SLAMF : drone naval Espadon pour lutte anti-mines et perspectives

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© Inconnu.

Lignes de Défense nous apprend que le drone (UUV) Espadon (Evaluation de Solutions Potentielles d’Automatisation de Déminage pour les Opérations Navales) a été mis à l’eau au pied du viaduc d’Hennebont. C’est un drone de 25t pour 17m tout de même !

Système anti-mines à vecteurs déportés

C’est un catamaran tout alluminium construit par le chantier Pêch Alu de Lochrist qui est le « drone principal » dans le dispositif anti-mines futur tel qu’imaginer par DCNS dans cette solution. Ce drone naval va servir à aller opérer au plus près des mines. Mais pas trop car l’Espadon est porteur d’autres drones pour aller chercher les mines :

  • des drones de surface pour approcher autant que possible de la mine visée ;
  • des drones sous-marins portés par les drones de surface pour aller identifier et neutraliser la mine.

Nous sommes en présence d’un système complexe de vecteurs déportés. L’hypothèse la plus courante pour un tel système était un navire anti-mines ou polyvalent opérant des drones. Ici, il est question de drones opérant d’autres drones et eux-mêmes opérant des drones. L’intérêt est bien sûr de sécuriser les équipages en les éloignant des sites à risques. Un autre intérêt est que ce système n’oblige plus à protéger le navire anti-mines entier d’une éventuelle détection mais seulement les drones navals et sous-marins opérant au plus près des mines. Ce n’est pas le même coût de rendre « amagnétique » un Chasseur anti-Mines Tripartites (CMT) qu’un drone de contact. Ce n’est pas non plus d’un coût indolore les drones.

Mobilité stratégique

C’est toute la question que nous pose ce système : qui est le porteur de l’Espadon ? Actuellement, la mobilité des CMT devrait être assurée par un navire de soutien. On ne voit pas bien quel navire pourrait transporter l’Espadon, on n’imagine mal un drone de 25t pour 17m parcourir de grandes distances, même accompagné ! Actuellement, nous ne voyons que le radier d’un BPC pour emporter un ou plusieurs Espadon. Cela suppose bien entendu d’en avoir un de disponible (et c’est le débat sur le tout BPC dans la flotte amphibie, plus un BPC pour remplacer la Jeanne d’Arc, qui repart).

Si de prime abord le système Espadon est convainquant, nous le sommes moins pour le déplacer. C’est un système emcombrant. Une frégate pourrait le porter mais avec un système de mise à l’eau spécifique. Qui plus est, si c’est une frégate ASM à l’origine, cela va poser quelques joyeuses difficultés techniques et d’architecture. Le problème de la mobilité finit par nous faire prendre conscience que c’est un gros défaut du prototype. Il devrait être une de ces solutions nous débarassant d’un navire porteur spécialisé, ce qu’il fait, mais il nous en réimpose un pour déplacer le drone. Espérons que c’est le lot du seul prototype…

SMX-25 anti-mines ?

Nous avions exploré cette voie dans le cadre d’un article de la Chronique de Stratégie et Tactique Navale publiée sur le Portail des sous-marins à l’origine. L’hypothèse était que le SMX-25 offrait une grande mobilité stratégique à l’image d’un SNA. Cela permettait d’imaginer qu’il puisse emporter du matériel spécifique selon la mission. C’est-à-dire une logique à la Littoral Combat Ships mais dégradée : avoir des installations fixes à bord pour opérer des drones anti-mines qui seraient emportés de façon ponctuelle. Les ex-FREMM AVT auraient été avantageusement remplacées par un navire aux capacités de SNA et anti-mines… Si la polyvalence promise par le programme LCS est réalisable et adaptable à notre hypothèse.

Espadon contre drone opérant de tout navires porteurs ?

C’est la question que nous posons : l’Espadon n’est-il pas plutôt la réduction d’un CMT à l’état de drone plutôt que la création de drones pouvant opérer de navire polyvalent ? La réponse est intéressante pour l’avenir des forces anti-mines.

Un article du Var Matin va nous permettre de progresser sur la problématique du drone naval dans le dispositif anti-mines.

Drone Espadon

Dans un très récent article nous nous étonnions que le drone naval Espadon de DCNS nécessite la présence d’un porteur pour l’amener sur zone afin de réaliser sa mission. Tout au plus, le prototype est un drone côtier. Ce ne serait pas une avancée inintéressante car en l’état cela offrirait une solution de remplacement aux remorqueurs de sonar qui dégage les approches du goulet de Brest au profit des SNLE.

