Perspectives de la suprématie navale de l’US Navy et Sea Basing

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Suite à mon article sur le destroyer Zumwalt1, Midship nous livre sa propre appréciation sur ce navire et conteste son caractère « révolutionnaire ». La fine et longue analyse qu’il s’est donné la peine de rédiger, sur les moyens futurs de l’US Navy, et de porter à notre connaissance méritait bien d’être publiée. J’espère qu’il comprendra les quelques changements que j’ai effectué, son commentaire original étant disponible en bas de l’article sur le Zumwalt.

La connotation AVT du Zumwalt me fait penser aux nombreuses inventions des « iles flottantes », en version militaire. Une sorte d’intermédiaire entre nos bonnes vieilles frégates, dont le concept global n’a pas fondamentalement changé depuis les cinq derniers siècles, et « l’Etoile noire » de Star Wars2. En terme de forme générale et de propulsion, on est encore en mode « frégate », privilégiant la forte mobilité, mais sur les capacités de frappes, on rejoint le concept d’ile flottante de STX3, en version militarisée : finalement très proche du concept de Georges Lucas, en version plus flottante.

Au final, l’idée peut à mon avis se résumer ainsi : que fait-on de notre maitrise des océans ? Les États-Unis sont en effet l’unique réelle suprématie navale du moment. Comment utilisent-ils cet avantage pour augmenter leur capacité d’action et de rayonnement ? Une fois la sécurité du plan d’eau offerte grâce aux destroyers actuels, qui surclassent déjà en équipement et en entrainement à peu près tout ce qui se fait dans le monde, que fait on de cette sécurité et comment utiliser cette avance ?

En ce qui me concerne, je trouve donc le projet Zumwalt un peu « timide ». Ce n’est finalement qu’un gros destroyer, une sorte de méga-frégate, dont on a modifié les formes, agrandi les dimensions, inversé l’étrave, etc. Mais finalement, pour une telle chose et un tel prix, je trouve que ce produit est réellement tourné vers le passé, montrant que l’US Navy4 a des difficultés à sortir de son organisation éprouvée pour réinventer des concepts d’opération5. On fait « plus », éventuellement « mieux », mais pas « révolutionnaire ». Sur le plan international, on en arrive donc à faire rapidement du « copiable ». Sur le plan opérationnel, on a une guerre de retard.

Et si l’avenir de l’US Navy, c’était une myriade de corvettes6 capable de maîtriser la situation de surface et les dangers asymétriques et mines, une flotte cohérente capable d’assurer la maîtrise de la troisième dimension (ASM et AA), une capacité de renseignement et de dissuasion dans les trois dimensions, et une capacité de projection déclinée en deux volets temporels : une capacité imédiate, aéronavale, centrée sur les LHD et les porte-avions, capable de débarquer et de conquérir, et un deuxième volet basés sur une ile artificielle, où serait appliqué le concept du « sea basing« 7, après s’être assurée la sécurité de la zone maritime, pour permettre de poursuivre des opérations dans la durée en s’affranchissant des contraintes légales et diplomatiques.

Imaginez un instant ces iles : environ 200 000 à 400 000 tonnes, dépourvues de propulsion (hormis positionnement dynamique), équipées d’un petit réacteur nucléaire pour la production électrique, elles disposent d’un pont d’envol de 500 m de long avec brins d’arrêt et catapultes, d’un bon nombre de drônes de tous types, d’un hôpital, d’un complexe d’hébergement et d’entrainement, d’une installation de commandement et de contrôle, d’une grande quantité de cellules de tir en profondeur (lancement vertical de missiles type tomahawk ou scalp) et de grande capacités de ravitaillement et d’autonomie.

Cette installation serait remorquée sur les lieux d’un conflit par un supply boat du type de ceux que nous connaissons, et qui sera capable d’assurer une maintenance technique de la plateforme, et serait équipée de vedettes capables d’assurer la surveillance rapprochée du point d’eau. Incapable de passer par les détroits, elle n’interviendrait qu’en deuxième phase d’un conflit, une fois la période de crise maîtrisée par les moyens actuels de premier rang, et sous préavis de trois à quatre mois. Sa longue piste autoriserait des ravitaillements « lourds » par voie aérienne (appontage d’ATT) et les relèves d’équipage, mais elle disposerait également d’une marina pour ses navires de servitude et ses chalands.

Le coût de développement et de réalisation d’une telle structure est probablement autours de dix milliards de dollars les deux, soit entre deux et trois Zumwalt. Cette base serait remorquée avec un faible personnel et le personnel rallierait selon les besoins par voie aérienne puis maritime en fonction des besoins ponctuels (au trimestre près), selon le principe des bases à terre. Un équipage réduit serait affecté pour 2 ans à bord.

