Chronique de Stratégie et Tactique navale : le SMX-25 ou le retour du submersible par DCNS

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Le Mamouth nous annonçait une nouvelle attendue peut-être moins que d’autres. Le contexte est plus favorable à l’annonce de bouleversements stratégiques qu’à la révélation en exclusivité du nouveau concept de navire de DCNS ! Et donc, après les SMX-21, 22, 23 (qui donnait naissance à l’Andrasta) et 24, la DCNS dévoile peu à peu son petit dernier : le SMX-25.

Tentons de le présenter grâce aux informations glanées par le Mamouth :

 » Cet engin embarquerait 16 missiles (antinavires, de croisière, antiaériens), ainsi que quatre torpilles [sur les rails ou dans les tubes ? Combinaison des deux ?…] et des mitrailleuses sur le kiosque. Ses capacités en plongée seraient limitées à une centaine de mètres. Sa vitesse en plongée n’excèderait pas 10 nœuds, mais le SMX-25 pourrait, en contrepartie, filer jusqu’à 38 nœuds en surface.

Le submersible mesurerait 109 m de long, pour un déplacement, en surface, de 2.850 tonnes, et de 4.650 tonnes en plongée.

Il pourrait de même déployer des drones hélicoptères qui décolleraient et apponteraient quand le sous-marin -si cela en est encore un…- fera surface. « 

Et pour notre plus grand bonheur, le blog Zone militaire a réussi à dénicher quelques informations de plus sur le dernier né de DCNS :

 » Quant à sa protection, elle est identique à celle d’un sous-marin classique. L’acoustique du SMX-25 est optimisée et il dispose d’une batterie de contre-mesures devant lui permettre d’échapper à un éventuel agresseur. Et, au besoin, il aura toujours ses torpilles.

[…]

Par ailleurs, l’équipage du SMX-25 comptera seulement 27 marins mais il aura la capacité d’embarquer une dizaine de nageurs de combat. Ces derniers pourront être déployés quand le sous-marin est en semi-plongée. « 

SMX-25 : « S » pour submersible ou sous-marin ?

Il semblerait bien qu’il faille écarter de ranger le SMX-25 dans le cadre des croiseurs sous-marins (ni résurgence du Surcouf (1934 – 18 février 1942), ni adaptation française des Ohio modifiés) ou d’une étude française du concept de Frappeur tel que l’avait énoncé René Loire dans le livre éponyme (Le Frappeur, pour une autre marine, Houston, A. Ghosh, 1995, 160 pages).

Avant de poursuivre, il faut pouvoir expliquer pourquoi le SMX-25 va être qualifié de submersible. La distinction entre submersible et sous-marin est plutôt mince, surtout avec le SMX-25. Un sous-marin est un navire conçu pour passer le plus clair de son temps en plongé, le milieu sous-marin étant sa zone d’opération primaire. Par ailleurs, les premiers véritables sous-marins modernes seraient les types XXI et XXIII allemands (avec la mise au point du premier système AIP (Air Independant System) : la turbine Walter). Ils sont les ancêtres des sous-marins post-Deuxième Guerre mondiale (1939 – 1945).
Pour en revenir au concept de navire de DCNS, le SMX-25 relèverait plutôt, donc, du qualificatif de submersible. Car, d’une part, sa vitesse élevée de transit en surface suggère que c’est son mode de déplacement le plus « économique », voir son milieu « naturel » pour ses évolutions. D’autre part, sa capacité à plonger demeurerait secondaire dans l’utilisation générale du navire. Elle constituerait un moyen de défense passive à l’approche des côtes afin d’effectuer les diverses missions pour lesquelles il est conçu.

Dans le prolongement de cet optique, nous sommes au cœur de la distinction entre submersible et sous-marin de la fin XIXe, début XXe siècle. C’est à cette époque que la Marine Nationale avait été, en partie, construite sur les idées de la Jeune École. Les sous-marins devaient servir pour la défense côtière (avec une multitude de torpilleurs très légers aux qualités nautiques médiocres). Les submersibles, par des vitesses supérieures et leur capacité à plonger à l’approche de l’action, étaient des navires résolument offensifs, contrairement au sous-marin défensif.