 » À la surface, les projets ne manquent pas non plus. Le plus abouti : le Spartan, développé avec les États-Unis. « Le démonstrateur tourne toujours et a démontré des performances très intéressantes. Équipé de différents senseurs optroniques, capable d’éviter les obstacles, il pourrait être utilisé par exemple pour la protection des approches portuaires. Mais dans l’immédiat, aucune industrialisation n’est programmée.  »

Var Matin

Navire de lutte anti-mines

Toutes ces recherchent s’effectuent dans le cadre du programme SLAMF (Système de Lutte Anti-Mines Future). Concernant les futurs chasseurs anti-mines, il ne semble pas dans l’air du temps de se séparer du navire spécialisé. Au contraire, ils vont perdurer. Par contre, il semble acquis que les drones vont surtout servir à éloigner la menace de l’équipage :

 » Chargée de préparer l’avenir de nos armées, la DGA travaille notamment au renouvellement de toutes les composantes de la guerre des mines. Avec 2018 en ligne de mire. À cette date, le système de lutte anti-mines futur (SLaMF) devra en effet être opérationnel. « C’est le gros programme porteur. Il s’agira, à partir d’un navire dédié de guerre des mines, de mettre en œuvre des drones de surface d’une quinzaine de mètres de longueur qui eux-mêmes déploieront soit des sonars remorqués, soit des AUV (autonomous unmanned vehicles) sous-marins. L’objectif étant d’éloigner toujours plus l’homme de la menace », explique Johan Gouret, architecte de drones maritimes au sein de la DGA Techniques Navales.  »

Var Matin

Donc, concernant notre question dans l’article précédent, il semblerait que l’emport de système de lutte anti-mines à bord de navire polyvalent ne soit pas au gout du jour. Mais rien ne dit que cela est écarté.

En étudiant le début des essais du prototype Espadnon, nous nous demandions si ce drone naval aurait un navire dédié. pour le mettre en oeuvre. C’est Mer et Marine qui lève nos doutes : oui, il est prévu que ces drones navals soient opérés depuis un batiment base.

En réalité, il n’est pas question de supprimer le bâtiment spécialisé dans la lutte anti-mines au profit d’une flotte de drones pouvant être opérée à partir d’un navire polyvalent, dans la droite ligne du LCS.

SLAMF avec navire porteur

 » L’idée générale du SLAMF est de disposer, en lieu et place des « petits » chasseurs de mines actuellement en service, d’une grande plateforme mettant en oeuvre des drones, eux-mêmes capables de déployer d’autres drones ou des systèmes sonar. Le bateau-mère pourrait être un catamaran long d’une centaine de mètres et affichant un déplacement de 2000 à 3000 tonnes (à comparer aux 51 mètres et 600 tonnes des CMT actuels). Cette large plateforme, disposant d’un équipage, aurait sur l’arrière un système de mise à l’eau pour deux gros drones de surface. Ces USV, conçus pour opérer à distance du bateau-mère, embarqueraient quant à eux des drones sous-marins ou des systèmes de détection chargés de repérer et neutraliser les mines. En plus de ces engins sans pilote, le bateau-mère disposerait aussi d’une plateforme pour un hélicoptère ou des drones aériens, les UAV (Aerial Unmanned Vehicle) pouvant notamment servir de relai de communication entre le bâtiment et les drones de surface (*).  »

(*) Dans l’absolu, un bateau-mère de ce genre pourrait, aussi, être équipé d’autres types d’engins inhabités, comme des petits USV équivalents à l’Inspector d’ECA, ou de gros drones semi-submersibles du type SeaKeeper, développé par DCNS.

SLAMF : convergence vers un bâtiment ASM/Anti-Mines unique ?

La question mértie d’être posée vu le tonnage du navire, sa capacité à déployer aussi bien des drones (et pourquoi pas un sonar remorqué ?) qu’un hélicoptère. Ce programme pourrait être la porte ouverte à une fusion de ces deux types de navires spécialisés en un seul dédié à la lutte contre les menaces sous-marines. Il faudrait que ce qu’on appelle le navire porteur puisse être intégré dans une force aéronavale. Cela supposerait un certain nombres d’équipements et de capacités, dont celle de suivre une escadre naviguant entre 25 et 30 noeuds, qui feraient augmenter la facture du navire de manière très lourde.

Mais d’un autre côté, nous reviendrions à la recherche d’un navire polyvalent du type LCS. La polyvalence du navire s’entendrait ici comme un navire d’emploi général contre les menaces sous-marines. La mission de lutte anti-mines ne concernerait plus que quelques unités dont l’équipage serait spécialisé dans l’accomplissement de cette tâche. Ou bien, autre manière de faire, tout les équipages de ces navires seraient apte à effectuer ces missions, ce qui permettrait d’une certaine manière de couvrir « toute » la surface du globe.

SLAMF et patrouille maritime

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le futur navire anti-mines sera très gros ! De 2 à 3000 tonnes pour une centaine de mètres, c’est presque qu’autant qu’une frégate Floréal. Pouvant aussi opérer des moyens aériens, dont un hélicoptère, le futur navire pourrait très bien servir à la patrouille maritime. La condition étant qu’il en reste de disponible pour effectuer de telles patrouilles et qu’il n’y est pas eu une réforme majeure de l’Action de l’Etat en Mer (AEM) débarassant les navires de guerre de ces missions.

SLAMF et coopération européenne

C’est une grande et bonne nouvelle que nous rapporte Mer et Marine dans son article. Le SLAMF pourrait donner lieu non seulement à une coopération avec Londres (dans le cadre des traités du 2 novembre 2010) mais aussi renouveller le partenariat belgo-hollando-français qui avait donner naissance au CMT. On évoque même une participation allemande ! Une mutualisation des moyens au sein d’un service unique est une nécessité. On évoque une demi-douzaine de systèmes pour ce programme, ce qui n’est pas bien conséquent. Un programme qui s’européaniserait pourrait viser une cible bien plus grande, de 20 à 30 systèmes.

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