Les compléments indispensables de mon île sont une flotte quasi-civile de ravitaillement, une flotte militaire de haute intensité capable de se déployer, de se ravitailler au combat, de combattre et de maitriser tous les domaines de lutte, et enfin d’une ressource humaine innovante où le personnel d’entretien ne serait pas forcément militaire, ni forcément national, hormis la partie liée à l’équipement nucléaire et aux opérations. En gros, c’est une FOB qu’on déplace cinq fois pendant sa vie, avec ses missiles.

Je fais donc le pari que le « BPC du futur » sera plus utile que le « Iowa du passé », je fais le pari que les conflits du futur seront composés le plus souvent d’une éventuelle phase de haute intensité brève (quelques mois), suivie d’une longue phase asymétrique demandant de plus en plus de maitrise et d’endurance tout en s’affranchissant de l’empreinte terrestre pour des raisons de coût, d’image et de réversabilité (au coup de sifflet bref, il n’y a plus de présence terrestre). Au fond, je fais aussi le pari que rien dans les marines du monde dans les quarante prochaines années ne pourrait ne pas être détruit par les capacités actuelles (et leurs simples mises à jour) de l’armée américaine. Et de fait : qui pourrait arracher aux américains la maitrise d’une mer ? La Chine, même supérieure en nombre et avec une profonde amélioration technologique serait encore anéantie par la puissance de frappe, l’entrainement et l’expérience américaine.

Fiche technique de « l’île »
Déplacement TPC : 400 000t
Dimensions 500 par 200m
Hébergement 4000 personnes
Autonomie du matériel 5 ans déployé
Capacité de frappe et autodéfense Limitée, frappe missile AVT : 64 cellules.

Artillerie : 0

Ravitaillement Air, mer
Senseurs, capteurs et système de combat Copie d’une Arleigh Burke ou Ticonderoga maximum
Zone d’opération 30 à 100 nautiques des côtes, zone internationale déconflictée, hors de portée des menaces côte-mer.
Génération électrique Réacteur nucléaire « low cost » secouru par quelques DA sur réseau secours.
Rayon d’action 8000 nautiques en 4 mois (remorquage à 3 nœuds)

Maintenant imaginez le pouvoir politique des USA avec cinq exemplaires d’une telle structure prépositionnés :

  • un en Méditerranée,
  • un dans le Golfe de Guinée,
  • un en mer Rouge,
  • une dans la mer d’Arabie
  • et une en mer Jaune.

Pour appuyer mon raisonnement, j’ai vu dernièrement, je ne sais plus où, un article sur une idée de barge lance-missiles Tomahawk remorquée et laissée « à la dérive » dans le voisinage des zones de conflit. Un système de lancement intégré serait dirigé par satelite depuis l’état major à terre.

Midship


1 « Destroyer Zumwalt : futur Dreadnought de la construction navale et militaire ?« , le Fauteuil de Colbert, 24 janvier 2011.

2 « Etoile noire« , Les Archives de l’Alliance.

3 « Le père de l’île AZ s’est éteint« , Mer et Marine, 19 février 2010.

4 « US Navy : la plus puissante marine du monde peine à se renouveler« , 28 novembre 2008.

5 « A quoi ressemblera l’US Navy en 2040 ?« , Mer et Marine, 11 février 2010.

6 « US Navy : Lancement de la première LCS de General Dynamics et Austal« , 5 mai 2008.

7 « Sea Basing : quelles applications en France et en Europe« , Spyworld reprenant un article du blog Armée du futur, 18 février 2009.

Commande et construction de deux nouveaux porte-avions dans les années 2030 ?

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«  Le déplacement du PA2 est, quant à lui, de 59.000 tonnes à pleine charge (au neuvage). Ce bâtiment est donc moins lourd que la version française du CVF précédemment étudiée (65.000 tonnes). Pourtant, les capacités en emport d’aéronefs sont identiques, avec des infrastructures dimensionnées pour 32 Rafale, 3 Hawkeye et 5 hélicoptères. « On l’a fait mincir. Ce design bénéficie par rapport au précédent d’une forme de carène améliorée. De manière générale, le bateau a été optimisé pour répondre au mieux aux besoins de la Marine nationale, mais aussi dans une perspective très forte de réduction de coûts », explique un ingénieur. Officiellement, aucun chiffre n’est donné mais, dans les coursives, on évoque une facture réduite d’environ 20%. Les efforts portent sur le budget nécessaire à la phase de réalisation, mais aussi sur l’exploitation, avec une maintenance réduite et un équipage restreint grâce aux automatismes. Ainsi, l’équipage du PA2 est donné à 1690 personnes, dont seulement 900 pour la conduite du bâtiment. Cela représente une baisse sensible par rapport au Charles de Gaulle. Bien que plus petit (261 mètres, 42.000 tonnes) et embarquant moins d’appareils, l’actuel porte-avions français est armé par un peu moins de 2000 personnes (groupe aérien embarqué compris).