L’erreur française ayant été de privilégier les sous-marins… Alors que les submersibles faisaient peser une plus grande menace contre les escadres ennemies dans leurs ports. Pour preuve, le raid de l’U-47 à Scapa Flow (13 octobre 1939). DCNS fait donc le choix d’un navire offensif reprenant toutes les qualités du submersible : forte vitesse de transit en surface et capacité de se cacher en plongé pour agir.


Qualités nautiques projetées du submersible SMX-25

La profondeur d’immersion officielle indiquée est de 100 m. Au vu des capacités offensives qui seront détaillées plus bas, il n’est peut être pas besoin d’avoir plus. Les eaux dites côtières sont généralement pas plus profonde de 200 m. Donc un submersible donné à 100 m d’immersion peut raisonnablement naviguer officieusement à 150 m ou un peu plus, ce qui suffit amplement en tenant compte de la sécurité plongée.

Il ne faudra pas compter sur une grande discrétion avec un navire fendant les flots à 38 nœuds. Il lui sera nécessaire d’adapter sa route et réduire sa vitesse à l’approche de l’objectif en toute discrétion.

Le submersible glisse dans son élément via une coque de « planeur marin ». Alors, pourrait-t-on imaginer l’utilisation de « foils » (rétractable), sorte d’ailes marines qu’utilise l’Hydroptère ? Leur utilisation ne permettrait-elle pas de gagner en autonomie lors des phases de transit à grande vitesse en faisant littéralement voler la coque de planeur du SMX-25, et réduisant ainsi la consommation d’énergie ?

Le SMX-25 semble pouvoir œuvrer dans le cadre de la « guerre littorale », ou, tout du moins, de l’approche des côtes pour effectuer des missions, comme la dépose de commandos. Seulement, si les SNA (Sous-marin Nucléaire d’Attaque) classe Rubis (1983 – 2029) naviguent bien dans les eaux peu profondes par leurs petites tailles… En sera-t-il autant pour notre submersible avec sa coque de 109 m de longueur et d’environ 4500 tonnes en plongé ?

Capacités offensives

Le bateau, résolument offensif, semble taillé pour l’AVT (Action Vers la Terre). Pouvoir porter 16 missiles AA, AVT ou Anti-Navire c’est mieux que bon nombre de SNA. Par rapport à l’exemple de la guerre des Malouines (2 avril au 14 juin ‎1982), il est aussi bien possible d’interdire à une escadre ennemie dépourvue de moyens de lutte ASM (Anti-Sous-Marin) de sortir de son port que de l’attaquer au mouillage à distance de sécurité. Voire de détruire des installations à terre en se jouant des moyens navals ennemis.

Cela suppose la mise en réseau ou encore l’adjonction des capacités de reconnaissance pour savoir quoi frapper, et comment. C’est tout le rôle de l’emport des forces spéciales (le navire est peut-être bien conçu pour mettre à l’eau de telles unités alors qu’il est en plongé) pour le renseignement. Ce qui laisse supposer que les drone sous-marin, pouvant équiper le navire, ne seront pas conçus dans le seul objectif d’ouvrir un champ de mines, par exemple. Ils pourront également servir à accompagner la progression des plongeurs à travers les obstacles et transporter leurs matériels. Les drones aériens seront un plus pour la reconnaissance rapprochée, discrète, des objectifs du navire. Sachant qu’il serait peut être intéressant que ledit drone soit armé.

Ce submersible AVT semble bien pouvoir effectuer toutes les missions dévolues à un SNA en zone littorale : renseignement, dépose de forces spéciales, frappe dans la profondeur et attaque ou blocus d’une escadre ennemie dans son port. DCNS semble bien avoir réussi son objectif : créer un substitut au SNA. Ce constat servira plus bas. Cela pourrait être mieux qu’une FREMM ASM selon les configurations.

Capacités défensives : nouvelle rupture dans la stratégie navale ?

DCNS nous affirme que sa signature radar projetée sera faible car la majeure partie du navire restera cachée sous les flots. Les instruments de la patrouille maritime sont dimensionnés pour repérer rien de moins que le périscope émergeant des flots. C’est pourquoi l’intérêt de sa signature radar est de pouvoir se faire passer pour un bateau de pêche à proximité des côtes. La capacité à plonger demeurant la forme de discrétion la plus aboutie. L’équipage restera la clefs de la discrétion de la plateforme et donc de sa survivabilité via sa capacité à exploiter à son profit toutes les caractéristiques de la bande littorale.

