alors concevoir un plan stratégique de 1935 à 1945 tenant compte des nouvelles conditions géopolitiques pour la montée en puissance de la Flotte. Ce plan aurait organiser la répartition des créditions entre les constructions neuves et les refontes des unités de la flotte de surface. Une nouvelle place aurait pu être donnée à des cuirassés vieillisant mais pouvant encore servir jusqu’aux années 40. Alain Guillerm écrivait même dans la Marine de Guerre moderne 1905 – 2015 qu’il était imaginable de concevoir une « escadre lente » (de 20 noeuds) autour de ces vieux cuirassés et de porte-avions tout aussi lent, comme le Béarn, montage astucieux qui n’aurait pas été dénué d’intérêts et de difficultés.

L’idée de la refonte générale est peut être une arme stratégique à garder. Nos navires de surface actuels ne sont pas vraiment prévu pour disposer d’une « réserve stratégique » à leur bord. Les frégates Horizon ont bien un volume disponible pour éventuellement porter la dotation en missiles de 48 à 64. Il y a cette idée de pouvoir augmenter la puissance d’un navire. L’idée sous-jacente est intrasèque à la première : il faudrait peut être concevoir une flotte du temps de paix disposant d’un armement suffisant (à définir) avec des « réserves » pour gagner en puissance de feu si le climat international se dégrade. C’est l’idée de ma proposition de refonte des Courbet et Bretagne : il faut avoir un nombre suffisant de navire pour pouvoir compter. Un cuirassé des années 20 avec du 340, ce n’est pas la même chose qu’un cuirassé des années 20 avec du 380. En exégérant, c’est la même différence entre le Bretagne et le HMS Hood.

Il y a aussi une leçon à dégager dans la construction de « classe de navire ». Il est coûteux à toutes les époques de convevoir des plans de navires. Cela a un coût. Les plans doivent être « rentabiliser » par une masse critique de navire à construire. Il n’est pas normal que la classe Bretagne ne compte que trois unités, même si c’est une amélioration de classe Courbet. Il n’est pas non plus normal de construire les cuirassés par paire du Dunkerque au Gascogne. Aujourd’hui il n’est pas normal que la marine disposera de deux flotteurs pour le PAAMS d’ici 2015-2020 et il n’est pas normal qu’une partie de son budget soit consommée par les études et plans du PA2.

La leçon pour l’avenir est que les futurs constructions devront tenir compte qu’il faut plutôt rechercher une architecture évolutive (pour permettre des refontes) d’un côté, et une construction suffisamment économique de l’autre pour disposer d’une nombre. Le tonnage d’une marine compte et il est encadré par ces les impératifs qualitiatif et quantitatif.


1 « Le Désarmement naval« , Hervé Coutau-Bégarie, édition Economica 1996 dans la collection Bibliothèque stratégique. Un livre très intéressant pour appréhender la puissance du droit dans la puissance navale et maritime.

2 « Le sabordage de la flotte« , Net-Marine.

3 « Résumé de l’accord naval anglo-allemand de 1935« , Vonarx. Voir aussi les livres d’Hervé Coutau-Bégarie : Darlan et le Désarmement naval ibid.

4 « L’évolution de la pensée navale volume V« , ouvrage collectif sous la direction d’Hervé Coutau-Bégarie, « La géopolitique méditerranéenne de l’Italie fasciste » par Marco Antosich.

5 « Architecture navale : le Swordship de DCNS« , le Fauteuil de Colbert, 29 janvier 2011.

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