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Destroyer Zumwalt : futur Dreadnought de la construction navale militaire ?

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Ce billet annonce celui sur le Swordship1 de DCNS.

A « destroyer » ? A cruiser… ? A Battleship !

Il est curieux que ce navire2 soit classé comme « destroyer » alors qu’il a tout les talents pour être au moins un croiseur ! Deux tourelles de 155mm AGS3, 80 missiles et deux canons AA de 57mm, le tout porté par une coque de plus de 14 000 tonnes… ! L’armement, le tonnage, la taille (185m) me font dire que c’est un peu lourd pour un destroyer. Hervé Coutau-Bégarie dit dans son livre Le désarmement naval qu’on n’a pas vu beaucoup de croiseur de 40 000 tonnes, en référence au passage des porte-aéronefs soviétiques dans les détroits turques. Mais, il pourrait tout aussi bien dire qu’on a vu beaucoup de croiseur de 14 000 tonnes ! En France aussi, on en a eu de belles séries.

Le fameux destroyer qui valait trois milliards est destiné à remplacer les croiseurs de l’US Navy et les cuirassés de la classe Iowa4.  Il doit donc pouvoir mener des actions AVT et l’architecture du navire doit lui permettre de survivre en s’approchant d’un littoral hostile. Le terme d’approche est un peu fort puisque ses canons auront une portée de160 à 180km.

LCS’s protector ?

J’avais soumis à votre lecture une publication5 du blog de l’US Naval Institute. Celui-ci affirmait que le Littoral Combat Ship (LCS) ne pouvait survivre dans un environnement hostile. La raison d’être du Zumwalt est peut être donc de pouvoir opérer dans ces zones, en protégeant éventuellement les LCS. La fonction essentielle de ces derniers revenant donc à « nettoyer » l’environnement des Zumwalt de la présence des mines et des menaces prodiguées par des embarcations légères. Néanmoins, les modules du LCS ne sont pas encore tout à fait au point…

Le rôle du Zumwalt pourraît s’apparenter à celui d’un cuirassé en mission d’action vers la terre : être le navire qui a la « protection » (passive, la furtivité ici) la plus lourde afin de pouvoir opérer dans les zones maritimes ou littorales les plus dangereuses pour une escadre.

Welcome to USS Dreadnought ?

Autre chose qui pourrait donner envie de qualifier le Zumwalt de cuirassé c’est le fait que ce soit le seul navire avec une telle architecture qui soit en construction. Celle-ci est onéreuse, certes, mais rien ne dit que son coût ne sera pas rationalisé… ou pas.

Mais, s’il entraîne une rupture dans les technologies navales, alors, il pourrait forcer les autres marines à s’aligner si elles veulent compter afin de disposer de destroyers, croiseurs ou cuirassés aptent à remplir les mêmes capacités que le navire américain.

Ainsi, il pourraît entraîner une  rupture « historique » aussi importante que celle du HMS Dreadnought au début du XXe siècle.


1 «  Architecture navale : le Swordship de DCNS« , fauteuil de Colbert, 22 janvier 2011.

2 « Le DDG 1000 de l’US Navy« , Mer et Marine, 4 mai 2007.

3 « AGS : L’artillerie navale de demain« , Mer et Marine, 18 juillet 2005.

4 « US Navy : Le cuirassé USS Missouri : en cale sèche à Pearl Harbour« , Mer et Marine, 23 novembre 2009.

5 « The LCS is not expected to be survivable in a hostile combat environment…« , blog de l’US Naval Institute.

BATSIMAR, BIS et BSAH, l’UT 527 : une objection, monseigneur ! Par Midship

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Ces bâtiments (les UT) ne sont aucunement capable de combattre. Et alors, me direz-vous ? Il est vrai que la dépollution, le sauvetage, etc ne demande aucun feu, et que les situations plus tangentes comme le contrôle des pêches, de l’immigration et même le narcops sont généralement effectuées par un duo commando à bord d’une embarcation rapide / hélicoptère avec tireur de précision. Bon, soit. Mais.

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BATSIMAR, BIS et BSAH, l’UT 527 et le golfe du Mexique

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La catastrophe du golf du Mexique n’est « que » la seconde du genre en moins d’un siècle. Une plateforme pétrolière avait déjà sombrée en 1976 entraînant un drame comparable. Nous avons tous assisté à la manière dont les Etats-Unis ont géré la crise et peut être aussi retenu qu’il y avait un manque de navires spécialisés dans la dépollution. Un manque de moyen donc dans un cadre géographique vaste ce qui implique la possibilité que ce genre de crise entraîne des conséquences internationales à l’image de la catastrophe du Prestige en 2002. Si les Antilles avaient été touché comment les européens auraient fait pour dépêcher le matériel sur place en urgence ?

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