Toutefois, la défense d’un tel navire n’est pas anodine. Sa grande vitesse est elle-même une protection pour dérober ou lasser l’endurance d’une torpille dont la portée oscille de 7 à 25 miles nautiques.

L’intégration d’un radar de veille aérienne n’est pas une première sur un sous-marin ou un submersible. Le nouveau « piquet radar » surveillera à son arrivé l’activité radar et aérienne. Ce début de rééquilibrage dans la dialectique entre l’épée et la cuirasse franchirait une nouvelle étape avec le SMX-25. Ses capacités de veille aérienne, sa « furtivité » et ses possibilités de réponse face aux aéronefs lui donnent des chances inédites de succès contre le danger aérien en passant d’une posture purement défensive, confinée à l’auto-défense pendant une phase de chasse aérienne, à une capacité d’interdiction plus large.

L’IDAS (Interactive Defence and Attack System for Submarines) allemand démontrait que le danger représenté par l’hélicoptère ASM ou l’avion de patrouille maritime n’était pas une fatalité. L’auto-défense du bateau évoluant sous le dioptre s’en trouve fortement renforcé et égalise la dialectique. MBDA proposerait l’intégration d’un missile Mica depuis un véhicule sous-marin, à la manière du SM39 Exocet. La question touche aussi à l’embarquement dans le kiosque de munitions de défense aérienne plus lourde tels les missiles Aster qui, même avec un radar de veille aérienne « modeste » (environ une centaine de kilomètre) permettrait de développer une certaine capacité d’interdiction.

Le SMX-25, chasseur de mines ?

La chasse aux mines se fait de plus en plus par « moyens déportés » (drones, « poissons ») et des senseurs en propre qui servent constamment, comme par exemple un sonar actif avec un mode pour l’évitement des obstacles et des mines. L’embarquement ponctuel de drones marins anti-mines, depuis des niches aménagés ou bien dans des « valises » serait complété par des plongeurs-démineurs embarqués à l’intérieur du bateau.

Ce qui pousserait à étudier le remplacement de tout ou partie des chasseurs de mines tripartite par une flotte de SMX-25 qui accroitrait notablement la mobilité stratégique du groupe de guerre des mines.

Coût du projet ?

Le coût d’un tel navire est très intéressant. Le prix « raisonnable » évoqué par DCNS veut très certainement dire que c’est un navire qui sera dans la gamme de prix du Scorpène, voir d’une frégate AVT. Ce qui fait osciller la note entre 300 et 600 millions d’euros . Hypothèse d’autant plus affirmée chez DCNS que le navire reprendra bon nombre de pièces « sur étagère ». De plus, son faible équipage est un argument de poids, surtout que, comme nous l’avons vu, il peut bien remplir les missions d’un SNA et donc, à un coût moindre.

Afin de conclure…

Le SMX-25, en tant que submersible, reprend toutes les capacités offensives d’un SNA. Il est une nouvelle entaille à la « suprématie » du SNA après le perfectionnement des sous-marins diesel-électrique et la démocratisation du sous-marin côtier et océanique à propulsion classique. La qualité nautique distinctive conférant au SNA une certaine supériorité demeure dans son endurance. Le submersible de DCNS contourner le débat avec sa formidable vitesse en surface, bien plus élevée que celle de la plupart des unités navales de surface et sous-marines.

Nous reviendrions alors à une distinction entre sous-marins chasseur et submersible AVT telle qu’elle existait au début du XXe siècle. Ce qui pousse à constater que l’action sous-marine va en se complexifiant. Et que si le SNA doit encore s’améliorer pour garder sa suprématie face au sous-marin dit classique, il finira par coûter cher, beaucoup trop cher. Alors que le sous-marin diesel gagne en capacité à « moindre frais ». Le salut du SNA viendra d’une réduction de son coût d’acquisition et de mise en œuvre… Limitée pour ne pas favoriser sa prolifération.

Par le marquis de Seignelay. Publié le 18 octobre 2010, dernière mise à jour le 18 octobre 2010.

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